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Prestation de serment sur le Coran au Tchad : de la polémique à la pétition

15.03.2019
Article de la rédaction AFRIC
Etat laïc, le Tchad accorde une place très importante à la religion qui parfois interfère dans les affaires politiques du pays. Depuis la promulgation de la IV république, il est introduit dans la constitution un serment confessionnel auquel doivent se plier les hautes personnalités du pays lors de leur prise de fonction. Seulement, la formule choisie à laquelle ne doivent pas se déroger les membres du gouvernement, directeurs généraux, recteurs d’universités et autres hauts responsables des grandes institutions du pays, n’est pas du goût de tout le monde dans un pays qui compte différents courants religieux dont les plus représentés sont l’Islam (55 %), le christianisme (20 %), le protestantisme (15 %) et la communauté orthodoxe. La pétition lancée par le collectif des citoyens chrétiens pour dénoncer cette mesure a déjà enregistré près de 4368 signataires

UN SERMENT QUI FAIT DEBAT

Mentionné dans les articles 75 alinéa 1 et 4 mais mais également 105 et 160 de la constitution du Tchad le serment confessionnel qui fait polémique, a été introduit selon le président Deby dans la loi fondamentale du pays comme un outil de lutte contre la corruption. Le chef de l’Etat tchadien soutient qu’il est imposé aux hauts responsables et non aux citoyens lambda afin de rappeler à ces derniers la responsabilité et le devoir qui leur incombe d’exercer leurs fonctions dans la loyauté tout en s’abstenant de détournement de deniers public et autre fléaux de mal gouvernance qui font tache dans la fonction publique tchadienne. Si les responsables musulmans n’y voient en cette mesure aucun inconvénient, les nombreuses plaintes et critiques dont le texte fait l’objet sont formulées par les chrétiens. Ces derniers dans un premier temps dénoncent leurs exclusions dans la mesure où le serment se prononce uniquement au nom d’Allah, le Dieu tout puissant. Pour d’autres c’est tout simplement l’acte de jurer sur le livre saint, qui pose problème.

PRESTATION DE SERMENT : DES HAUTS RESPONSABLES REVOQUÉS

La non application de la mesure telle que mentionnée dans la constitution tchadienne a valu à certains ministres et responsables tchadiens d’être demis de leurs fonctions. On se souvient que le 10 mai 2018 lors de la prestation de serment des ministres tchadiens devant la cour suprême et le chef de l’Etat Idriss Deby Itno, deux membres du gouvernement ont décidé de ne pas se plier à la nouvelle règlementation.

Madeleine Alingué alors porte parole du gouvernement au moment de prêter serment, a modifié le texte faisant état de sa loyauté en y introduisant « Dieu tout Puissant » au lieu « d’Allah ». Malgré l’insistance de la cour, la ministre chrétienne a maintenu sa décision de ne pas prononcé le texte originel. Il a fallu l’intervention du président Idriss Deby en personne pour son serment soit validé par la haute juridiction. La sentence réservée à une autre ministre, Djibergui Rosine Amane a été moins clémente. Cette dernière qui a tout simplement fait part de son refus de jurer soulignant que cela était interdit dans la Bible, a été démis sur le champs de ses fonctions de ministre de l’Aviation civile et immédiatement remplacée par le général Mahamat Taher Rozzi qui prenait également part à la cérémonie. Au delà de ces deux cas, 05 Hauts cadres affectés au contrôle de l’utilisation des fonds publics, ont été remerciés au courant de l’année pour avoir refusé de se plier au serment confessionnel en respect de leur foi chrétienne. Las de ruminer leur frustration c’est donc pour clamer haut leur colère vis à vis des institutions que les chrétiens du Tchad ont décidé par cette pétition lancée il y a quelque jour d’interpeller l’exécutif sur le caractère discriminatoire du serment litigieux.

Le collectif est composé entre autre du réseau des anciens jécistes d’Afrique (RAJA), de la mission évangélique du Tchad, l’alliance des Eglises évangéliques de la pentecôte au Tchad (AEEPT), et de l’entente des églises et l’Union des cadres chrétiens du Tchad (UCCT). Même si l’Eglise catholique n’y figure pas, elle a fait part de son rejet de cette mesure en exigeant l’année dernière une modification de la constitution par voie parlementaire et par un referendum.

LE SERMENT JUGÉ INEFICACE POUR LUTTER CONTRE LA CORRUPTION

Le collectif des citoyens chrétiens qui s’oppose à l’application du serment confessionnel, soutient qu’il n’est pas à mesure de dissuader les hauts responsables à commettre des crimes économiques tels que les détournements de fonds publics et autres. Depuis sa mise en application, il n’a pas fait ses preuves contre la mauvaise gouvernance. Au cours de leur conférence de presse organisée le le 07 mars 2019 ils ont soutenu qu’il s’agit d’une manœuvre du pouvoir dont l’objectif est de conduire les responsables chrétiens à la désobéissance de la foi chrétienne. Rappelant la laïcité de l’Etat tchadien, les initiateurs de la pétition notent que ledit serment de loyauté est une violation à ce concept qui doit s’appliquer au Tchad. Bien plus, les organisations chrétiennes, interpellent le chef de l’Etat tchadien à qui ils demandent des explications sur les nominations complaisantes, et la valse des limogeages des ministres, que vivent les tchadiens.

La pétition qui a également été signée par des fidèles musulmans, a selon ses initiateurs fait l’objet de refoulement de la part de certains leaders religieux qui craignent d’être indexés. Elle vient jeter le discrédit sur la nouvelle constitution qui depuis son adoption le 1er mai 2018 fait l’objet d’un rejet et de vives critiques la part de l’opposition et d’une partie de la société civile tchadienne.

Article de la rédaction AFRIC

Credit images: google images/Tchad

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