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Contestation contre un cinquième mandat de Bouteflika : l’étrange silence de la France

06.03.2019
Article de la rédaction AFRIC
L’Elysée très motivée lorsqu’il s’agit de donner son point de vue sur les contestations populaires qui ébranlent des régimes à travers le monde, adopte un silence plutôt étrange depuis que les algériens ont commencé à battre le pavé pour exprimer leur opposition à un 5e mandat du président Bouteflika. Dimanche 03 mars, le président malade âgé de 82 ans a déposé officiellement sa candidature par procuration pour l’élection du 18 avril 2019 et ce malgré la colère grandissante dans le pays. Dans plusieurs villes de France à l’exemple de Marseille, Toulouse et Paris, la diaspora algérienne est entrée dans la danse pour dénoncer à son tour, la continuité d’un système qu’elle juge « illégitime et corrompu ». Pendant que des milliers d’Algériens étaient massés à Paris sur la place de la République, du coté du palais présidentiel, pas un communiqué n’a été publié en rapport à la grogne sociale qui gagne du terrain. L’Elysée qui semble jouer la carte de la vigilance craint dit on d’être accusée d’ingérence. Un prétexte assez surprenant lorsqu’on sait qu’elle a souvent été pointée du doigt pour ses prises de position plus ou moins controversées dans des crises politiques étrangères.

LA FRANCE, CHAMPIONNE DU MONDE D’INGERENCE 

Paris qui aime faire entendre son point de vue s’est retrouvée plusieurs fois embourbée dans des brouilles diplomatiques pour s’être prononcée dans des affaires qui impliquent la souveraineté d’un Etat. L’exemple le plus récent est celui concernant le président vénézuélien Nicolas Maduro dont la légitimité est contestée par l’opposant Juan Guaido initiateur d’une fronde sociale dans le pays. Au sujet de la lutte de pouvoir opposant l’héritier de Chavez et son rival, le chef de l’Etat français n’a éprouvé aucune gène pour qualifier d’illégitime le dirigeant chaviste reconnaissant par la même occasion Juan Guaido, comme le président par intérim du Venezuela.

En prenant position pour le jeune opposant de 35 ans, le chef de l’Elysée a rejoint la dizaine de pays européens dont l’Allemagne et le Royaume-Uni qui ont décidé d’apporter leur soutien au président par intérim auto proclamé du Venezuela. Dans un message rédigé en français et en espagnol, Emmanuel Macron a affirmé soutenir le peuple qui tient tête à Nicolas Maduro tout en recommandant à Guaido de mettre sur pied un processus électoral.

En Afrique, la France a également pris l’habitude, de faire connaître son avis dans des affaires politiques concernant ses anciennes colonies et mêmes celles qui ne le sont pas. Lors de la présidentielle en RDC ayant sanctionné la victoire de Felix Tshisekedi, elle s’est volontiers montrée en faveur du candidat malheureux Martin Fayulu. Par le biais de son ministre des affaires étrangères Jean Ives le Drian, elle est allée jusqu’à contester le verdict des urnes tel que proclamé par la commission nationale Indépendante en sous entendant que le candidat de la coalition Lamuka était le véritable vainqueur de ce scrutin. Des affirmations jugées trop audacieuses par les autorités congolaises qui n’ont pas caché leur désapprobation.

Dans le passé, on se souvient qu’elle s’est également montrée très dure envers l’ex président ivoirien Laurent Gbagbo lors de la crise post électorale de 2010-2011. Rejetant la victoire de ce dernier proclamée par le conseil constitutionnel, elle s’était rangée dernière le verdict prononcé par la Commission électorale indépendante (CEI), qui créditait de 54,1% des suffrages Alassane Ouattara contre 45,9% pour Laurent Gbagbo. Durant ce litige post électoral, la France avait poussé le bouchon plus loin en faisant intervenir ses soldats de la force Licorneaux cotés des groupes rebelles favorables à Alassane Ouattara. De nombreux analystes politiques restent persuadés que les soldats de l’armée française ont joué un rôle controversé dans cette crise politique qui a conduit à la chute de Laurent Gbagbo.

