Association for Free Research and International Cooperation

Qui finance les élections et les campagnes politiques en Afrique ?

13.03.2019
Article de la rédaction AFRIC
De nombreuses campagnes électorales en Afrique font l’objet de soupçons De financements étrangers voire obscurs, ce qui est en principe interdit. L’organisation des scrutins continue toujours de bénéficier de l’aide extérieure et donc d’alimenter les polémiques.

Incapacité financière déclaré de certains états

C’est un fait, plusieurs élections sur le continent  sont financées par des bailleurs extérieurs. L’Union Européenne et les Nations Unies font partis des principaux contributeurs financiers des processus électoraux sur le continent. Lors de sa visite au Tchad en décembre, le président français Emmanuel Macron a d’ailleurs promis le soutien financier de son pays pour l’organisation des élections législatives et municipales plusieurs fois reportées faute de financement. Le pays a besoin de 70 milliards de Fcfa pour leur organisation et le président Idriss Deby Itno avait demandé explicitement l’aide financière des partenaires extérieurs. Les dernières élections au Mali ont aussi bénéficié de subventions conséquentes des bailleurs de fonds étrangers. Il en a été de même au Burkina Faso. Madagascar pour sa part a bénéficié d’une subvention de  12 millions de dollars pour couvrir tout le cycle électoral, élections régionales et provinciales en 2017, législatives et présidentielle de l’année dernière. Mais de nombreuses voix notamment de la société civile commencent à dénoncer ces financements.

Au cours d’une conférence sur  « L’analyse critique des processus électoraux en Afrique», Abderhamane Niang, expert malien et consultant en matière électorale critique cette pratique. Pour lui, les élections sont un  « acte de souveraineté et leurs financements doivent provenir des pays concernés ». Même si le budget des élections dépasse parfois les capacités des États, il faut penser en termes de souveraineté nationale et se donner un délai au bout duquel les élections seront entièrement financées par les pays africains. Avant la tenue des élections de l’année dernière en RDC, les autorités congolaises avaient déclaré avoir repoussé deux propositions de financement extérieures des élections.  « La RDC dispose des moyens pour financer seule les élections du 23 décembre puisque nous enregistrons une embellie dans les finances de l’État. Nous ne voulons plus revivre les expériences du passé où ceux qui apportent des financements ont tendance à vouloir orienter l’issue des élections », avait affirmé  Lambert Mende, l’ancien porte-parole du gouvernement congolais. Toujours est-il que beaucoup de pays africains continuent de recevoir des financements extérieurs pour l’organisation des élections. Il est nécessaire et urgent de trouver des financements propres pour ne pas dépendre toujours des dons extérieurs.

Opacité dans les  financements des campagnes électorales

En Aout dernier, à quelques mois des élections présidentielles à Madagascar, une étude sur le financement de la campagne électorale a fait couler beaucoup d’encre. En effet, l’étude financée par l’Union européenne affirmait que l’ancien président malgache Hery Rajaonarimampianina avait dépensé plus de 40 millions de dollars pour la campagne ayant conduit à sa victoire en 2013. C’est l’une des campagnes les plus chères au monde avait conclu l’étude. Le cout de cette campagne a même détrôné celui du Kenya qualifié d’exorbitant en 2017. Difficile de comprendre cela dans l’un des pays les plus pauvres de la planète. Au-delà du cas malgache, c’est le financement des campagnes électorales en Afrique en général qui interroge. Il y a une réelle opacité dans le financement de ces campagnes. En effet, bien que dans certains pays il y a une interdiction de financement venant de l’étranger et un plafonnement du coût de la campagne, de nombreux observateurs pensent que  « des arrangements opaques peuvent se faire entre les candidats et les bailleurs pour le mandat à venir, avec des contreparties futures : avantages fiscaux, marchés publics, exploitation de ressources naturelles ».

Plusieurs cas de figures sont généralement observés durant les campagnes électorales pour les élections en Afrique. Les partis au pouvoir n’hésitent pas à utiliser les moyens de l’État pour battre campagne. Il n’est pas rare par exemple de voir des véhicules aux immatriculations administratives arpenter les rues dans des cortèges impressionnants. Les ressources publiques sont mobilisées sans gêne. Au Cameroun par exemple, le budget de campagne du parti au pouvoir le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais n’est pas connu même si la presse évoque un chiffrement en milliard. La plupart des directeurs d’entreprises à financement public sont membres de ce  parti  présidentiel et les entreprises privées rechignent à financer les partis d’oppositions par peur des représailles fiscales selon les adversaires du président Biya. Les partis d’opposition  battent donc campagnes selon les moyens dont ils disposent et selon leurs réseaux. Plus le candidat est riche et connu plus il y a un important déploiement de ressources.   L’exemple de la dernière  présidentielle malgache en est une parfaite illustration avec une campagne presque à l’américaine.

De grands groupes internationaux financent aussi des campagnes en Afrique pour bénéficier plus tard de juteux contrats. Le groupe français Bolloré est cité régulièrement dans ces exemples. De quoi relancer les interrogations sur les sources de financement. Dans un article paru dans l’hebdomadaire Jeune Afrique, l’ancien journaliste et spécialiste de la Tunisie Samy Ghorbal évoque une hypocrisie pour le cas de ce pays. En effet, « les dépenses sont théoriquement plafonnées à 5 fois le montant maximum de la subvention publique. Tout financement étranger, sous quelque forme, est strictement illégal ».  Mais la réalité est tout autre pour le journaliste dans la mesure où l’opacité la plus totale règne. La mesure d’interdiction de financement étranger est loin d’être respectée. « Les soupçons de financement étranger (en provenance du Qatar, de la Turquie, des Émirats ou de l’Algérie, selon les affinités des uns ou des autres) sont toujours aussi insistants. Et les réponses des politiques toujours aussi évasives » note-t-il. Difficile donc de connaitre les autres sources de financement des campagnes électorales en dehors de celles connues officiellement.

 

Article de la rédaction AFRIC

Credit image: google images/elections en afrique

 

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