Association for Free Research and International Cooperation

Log in Join the community

Confiance aux institutions et développement, une nécessaire corrélation

23.02.2019
Article de la rédaction AFRIC
Les Africains sont de plus en plus nombreux à ne pas faire confiance aux institutions de leur pays. Pourtant les institutions sont le baromètre d’une bonne démocratie et d’une bonne gouvernance.

L’un des principaux freins au développement en Afrique est le manque de confiance aux institutions. Dans les discussions, il n’est pas rare d’entendre des expressions du genre «  je ne fais aucune confiance aux institutions ». Amertume ? Résignation ?  Déception ? Manque de crédibilité ? Beaucoup d’interrogations au sujet de cette défiance à l’égard des institutions. Pourtant il est clair qu’il existe une corrélation entre institutions et développement.  Est-ce les institutions qui ôtent toute envie d’avoir confiance en elles ou ce sont leurs dirigeants qui en sont la cause ?  En 2016, au cours d’une visite au Ghana, l’ancien président Américain Barack Obama déclarait au cours d’un discours  « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts; elle a besoin d’institutions fortes ».  Ces propos montrent que « Les états qui ont des institutions faibles peuvent devenir des refuges pour les extrémistes, des lieux de catastrophes sur le plan humanitaire et des droits de l’homme, et l’origine de crises de santé publique. Ainsi, même si les priorités en matière de politiques de développement évoluent pour mieux faire face aux divers aspects de l’insécurité humaine, le besoin d’institutions de grande qualité et de grande efficience se fera toujours sentir. »

Dans un rapport intitulé « Des institutions dignes de confiance impactent-elles le développement en Afrique? », le réseau de recherche Panafricain Afro Baromètre estime que les Africains font plus confiance à plus de 70%  aux institutions informelles du type chefs religieux et traditionnels que les institutions publiques.

La même étude montre qu’une grande majorité fait davantage confiance à l’armée et à la présidence comparativement aux institutions électorales. Cette confiance aux institutions varie d’un pays à un autre.  Ainsi, des pays comme le Niger ou le Burundi ont souvent tendance à faire plus confiance aux institutions de l’exécutif que le Nigeria ou encore le Liberia  (données de 2016).  C’est ainsi que « La confiance institutionnelle est liée aux perceptions de la corruption. Quand les gens estiment que ses titulaires de charge sont honnêtes, ils sont susceptibles de considérer  une institution digne de confiance – et vice versa s’ils estiment les fonctionnaires intéressés. ».  Les chercheurs d’Afro Baromètre notent que « les citoyens africains affichent les niveaux les plus bas de confiance institutionnelle dans le secteur électoral, qui englobe ici la commission électorale et les partis politiques qui se présentent aux élections. En moyenne, dans un cadre où deux-tiers des populations adultes font confiance aux institutions informelles, moins de la moitié de tous les Africains enquêtés expriment leur confiance envers les institutions électorales. Il y a là un paradoxe. De toutes les modalités d’une véritable démocratie  les élections constituent probablement l’élément le plus largement et profondément institutionnalisé en Afrique. Et pourtant les citoyens semblent affirmer avoir le moins de confiance dans ce secteur, du moins quand ils comparent les institutions électorales à un régime politique où les décisions sont prises par les élites informelles ou les fonctionnaires d’état. »

Dans le même ordre d’idée, Saleh M Nsouli, économiste au Fond Monétaire International, évoque une étude portant sur la qualité des institutions dans 23 pays africains. Il en ressort un bilan mitigé. Les instituions  seraient meilleures qu’on le suppose d’ordinaire, mais insuffisantes néanmoins pour soutenir une croissance élevée. Interrogés sur la corruption, le respect de l’état de droit ou la capacité de leur système juridique à assurer l’exécution des contrats, les entrepreneurs africains répondent en donnant des notes qui, en moyenne, sont comparables ou légèrement inférieures à celles obtenues par d’autres pays en développement. Ces notes laissent penser que les institutions africaines n’ont pas encore suffisamment progressé pour apporter une contribution significative au développement.

