Association for Free Research and International Cooperation

Franc CFA: Entre sortie en groupe et sortie par Etat, quelle perspective?

20.02.2019
Article de la rédaction AFRIC
Les récents propos du président ivoirien Alassane Ouattara au sujet du FCFA lors de sa visite à l’Elysée ont démontré l’ampleur des divergences d’opinions au sujet d’une sortie ou non des pays africains de cette monnaie considérée comme un héritage de la colonisation. En qualifiant de « faux débat » la polémique, née des propos du vice-président du conseil italien accusant la France d’être à l’origine de la misère des pays africains encore dépendants du FCFA, le chef de l’Etat ivoirien s’est présenté en fervent défenseur de cette monnaie qu’il a qualifié devant les médias de solide et stabilisante.

Alors qu’économistes, hommes politiques et acteurs de la société civile multiplient en Afrique les discours hostiles à l’égard du FCFA tout en appelant à une mobilisation commune pour une sortie définitive de ce joug, la prise de position du leader ivoirien, pose sur la table, la question du  style de sortie qui serait le mieux adapté pour les Etats africains pour se détacher de cette répression monétaire.

SORTIE DU FCFA : LE PROCESSUS

Utilisé par 14 pays du continent africain dont huit appartenant à l’espace UEMOA (Burkina Faso, Togo, Benin, Sénégal, Mali, Cote d’Ivoire, Niger, guinée Bissau) et cinq à la zone CEMAC (Centrafrique, Gabon, Tchad, Cameroun, Guinée Equatoriale), le FCFA englobe près de 155 millions d’utilisateurs. Bien qu’opérationnel dans ces pays depuis les indépendances, cette monnaie   jusqu’à aujourd’hui est fabriquée en France. Arrimé à l’euro depuis 20 ans par le biais du trésor français, sa valeur est définie par la monnaie européenne (1 euro = 655,96 francs CFA). En d’autres termes il n’est convertible qu’en Euros d’où sa dépendance à la politique financière de l’Europe.

 

Sortir du franc CFA doit obéir à un canevas bien précis et définit au delà des émotions que le sujet suscite à travers le douloureux souvenir colonial auquel il renvoie. Si certaines voix font échos d’une sortie en groupe qui pourrait se faire à l’issue d’un referendum, d’autre à l’exemple de l’économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla, propose un tout autre schéma pour aboutir à la rupture avec cette monnaie. Selon le Chargé de recherche au bureau Afrique de l’Ouest de la Fondation Rosa-Luxemburg (Dakar), le divorce entre les pays de la zone franc et le franc CFA peut se faire en 03 étapes.

  • Abolir les accords de coopération monétaire avec Paris

La priorité pour les pays africains étant d’être à mesure de battre leur propre monnaie et d’avoir le plein contrôle de leur politique monétaire et de change, il est nécessaire pour eux d’avoir la main mise sur leurs réserves extérieures. Et pour en arriver là. Une chose est nécessaire, briser les pactes de coopération monétaires avec l’ancien colonisateur ainsi que les accords impliquant le compte des opérations avec Paris.

  • mettre fin à l’arrimage avec l’euro

Doit suivre par la suite, la suppression de l’arrimage du FCFA à l’euro et un changement des statuts des Banques centrales que sont la BECEAO ET LA BEAC qui permettra à ces dernières une fois reformées de redéfinir leur politique pour une meilleure croissance économique, un financement des déficits publics, une facilité pour l’attribution des crédits bancaires et une stabilité des prix.

  • Création d’une nouvelle monnaie

La troisième et dernière étape et certainement la plus importante devrait être l’initiative pour les pays de la zone franc une fois affranchis de créer leur propre monnaie. Ce projet pourrait bien évidemment aboutir à la mise sur pied d’une monnaie unique, régionale ou continentale. Mais au vue des opinions contradictoires qui divisent les responsables politiques et économistes africains, la mort du FCFA par une sortie commune s’avère être un scenario plus proche de l’utopie que de la réalité.