Le même scénario s’est répété en Libye lors du Printemps arabe. Muette durant la contestation qui a occasionné le départ d’Hosni Moubarak en Egypte, la France alors dirigée par Nicolas Sarkozy s’est montrée plus impliquée par le sort des manifestants libyens de la ville de Benghazi. Martelant à qui veut l’entendre que Mouammar Kadhafi tuait son peuple, elle a réussi avec la complicité des Etats-Unis et de la Grande Bretagne à faire voter au conseil de sécurité de l’Onu une intervention en Libye des forces de l’OTAN pour renverser le régime du Guide de la Jamahiriya arabe libyenne. La suite peu glorieuse et les conséquences de cette décision sont connues aujourd’hui de tous.

En Asie la France n’a pas épargné le dirigent syrien Bashar Al Assad dont le pays n’a pas échappé au vent de contestation du printemps arabe. Décrit par le quai d’Orsay comme un sanguinaire qui a passé son temps à massacrer son peuple, Bashar Al Assad a néanmoins pu compter sur le soutien des alliés tels que Moscou et l’Iran pour résister à la crise née en 2011 des marches populaires contre son régime et qui s’est élargie par l’implication des groupes terroristes armées. Que ce soit en Afrique, en Amérique ou en Asie, la France a toujours eu du mal à garder sa langue dans sa poche au sujet de conflits externes allant jusqu’a s’attirer les foudres des régimes en place. Raison pour laquelle le silence qu’elle affiche aujourd’hui face au contexte algérien est sujet à interrogation.

L’ALGERIE, UN GRAND PARTENAIRE ECONOMIQUE

La grogne populaire contre le 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika fait les choux gras de la presse française.Si dans ses analyses elle semble soutenir les opposants au nouveau mandat du président malade et physiquement diminué par les conséquences d’un AVC qui l’a frappé en 2013, elle n’a cependant pas le soutien de la classe dirigeante qui à en croire le journal Le Figaro dans sa parution du 4 mars se dit attentive à la situation sans toutefois osé prendre position dans le souci de conserver ses relations avec l’ancienne colonie.

Au regard des relations économiques et commerciales qu’entretiennent les deux pays, il est nul doute que la préoccupation de Paris se trouve au niveau des intérêts qu’elle entretient avec le régime en place. Car rappelons que la France qui s’est vu détrôner sa place de premier partenaire économique et commercial de l’Algérie par la chine, n’a jamais caché son désir de reconquérir cette position de choix. Avec près de 2,8 milliards de dollars d’exportations vers l’Algérie en 2018, la France est de loin devancée par la chine dont le chiffre d’exportation vers ce pays d’Afrique du nord est estimé aujourd’hui à près de 6 milliards de dollars. Paris qui voit d’un mauvais œil la domination chinoise dans des domaines tels que le bâtiment en Algérie, veut s’accaparer de d’autres secteurs promoteurs tels que l’automobile pour le développement de ses grandes firmes à l’exemple de Peugeot. Malgré la crise économique que traverse l’Algérie après la chute des prix du brut, le pays dirigé par Bouteflika reste classé en première position en ce qui concerne les échanges commerciaux et économiques avec Paris et les pays de la zone MENA qui englobe l’Afrique du nord et le moyen orient.

Il est évident que la jeunesse algérienne plus que jamais assoiffée de liberté et de changement ne veut plus voter pour un président fantôme dont les apparitions publiques sont devenues rares. Pour la France, pays dit-on des droits de l’homme qui a su se forger au fil des ans une réputation de donneuse de leçons à l’échelon mondial, les enjeux de cette crise naissante sont ailleurs. Son silence face aux cris de détresse du peuple algérien démontre la difficulté qu’elle éprouve à apporter son soutien aux contestataires préférant privilégier les excellentes relations qu’elle entretien avec la coalition au pouvoir qui pour des intérêts égoïstes maintient depuis des années à la tête du pays, un octogénaire affaibli.

Article de la rédaction AFRIC

Crédit image : google images

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