Les multiples affaires de corruptions, de détournements de biens  qui émaillent l’actualité africaine continuent malheureusement à alimenter ce manque de confiance aux institutions. Pourtant le développement est impacté considérablement par  des institutions fortes. Les études économiques le montrent clairement. D’ailleurs l’objectif du Développement Durable des Nations Unies Numéro 16 identifie explicitement les « institutions efficaces et responsables » comme éléments essentiels au développement. Cependant, l’efficacité des Etats fait singulièrement défaut depuis longtemps dans trop de pays. Il faut donc que les institutions, à travers l’action de dirigeants qui n’entretiennent plus la confusion entre intérêts publics et intérêts privés, regagnent la confiance des populations pour une croissance et un développement harmonieux.

Une absence manifeste d’outils d’évaluation des institutions africaines

La charte africaine  sur les valeurs et principes de la fonction publique et de l’administration adoptée en 2011 évoque clairement des mécanismes de suivi et d’évaluation des institutions par soucis de transparence. La prise de mesures pour susciter et maintenir la confiance figure aussi parmi les points évoqués par la charte.

Pourtant, dans les faits les outils d’évaluations sont presque inexistants ou n’existent que de nom. Les institutions fonctionnent dans une opacité totale. Les rapports ne sont jamais à la disposition du public et dans le cas où ils le sont, rien ne garantit leur véracité. Ce qui renforce une fois de plus le manque d’intérêt du public. En l’absence d’outils d’évaluations efficaces et de compte rendu public qui leur sont propres, les institutions africaines sont évaluées annuellement par la Banque Mondiale chaque année. L’institution basée à Washington fait cette évaluation à travers la CPIA, évaluation des politiques et des institutions nationales. Cet outil qui se base sur 16 critères est reparti en 4 catégories : la gestion économique, la gouvernance, les politiques structurelles ainsi que les politiques contre l’exclusion sociale et en faveur de l’équité. Le dernier rapport d’évaluation publié en septembre dernier  place le Rwanda en tête du classement. S’en suivent le Sénégal, le Cap vert, le Kenya et la Tanzanie. La note la plus faible sur la qualité des institutions et des politiques est attribuée au Soudan du sud.

Article de la rédaction AFRIC.

Crédit image/google images/Démocratie Afrique.

 

VOIR ÉGALEMENT:

Yaoundé dénonce la suspension de son traitement commercial préférentiel par Washington
L’un des principaux freins au développement en Afrique est le manque de confiance aux institutions. Dans les discussions, il n’est pas rare d’entendre des expressions du genre «  je ne fais aucune confiance aux institutions ». Amertume ? Résignation ?  Déception ? Manque de crédibilité ? Beaucoup d’interrogations au sujet de cette défiance à l’égard des institutions. Pourtant il est […]
Angela Merkel reçoit à Berlin les investisseurs soucieux de s’implanter en Afrique
L’un des principaux freins au développement en Afrique est le manque de confiance aux institutions. Dans les discussions, il n’est pas rare d’entendre des expressions du genre «  je ne fais aucune confiance aux institutions ». Amertume ? Résignation ?  Déception ? Manque de crédibilité ? Beaucoup d’interrogations au sujet de cette défiance à l’égard des institutions. Pourtant il est […]
Le Bénin hausse le ton après la fermeture des frontières du Nigéria
L’un des principaux freins au développement en Afrique est le manque de confiance aux institutions. Dans les discussions, il n’est pas rare d’entendre des expressions du genre «  je ne fais aucune confiance aux institutions ». Amertume ? Résignation ?  Déception ? Manque de crédibilité ? Beaucoup d’interrogations au sujet de cette défiance à l’égard des institutions. Pourtant il est […]
To view full news and leave comments you must be logged in. Please join the community