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Démission de gouvernement en cas d’échec: Un acte impensable en Afrique

18.02.2019
Article de la rédaction AFRIC
En Afrique il est un phénomène rare qui parait même inexistant, celui de la démission d’un gouvernement en cas d’échec. Si cet acte est perçu par beaucoup comme honorable, il reste la chose la moins partagée par les gouvernements africains. En occident l'initiative est pourtant envisageable et récurrente lorsque les objectifs assignés au gouvernement n'ont pas été atteints.

Avec à sa tête un premier ministre nommé par le chef de l’Etat, le gouvernement est un organe lié au pouvoir exécutif. Travaillant en étroite collaboration avec le parlement, Son rôle est de conduire la politique de la Nation par la mise en pratique de décisions prises en conseils de ministre. La sanction infligée à un gouvernement qui a échoué dans ses prérogatives, est la demande de sa démission. De nombreuse autres raisons peuvent ouvrir la porte à cette voie.

DEMISSION DE GOUVERNEMENT : LES RAISONS

La démission du gouvernement est présentée par le premier ministre. Le président de la république peut également se charger de cette responsabilité lorsque le chef du gouvernement fait partie de sa famille politique.

De manière générale, c’est au lendemain d’élections législatives ou présidentielles que le gouvernement est dissous. Ce cas de démission de courtoisie est le seul auquel se plient la plupart des gouvernements en Afrique. Pourtant d’autres événements peuvent provoquer la fin d’un gouvernement. Notamment en cas de désaccord avec le président de la république sur un sujet précis.  L’exemple le plus patent est celui datant de 1976 en France. En Désaccord avec le président Giscard d’Estaing au sujet des solutions à adopter pour faire face à la crise économique que traversait la France, Jacques Chirac alors premier ministre remettra sa démission au président Valéry Giscard d’Estaing en soutenant ne plus avoir les moyens qu’il estime nécessaires pour assumer efficacement ses fonctions de Premier ministre.

La démission volontaire d’un gouvernement peut également être liée à sa responsabilité politique.Le 18 décembre 2018 en pleine crise avec l’opposition au sujet du pacte  de Marrakech sur les migrations , le Premier ministre belge Charles Michel a annoncé devant la chambre des représentants sa démission. Il s’est rendu par la suite au palais pour faire part du retrait de son gouvernement au Roi Philippe. Lassé de ne pas pouvoir  mettre sur pied ses reformes au sein d’un gouvernement minoritaire ou la NV-A menaçait sans cesse de quitter la majorité, Charles Michel a préféré jeter le tablier. Il sera maintenu par le roi à la tête d’un gouvernement fédéral qui n’agit plus de plein exercice, mais s’occupe uniquement des affaires courantes en attendant les prochaines élections législatives prévues en mai.

La démission du gouvernement peut également survenir à la suite du vote d’une motion de défiance de l’Assemblée nationale contre le gouvernement. La dissolution du gouvernement est alors  validée si le vote est approuvé à la majorité absolue des membres. Une mesure semblable avait abouti en 1962 en France sous la Ve République à la démission du gouvernement de Georges Pompidou.

Le vote de censure reste une réelle menace entre les mains de l’assemblée nationale qui à travers cette arme, peut manifester son mécontentement vis à vis des actions menées par le gouvernement ou encore l’interpeller sur ses engagements.

Au Gabon une mesure similaire a été prise en 2018 non pas par l’assemblée nationale mais par la Cour constitutionnelle. La haute juridiction qui avait appelé à la démission de l’assemblée nationale avait également demandé à ce que le gouvernement soit dissous. La cour a justifié sa décision par l’incapacité du gouvernement à organiser les élections législatives prévues depuis décembre 2016, ceci après deux reports.

IMPUNITE DES GOUVERNEMENTS EN AFRIQUE

En Afrique la menace d’un vote de motion de défiance reste irréaliste au même titre que les départs volontaires de gouvernements. Dans un milieu politique marqué par la mal gouvernance, la corruption, les gouvernements qui s’apparentent à des oligarchies sont des cercles où l’on retrouve des membres issus d’un même partis politique qui n’ont de compte à rendre qu’au chef de l’Etat, le seul garant de leur nomination. Les départs arrivent à la suite d’un limogeage ou d’un remaniement ministériel.

Au Cameroun le vaste scandale financier ayant conduit au retrait de la CAN 2019 et dont l’équipe gouvernementale du président Biya est accusée d’en être responsable aurait été un argument solide pour une démission volontaire du gouvernement. Mais cela n’a pas été le cas, pire le remaniement annoncé en grande pompe au lendemain de la victoire à la présidentielle de Paul Biya et qui devait avoir valeur de couperet n’a pas mis à mal les responsables de la déconvenue ayant occasionné le retrait de la prestigieuse compétition au Cameroun. Bien au contraire plusieurs ont été maintenus à leur poste et d’autres promus à de plus hautes fonctions.

 

Au Nigeria, il est également reproché aux gouvernements du président Buahari de n’avoir pas fait preuve de responsabilité en démissionnant après son incapacité à trouver des solutions aux problèmes sécuritaires que connaît le pays. En 2018, le Nigeria a connu une escalade de violence marquée par les attaques et enlèvements du groupe Boko Haram mais également des conflits inter-communautaires entre agriculteurs chrétiens et bergers nomades musulmans. Des affrontements qui ont causé la mort de près de 1000 personnes selon Human Right Watch et affecté l’économie du pays notamment le secteur agricole.

Le Burkina Faso dans ce contexte, fait figure d’exemple avec la démission le 18 janvier 2019 du premier ministre Paul Kaba Thiéba et de son gouvernement. Même si aucune information sur les réels motifs de cette décision n’a pas été dévoilée officiellement, il est nul doute au regard des derniers évènements dans le pays qu’elle est en rapport avec les attaques djihadistes récurrentes au Burkina Faso. Le président Roch Marc Christian Kabore qui a fait de la lutte contre l’insécurité un défi majeur de son mandat, en demandant la dissolution de cette équipe gouvernementale aurait finalement cédé aux revendications de plusieurs acteurs de la société civile mécontents de la situation sécuritaire dégradante dans le pays et qui réclamaient depuis des mois le départ de certains membres du gouvernement dont des ministres responsables de la Défense nationale et de la Sécurité territoriale.

La démission d’un gouvernement en cas de mauvais résultats, reste un acte qui illustre la responsabilité politique d’une équipe gouvernementale envers la population.  Le refus des gouvernements africains de se plier à ce genre de prérogatives pose la question de l’impunité qui sévit dans nos sociétés africaines où le mauvais exemple commence souvent au plus haut sommet de l’Etat.

Article de la rédaction AFRIC.

Crédit photo/google images/  démission gouvernement.

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