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Emmanuel Macron en Afrique de l’est : une visite aux enjeux stratégiques

14.03.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le chef de l’Etat français a entamé lundi 10 mars, un voyage de 04 jours en Afrique qui l’a conduit respectivement à Djibouti, en Ethiopie et au Kenya. Ce voyage officiel intervient quelques jours avant l’arrivée à Paris du président chinois Xi Jinping dont le pays a su s’imposer sur la corne de l’Afrique comme un allié indispensable. C’est donc sur une terre conquise par l’empire du milieu que le dirigeant français a décidé d’aller opérer son numéro de charme. Parmi les 03 destinations prisées pour ce voyage figurent deux pays anglophones (L’Ethiopie et le Kenya) preuve qu’après les déplacements d’Emmanuel Macron au Ghana en 2017 et au Nigeria en 2018, la France veut étendre sa coopération avec l’Afrique au delà de ses anciennes colonies. Si l’escale à Djibouti a porté en grande partie sur les questions sécuritaires, le choix porté sur l’Ethiopie et le Kenya, deux pays dansement peuplés aux multiple avancées et opportunités économiques est loin d’être anodin.

DJIBOUTI : ENJEUX SECURITAIRES ET RECHAUFFEMENT DES RELATIONS

 Le déplacement du président français à Djibouti, un pays qui se sent délaissé sur la scène internationale et régionale tombe à point nommé. Alliée historique de Paris, Djibouti par le biais de son président Ismaïl Omar Guelleh, s’est plaint ces derniers temps d’être abandonnée par la France, au moment où ses relations avec les Emirats arabes unis sont au plus bas et ses intérêts dans la sous région hypothéqués par le dégel des relations entre les voisins Erythréen et Ethiopien.

Avant la venue lundi d’Emmanuel Macron, la dernière visite d’un président français à Djibouti datait d’il y a 09 ans au temps de Nicolas Sarkozy. Ce nouveau déplacement d’un dirigeant français  , Djibouti en avait besoin , elle qui compte sur la France pour peser de son poids dans le litige qui l’oppose à l’Erythrée dont les embargos sur les armes et interdictions de voyages ainsi que d’ autres sanctions ont été levés en novembre dernier par le Conseil de sécurité de l’ONU sans que ne soit réglé le vieux litige qui l’oppose à ce pays qu’elle accuse notamment d’occuper une partie de ses terres et de détenir prisonniers une dizaine de ses soldats.

Si son rôle de médiateur dans l’isolement dont est victime Djibouti était très attendu, c’est surtout le volet sécuritaire qui a marqué les échanges entre le président français et son homologue djiboutien. Car durant son bref passage en terre Djiboutienne Emmanuel Macron s’est entretenu avec le commandant de la base militaire française de Djibouti. Composée de 1 450 soldats cette base militaire est la plus grande que possède la France en Afrique. Mais l’armée française n’est pas la seule à avoir installer ses quartiers dans ce pays dont la position stratégique à l’entrée de la mer rouge a également favorisée l’installation de d’autres bases militaires étrangères telles que celles des Etats-Unis et de la Chine.

 

ETHIOPIE : UNE VISITE MARQUEE PAR LE VOLET CULTUREL ET ECONOMIQUE

Après son bref séjour en terre djiboutienne, le président français a poursuivi mardi 12 mars sa conquête de l’Afrique de l’Est en Ethiopie, un pays qui enregistre 8% de taux de croissance et qui a connu des reformes économiques et politiques impressionnantes avec l’arrivée aux commandes du premier ministre Abiy Ahmed. Les deux hommes s’étaient déjà rencontré à Paris fin octobre 2018. Une rencontre durant laquelle avait été négocié un accord de coopération militaire entre leurs deux pays et dont la signature était prévue dans l’agenda d’Emmanuel Macron. Le programme de la visite du président français qui intervient au lendemain du crash du Boeing 737 MAX 8 de la compagnie Ethiopienne Airlines, n’a souffert d’aucune modification.

