Association for Free Research and International Cooperation

Réintégration d’ex rebelles en Afrique : une épreuve difficile

14.02.2019
Article de la rédaction AFRIC
Une autre vie après la rébellion est elle possible ? Plusieurs pays africains à travers des programmes DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion) offrent à leurs citoyens ayants été enrôlés dans des groupes armées, l'opportunité de se refaire une virginité en réintégrant la vie sociale .Cependant, l'initiative d'un retour à la vie normale parait difficile à réaliser car les défis de l'après- guerre sont multiples. Le processus généralement est précédé par la signature d'accords de paix. La réintégration d'ex combattant est également indispensable dans le cadre d'un processus de réconciliation nationale au lendemain d'un conflit armé ou d’une guerre civile. De nombreux pays africains s'y sont essayés mais la réussite n'est pas toujours été au rendez-vous.

LA RCA, LE MALI, LA COTE D’IVOIRE …CES PAYS QUI ONT APPLIQUE LE PROGRAMME DDR

Ces dernières années , plusieurs pays africains  engagés dans  des processus de paix ont démarré des programmes DDR , à l’exemple de la Cote d’Ivoire au lendemain de la crise post électorale de  2010/2011 , du Mali  qui a signé en 2015 un accord de paix avec la Coordination des mouvement de l’Azawad pour stabiliser le nord du pays et de la RCA dont le président Touadera multiplie depuis son arrivée au pouvoir des appels aux dialogue avec des groupes armés.

La démobilisation qui est le fait de libérer de manière officielle des personnes ayant appartenu à des groupes rebelles ou organisations terroristes  est généralement précédé par le désarment qui revient à dépouiller les ex combattants des armes lourdes et légères dont ils ont fait usage durant les combats. Apres ces deux passages, l’ultime étape du programme DDR est la réinsertion. L’objectif ici est des permettre aux ex miliciens  de retrouver leur statut de civil et de les aider à suivre une formation qui plus tard leur permettra d’obtenir un emploi et de subvenir à leur besoin. La réinsertion nécessite une attention particulière et surtout des ressources financières. Car après avoir libéré et désarmé des hommes il est important de s’occuper de leur avenir. Cette dernière étape lorsqu’elle ne bénéficie pas d’un suivi adéquat peut conduire à l’échec du programme DDR.

En République Centrafricaine, le Programme DDR lancé par le président Faustin Archange Touadera  et qui implique  7 000 ex-rebelles bénéficie d’une assistance financière de la Banque mondiale à hauteur de 30 millions de dollars. Si les phases de désarmement et démobilisation profitent  d’aides inscrites dans le  budget de maintien de la paix de l’ONU, la réinsertion quand à elle nécessite la participation de volontaires  nationaux et bilatéraux ainsi que d’organismes multilatéraux, qui très souvent trainent à respecter  leurs engagements.

PROGRAMMES DDR : DES RESULTATS MITIGES

L’économie ayant du mal à démarrer dans les pays qui ont été en proie pendant des années à des conflits armés,  plusieurs anciens rebelles optent pour  une réinsertion dans les forces de maintien de l’ordre plutôt que dans le civil.

Au Mali sur  près de 1 600 combattants issus  des  régions du nord enregistrés dans le programme DDR initié par le gouvernement en 2018, seul une infime partie a  accepté  de se plier au processus. Craignant pour leur condition de vie  plusieurs rebelles ont exigé des garantis dont le droit de conserver leur grades au moment d’intégrer l’armée gouvernementale.

En RCA, il a été proposé à la moitié des ex-combattants ayant accepté de prendre part au programme DDR d’intégrer l’armée centrafricaine. Aux autres il a été offert l’opportunité  de suivre des formations civiles dans des domaines tels que l’agriculture  la mécanique ou la menuiserie.

En Côte d’Ivoire, le programme DDR engagé en 2015, a permis à près  de 58 000  ex-combattants ayant contribué à l’arrivée au pouvoir de Ouattara  d’intégrer l’armée régulière du pays. Ces derniers ont conservé leurs anciens grades. Cette armée reformée a donnée lieu à l’arrivée au commande de personnes sans formations militaires appropriées et dont l’apprentissage sur le maniement des armes s’est fait sur le tas .La mise à l’écart  des cadres formés à l’étranger (Etats-Unis, Europe)  ayant servit sous le régime de l’ex président Laurent Gbagbo, n’a pas empêché au pays de connaitre une série de mutineries  en 2017 . Orchestrées par les anciens rebelles ayant intégré l’armée gouvernementale elles avaient pour origine la revendication des primes promis par Ouattara à ces derniers  au moment de sa prise de pouvoir.

ENROLEMENTS VOLONTAIRE DE JEUNES: LES RAISONS

Pour résoudre le problème de réinsertion des anciens rebelles dans la société,  il est nécessaire d’étudier à la racine  les raisons favorisant  leur enrôlement. Dans ce contexte, la précarité de la vie apparait comme le motif  le plus courant. Se retrouvant sans ressources financières pour subvenir à leur besoins, ces jeunes sont des proies faciles pour les recruteurs.

La solitude, est un autre facteur favorable à l’enrôlement de jeunes gens. Pour  ces loups solitaires à qui on n’accorde aucune attention sur le plan social, les gangs et groupes armés apparaissent comme le cadre idéal pour bénéficier  d’une considération particulière. Mis à l’écart dans le milieu social, ils retrouvent à travers ces organisations, un sentiment d’appartenance.

A cela s’ajoutent des discours haineux qui prônent la radicalisation. Les recruteurs s’appuient ici sur la religion et une interprétation erronée de cette dernière pour véhiculer des principes qui prônent une vie meilleure après la mort ou encore de la nécessité de se venger en se rendant soit même justice. Les attentats suicides perpétrés par des kamikazes prêts à sacrifier leurs vies  sans état d’âme sont le résultat de tels endoctrinements .Dans plusieurs pays d’Afrique de l’ouest tels que le Mali et le Niger ou des courants de l’islam radical ont le vent en poupe, des milliers de jeunes sont recrutés dans des organisations salafistes qui prônent pareilles doctrines.

Bien que nécessaire dans le processus de reconstruction et de développement d’un pays  dans un contexte d’après-guerre, le programme DDR reste en Afrique un long parcours tortueux et périlleux parsemé d’embuches. Appelé à devenir des artisans actifs au processus de paix, les anciens miliciens lorsqu’ils ne sont pas accompagnés peinent à redevenir des citoyens normaux. Le manque d’assistance familiale et de perspective d’avenir, l’impossibilité de retourner à d’école  et le chômage,  deviennent des facteurs susceptibles de leur redonner l’envie de reprendre les armes.

Article de la rédaction AFRIC

Credit images: google images/ddr program/jeunes miliciens

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