SORTIE DU FCFA : DIVERGENCE D’OPINIONS EN AFRIQUE

Les différents duels d’arguments auxquels se livrent les responsables africains lorsqu’il faille évoquer l’avenir du CFA, prouvent qu’une sortie en groupe du système CFA serait difficile voir impossible. La mésentente est manifeste même au niveau des chefs d’Etats. En Afrique de l’Ouest, le président ivoirien Alassane Ouattara continue de défendre le FCFA qu’il trouve solide. Dans cette logique il a les soutiens de ses homologues béninois et sénégalais qui se sont déjà prononcés dans le passé de manière officielle sur la question du maintien ou non de leurs pays de la zone Franc. Si le premier salue la parité avec la monnaie européenne, le second soutient que le franc CFA est une bonne monnaie à garder.

« Le franc CFA est stable et est la bonne monnaie pour nous » (Macky Sall, président du Sénégal)

« Le fait que le franc CFA soit en parité fixe avec l’Euro n’est pas un handicap » (Patrice Talon, président béninois)

En Afrique centrale le discours tenu par le président tchadien contraste avec celui de ses pairs cités plus hauts. Celui qui s’est présenté ces dernières années comme un farouche partisan de la rupture avec la monnaie néo-colonialiste, dans un discours clair indique que les accords économiques entre la France et l’Afrique sont dépassés. Arguant qu’ils appauvrissent le continent, il soutien qu’il est temps pour les pays Africains de la Zone Franc de couper « ce cordon qui empêche à l’Afrique de décoller ».

« La France dirige nos économies depuis 70 ans cela doit cesser » (Idriss Deby Itno, président de la république du Tchad)

Si les présidents se contredisent sur le sujet, il en est de même pour les économistes. L’ancien ministre togolais Kako Nubukpo, qui n’a jamais caché son désamour pour cette monnaie affirme qu’elle n’est en aucun cas un mécanisme qui peut permettre au contient   d’enclencher sa transformation structurelle, selon lui le FCFA asphyxie les économies africaines. Les analyses de cet agrégé en économie diplômé de l’Université de Lyon sont contredites par un autre économiste, son compatriote Michel Nadim Kalife qui soutient que « le franc CFA n’est pas responsable des tragédies de l’Afrique. » Le problème selon ce dernier serait la gouvernance défaillante de nos républiques.

Même au niveau des organisations sous régionales la bataille d’opinion fait rage. Prenant la parole à une table ronde organisée en France sous le thème « Quelles politiques monétaires et de change pour un développement durable dans les pays à faible revenu », le président de la commission de la communauté économique et monétaire d’Afrique Centrale(CEMAC) le Pr Daniel Ona Ondo a appelé la France et les institutions financières que sont le FMI et la banque mondiale à des concertations franches et réfléchies avec les acteurs africains au sujet du FCFA. Pour le sénégalais Ahmadou Al Aminou, directeur national de la CEDEAO, il n’a y tout simplement pas débat car le FCFA est et reste une des meilleures monnaies en Afrique.

Pour quitter en groupe le système CFA, il faudrait déjà que les 14 Etats africains ayant en commun cette monnaie partage la même vision sur les perspectives à envisager pour leur émancipation économique. Dans le contexte politique actuel ou l’on a d’un coté des dirigeants en faveur d’une rupture avec le système et de l’autre côté ceux qui se complaisent dans une posture de valets impérialistes, un départ en groupe ne peut pas être envisageable.

La monnaie étant avant tout un symbole de souveraineté, il serait mieux pour chaque pays dans le climat de  désunion qui prévaut sur la scène politique africaine de prenne en main son destin en privilégiant les intérêts de sa population. Vu sous cet angle, quitter seul ce « nazisme monétaire » pour battre sa propre monnaie ne serait pas un problème en soi.

Article de la rédaction AFRIC.

Crédit image/google images/FCFA.

 

 

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