Association for Free Research and International Cooperation

Un fonds spécial pour l’éducation en Afrique pour quelle efficacité ?

16.02.2019
Article de la rédaction AFRIC
En janvier dernier, le groupe français Investisseurs et Partenaires (IP) et la Coopération monégasque au développement ont annoncé la constitution d’un fonds spécialisé pour améliorer l’offre éducative professionnelle dans le secteur privé.

C’est un projet qui doit démarrer par la levée de fonds dès cette année pour une effectivité en 2020. L’annonce a été faite au cours d’une rencontre à Monaco réunissant journalistes, experts africains de l’éducation,  responsables du groupe d’investissement français et ceux de la Coopération monégasque. Investisseurs et Partenaires, déjà présent à travers plusieurs programmes, disposera d’une subvention annuelle d’un million d’euros de la part de la Coopération monégasque au développement.  Cette initiative, explique-t-on, doit permettre de mobiliser entre 30 et 50 millions d’euros par an pour booster l’éducation en Afrique. Le nouveau fonds permettra  de financer et d’accompagner des institutions éducatives privées, ou des entreprises de l’écosystème éducatif produisant des biens, des services et technologies essentiels à la résolution de ces enjeux. Bien qu’une part importante du budget  des pays africains est consacrée à l’éducation de base, plus de 30 millions d’enfants n’ont toujours pas accès à l’éducation selon les chiffres de l’Unesco. Le Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la Conférence des ministres de l’éducation nationale des pays membres de la Francophonie a dans son rapport de 2014 noté par exemple qu’en Côte d’Ivoire 60% des élèves ne maîtrisent pas les notions de base en mathématique et en lecture en début de scolarité. Il y a donc une insuffisance dans la formation pour la plupart des pays d’où l’objectif du fonds d’apporter des solutions. L’accent est mis sur le privé car ce secteur est considéré comme un partenaire qui peut contribuer à améliorer l’accès à l’éducation. En effet, les statistiques montrent qu’un enfant sur cinq a reçu  une formation dans le privée même si cela reste variable. C’est donc une contribution pour l’atteinte des points 4 et 5 des objectifs du développement durable définis par les Nations Unies à savoir « assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie » et « parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles ».

 

Cinq  pays devront bénéficier de ce fonds dans un premier temps pour améliorer la qualité de l’enseignement avec à la clé un emploi pour ceux qui bénéficieront de la formation. Ces pays visés sont le Maroc, la Cote d’Ivoire, le Burkina Faso, le Ghana et Madagascar.  Jean Michel Severino, président d’Investisseurs et Partenaires, a expliqué qu’il lui «  semble vraisemblable que nous allons trouver pas mal d’opportunités dans les activités professionnalisantes : la formation aux métiers de coiffeur, d’esthéticienne, les métiers de la santé, etc. Parce que les besoins sont extrêmement importants ». Face à une population africaine croissante, les aides au développement actuelles ne prennent véritablement  pas en compte le secteur de l’éducation.  Il ajoute qu’« aujourd’hui, elle ne reçoit que 7 % du total de l’aide publique au développement, soit à peine plus que ce qui est octroyé au transport et deux fois moins que ce dont bénéficie la santé ».  Or dans les années à venir c’est plusieurs millions de jeunes qu’il va falloir former.  Il faut donc anticiper et inventer un nouveau modèle de financement pour l’école en Afrique.

Des aides aux multiples conséquences

Cette énième initiative destinée à l’Afrique interroge sur l’efficacité des programmes d’aide au développement. En quoi celui-ci sera plus efficace que les autres ? Le scepticisme demeure sur les motivations réelles. Il y a quelques années déjà plusieurs rapports d’experts  mettaient en doute la finalité des aides. En effet, ces aides ne sont parfois qu’une façon déguisée de maintenir des ONG et organisations internationales sur place et servent de moyen de pressions. Il a été souligné plusieurs fois d’ailleurs que les aides de l’Occident en Afrique sont «d’abord un business qui fait vivre des dizaines de milliers de fonctionnaires internationaux et nationaux mais aussi une myriade de consultants. Ils ont tous en commun un objectif : ne pas scier la branche sur laquelle ils sont assis et sur laquelle ils vivent grassement ».

 

Un économiste centrafricain a même expliqué que « l’aide publique au développement sert des agendas cachés. Elle permet d’influencer les pouvoirs publics des pays bénéficiaires. Il estime que « les pays donateurs utilisent ces fonds, en cas de besoin, comme moyen de pression pour faire plier les dirigeants africains, déjà habitués à cette aide financière, afin de préserver leurs intérêts économiques. » Comme l’a expliqué il y a quelques années la zambienne Dambissa Moyo, les aides allouées à l’Afrique ont des conséquences néfastes sur son développement. En effet, plus l’aide augmente dans un pays, plus il devient pauvre. Les subventions versées encouragent la corruption et sont sources de conflits en tout genre mais aussi découragent la libre entreprise. Il faut donc rompre avec l’aide occidentale qui appauvrit plutôt le continent depuis une cinquantaine d’années et dont les contreparties sont toujours très floues.

Aux politiques africains de mettre plus de moyens dans l’éducation ; plutôt que d’attendre que ce soit des initiatives occidentales qui permettent de mobiliser des fonds pour promouvoir  l’éducation sur le continent. Les États peuvent par exemple augmenter les budgets consacrés à l’éducation ou mettre en place des levées de fonds spéciaux à participation exclusivement africaine. Étant donné que  l’enseignement privé est perçu comme partenaire, les États devraient les subventionner massivement afin qu’ils comblent les insuffisances du public. Ce ne sont pas non plus des formations de qualités qui manquent, la preuve certaines universités africaines ont bonne réputation. Avec de la volonté et une bonne politique des solutions de financements  efficaces peuvent être trouvées pour booster l’éducation en Afrique et se départir ainsi des aides et initiatives venues d’ailleurs.

Article de la rédaction AFRIC.

Crédit images/google images/éducation en Afrique.

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