Le chef de l’Etat français et le premier ministre Ethiopien   qui ont pratiquement le même âge, ont affiché une entente parfaite. On retient de cette visite la décision de la France d’apporter son aide au développement de la marine Ethiopienne. Emmanuel Macron n’a pas été avare de compliments quand aux multiple changements opérés par Abiy Ahmed qui a modernisé son pays, libéralisé l’économie et travaillé de manière active à la réconciliation des différentes communautés. En guise d’encouragement à ce boom économique la France a mis sur la table une enveloppe de 85 millions d’euros. Emmanuel Macron était également accompagné durant cette visite de plusieurs chefs d’entreprises français dont le PDG d’Orange Stéphane Richard, vivement intéressé par Ethio Telecom, l’unique operateur public de télécommunication du pays aux 66,2 millions d’abonnés et dont le capital a été ouvert aux investisseurs privés et étrangers. La présence de ces grands patrons dans la délégation du chef de l’Elysée traduit le désir de la France d’avoir sa part du gâteau dans les différentes privatisations partielles des entreprises publiques entrepris par Abiy Ahmed dans son vaste programme de reforme.

La France qui a été sollicitée en Octobre dernier par Abiy Ahmed pour apporter de son expertise dans la préservation du patrimoine culturel Ethiopien, va également contribuer à la restauration des 11 églises troglodytes de Lalibela.  Emmanuel Macron pendant son séjour en Ethiopie a d’ailleurs visité ces lieux saints du christianisme Ethiopien classés au patrimoine mondiale de l’UNESCO. Une manière pour Paris de prouver qu’elle ne s’intéresse pas seulement à l’Afrique pour l’économie mais qu’elle veut également promouvoir la culture.

Le passage d’Emmanuel macron à Addis Abeba siège de l’Union Africaine, a également été marqué par sa rencontre avec Moussa Faki Mahamat, le président de la commission de l’UA et l’algérien Smaïl Chergui, le commissaire à la paix et à la sécurité de l’instance panafricaine. Les échanges entre ces trois personnalités ont porté sur la présidence du G7 regroupant les grandes nations industrialisées du monde, qui revient à la France cette année.

 

KENYA: COOPERATION SECURITAIRE ET ONE PLANET SUMMIT

Le Kenya est l’ultime étape du mini tourné africaine du président français en Afrique de l’Est. Comme lors des deux précédents voyages, les questions sécuritaires sont à l’ordre du jour.

D’autant plus que le Kenya est engagé dans la lutte contre le terrorisme dans la région. Le pays qui est également le siège de la mission de l’union africaine en somalie (AMISOM) va continuer de bénéficier du savoir faire de la France avec laquelle il a paraphé un contrat pour la formation des soldats kényans, ougandais et burundais de la force de l’Union Africaine. La France qui a également annoncé la signature de plusieurs contrats avec le Kenya estimé a 3 milliards d’euros a été sollicitée par Nairobi pour la construction d’un chemin de fer et d’une autoroute.

Si au menu de ce programme figure également, une visite à la gare centrale de la capitale et une conférence de presse avec des étudiants de l’université de Nairobi, le One planet Summit, est le pic de ce déplacement. Car Emmanuel Macron est également au Kenya pour parler de la protection de l’environnement. Et le choix de ce pays pour abriter la 3e édition de cet événement n’est pas un hasard car le Kenya est champion en Afrique en matière de promotion des énergies renouvelables.

Le président français qui doit avec son homologue kenyan co-présider cette réunion internationale axée sur le changement climatique et l’environnement a aussi prévu   s’entretenir avec les présidents malgache Andry Rajoelina et congolais Félix Tshisekedi. L’occasion pour lui d’assainir les relations avec le successeur de Joseph Kabila dont l’élection en Janvier dernier a été vivement contestée par le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Emmanuel macron depuis son arrivée au pouvoir cherche à donner une nouvelle dynamique à la coopération franco-africaine. Contrairement à ses prédécesseurs qui accordaient plus d’intérêts aux liens avec les anciennes colonies françaises, Emmanuel Macron semble plus attiré par les pays anglophones du continent qui ont un fort potentiel économique. Plus que jamais, il sent la nécessité de promouvoir le « made in France » dans un continent où la Chine à réussi à s’imposer comme le premier partenaire économique en multipliant par 20 ces deux dernières décennies, le nombre de ses échanges commerciaux avec l’Afrique. Ce déplacement de 04 jours est le plus long effectué par le président français depuis le début de la crise des Gilets Jaunes. Contrairement aux autres voyages, celui ci n’a pas été annulé. Preuve de l’importance que revêt cette tournée dans la nouvelle politique africaine de la France.

Article de la rédaction AFRIC

Credit  image : google 

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