Association for Free Research and International Cooperation

Algérie: Pourquoi les Algériens sont en colère

23.02.2019
L'impressionnante démonstration de force des Algériens, vendredi 22 février, sortis massivement manifester contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, a ébranlé les certitudes des cercles du pouvoir… et même de certains observateurs avertis.

Comment un appel anonyme, relayé par les réseaux sociaux, a-t-il pu pousser quelques dizaines de milliers (des militants des droits de l’homme parlent de 800 000 manifestants) d’Algériens à braver le tabou de la manifestation publique, formellement interdite à Alger depuis 2001 ? Et comment expliquer le caractère pacifique, et même très civique, des différentes marches à travers plus d’une vingtaine de villes ? On a vu des manifestants embrasser des policiers antiémeutes et leur offrir des fleurs, organiser le ramassage des déchets au passage des cortèges des marcheurs, s’opposer au moindre élément casseur…

Pourquoi cette explosion populaire sans précédent depuis plus de vingt ans ?

D’abord, il y a une limite que les Algériens, au-delà de tout particularisme facile, ne supportent pas : l’humiliation. C’est un sentiment qui a été marquant durant le déclenchement de la guerre de Libération. « C’est bien connu, il n’y a de bataille perdue que celle qui n’a pas été livrée. À ceux qui seraient impressionnés par les menaces d’apparatchiks vantant la capacité du régime à contenir la rue, il faut rappeler cette vérité. Les Algériens n’ont pas gagné leur indépendance parce qu’ils disposaient d’une force supérieure à celle de l’armée française. Ils se sont libérés le jour où ils ont compris qu’il n’y avait rien à espérer de l’ordre colonial », écrivait récemment Saïd Sadi, ex-président du Rassemblement pour la culture et de la démocratie (RCD). Il faisait allusion aux menaces du très impopulaire Premier ministre Ahmed Ouyahia qui déclarait il y a quelques semaines que le pouvoir a les capacités de contrôler la rue, qu’il l’avait démontré par le passé. Une menace à peine voilée. Cela rappelle aussi la bravade des jeunes de Khenchela, ville de l’Est algérien, il y a une semaine, où le maire a défié sur sa page Facebook les habitants à l’occasion d’un meeting annoncé du candidat Rachid Nekkaz : « Si vous êtes des hommes, venez faire le meeting avec lui. » Le lendemain, non seulement une marée humaine a manifesté face à la mairie et a même réussi à obliger le maire à retirer une grande affiche de Bouteflika recouvrant la façade avec un slogan « laisse le drapeau, mais enlève la photo » ! Le poster sera piétiné par des centaines de jeunes en colère.

Cette colère face à l’humiliation est très profonde

Les Algériens sont déjà blessés par l’image de ce vieux monsieur malade aux yeux hagards dont on exhibe sa fragilité devant le monde entier. « Nous, Algériens, si fiers, sommes devenus la risée de la planète », confie une dame algéroise, les pleurs dans la voix. Ces derniers mois, cela empire, lors de certaines occasions officielles, des officiels brandissent la photo kitchement encadrée de Bouteflika comme s’il s’agissait de la personne. On défile même avec ce cadre chez les scouts ou les militants du FLN. Une aberration blessante. « Nous ne somme pas une monarchie, nous ne rendrons jamais compte à un cadre », répétait un haut fonctionnaire. D’autant que, dans la conscience populaire, les paroles des laudateurs choquent. Bouteflika aurait été envoyé par Dieu comme un signe de miséricorde, selon le ministre des Anciens Combattants. En décembre dernier, un notable du FLN a comparé le président à Abraham : « Bouteflika a prié Dieu comme l’a fait le prophète Abraham quand il a demandé au seigneur de protéger son pays. » À Alger, ce vendredi, barbus ou jeunes filles sans voiles, vieux et jeunes ont crié tous ensemble : « Djoumhouria, machi mamlaka », « C’est une république, et pas une monarchie ! » Face à ces vieilles, ces vieux, ces jeunes, ces hommes, ces femmes, ces enfants, la police hier « a baissé les yeux », nous raconte un témoin. Ils étaient bien armés en matraque et en bombes lacrymogènes, mais désarmés face à un cri de dignité. Face au regard de celui qui leur lançait : « Vous êtes nos frères ! »;

Lire l’article original ici.

Crédit image/google images/grève Algérie

To view full news and leave comments you must be logged in. Please join the community