Association for Free Research and International Cooperation

SENEGAL PRESIDENTIELLE 2019 : Maitre Abdoulaye Wade veut-il gâcher la fête ?

13.02.2019
Article de la rédaction AFRIC
La campagne électorale pour le vote du 24 février bat son plein au Sénégal où cinq candidats sont en lice pour briguer la magistrature suprême. Inédit de part le nombre limité de concurrents, ce scrutin connait déjà quelque tensions qui pourraient entraver son bon déroulement. Alors que Macky Sall et ses adversaires ont commencé leur numéro de charme auprès des populations à travers les quatre coins du pays, l’ancien président Abdoulaye Wade dont le fils Karim est écarté de la course à la présidentielle, bat une campagne d’un tout autre genre. L’ex chef de l’Etat sénégalais milite pour un boycotte pur et simple de ce scrutin qu’il juge "verrouillée" par Macky Sall. A ses nombreux partisans venus l’accueillir dès son retour au pays le 7 février 2019, Abdoulaye Wade demande de « brûler les bulletins de vote ». Si pour certains électeurs la recommandation du vieux baron de la politique sénégalaise est synonyme de prêche dans le désert, pour d’autres elle résulte de la frustration née du rejet de la candidature de son fils Karim.

Malgré  les années passées en France depuis son retrait de la vie politique sénégalaise, Abdoulaye Wade jouit toujours d’une forte côte de popularité auprès de la  population qui le considère comme un patrimoine national, un monument. Son appel au boycott de la présidentielle bien qu’incompris par bon nombre d’opposants est perçu par une certaine opinion comme   une stratégie de guerre pour faire peur au président Macky Sall  qui part grand favoris de ce scrutin.

 KARIM RECALE, UNE PILULE DIFFICILE A DIGERER

La mise à l’écart de Karim Wade par la cour Constitutionnelle du Sénégal a placé le PDS (Parti démocratique sénégalais), dans une posture inconfortable. La formation créée par Wade père ayant tout misé sur Karim  s’est retrouvée du jour au lendemain sans candidat pour ces joutes électorales. Fidèle au principe «  Karim ou rien », elle a épuisé tous ses voies de recours juridiques légales pour avoir gain de cause dans l’affaire concernant  l’inéligibilité de son représentant. C’est donc sans le puissant parti libéral que va se tenir ce scrutin marquant la fin du premier mandat de Macky Sall.

                                                                                 Crédit image: google images/karim wade

Empêtré dans un scandale financier pour enrichissement illicite et condamné en  2015 à six ans de prison ferme et à une amande de 138 milliards de FCFA par la Cour de répression de l’enrichissement illicite , le fils de l’ancien dirigeant sénégalais malgré la grâce présidentielle dont il a bénéficié un an plus tard , a vu son nom rejeté des listes électorales par la direction générale des élections .Pour les cadres du PDS le crime commis par l’homme politique de 50 ans est d’avoir convoité le fauteuil présidentiel d’où l’origine des déboires judiciaires qui le privent aujourd’hui d’aller jusqu’au bout de ses ambitions.

C’est donc un Abdoulaye Wade révolté et surtout en colère prêt à en découdre avec son ancien challenger qui a atterrit  le 07 février 2019  à l’aéroport Blaise Ndiaye. La tonalité  revancharde qui caractérise chacune de ses sorties laissent également entrevoir une vieille rancune à l’endroit de l’actuel président qui l’a battu par les urnes  en 2012.

                                                                                                                 Credit image :google images/élections Sénégal

Abdoulaye Wade qui pèse encore de tout son poids sur la scène politique sénégalaise n’a d’ailleurs  que faire de la candidature de Madické Niang un dissident du parti dont il est le fondateur et qui a désobéit à la consigne du « Karim ou rien». Encore moins de celle d’Idrissa Seck son ancien directeur de campagne  lors de la présidentielle de 2000, perçu comme le seul candidat susceptible d’inquiéter la coalition au pouvoir. L’ancien premier ministre de l’ère Wade bénéficie pourtant du soutien  du C25, l’union  regroupant les candidats recalés à l’épreuve du parrainage. Idrissa Seck a également les faveurs du maire de Dakar  Kahlifa Sall, une autre figure forte de l’opposition victime selon ses partisans d’un procès politique  avec pour but de briser ses ambitions présidentielles.

UNE CAMPAGNE PLONGEE DANS UN CLIMAT DE TENSION

La campagne électorale qui a débuté le 03 Février au Sénégal se déroule dans un climat de tension  dont l’un des antécédents  est  le chapitre de parrainage à travers lequel une vingtaine de candidats ont vu leurs dossiers rejetés par le conseil constitutionnel. Présenté comme une mesure visant à tester la côte de popularité de ceux ambitionnant devenir président, elle est perçue par plusieurs opposants recalés comme une énième manœuvre du  pouvoir pour écarter de la course à la présidentielle, le plus grand nombre de concurrents possible .Réunis autour du C25, les candidats dont les dossiers de parrainages ont été invalidés ont  formé un bloc commun autour de la candidature d’Idrissa Seck .

Les heurts qui ont  éclaté  dans certaines villes du pays depuis le début de la campagne, traduisent le sentiment de mal être l’opposition à l’approche du jour J. A l’Est de la capitale, un mort a été enregistré lundi 11 février  à la suite d’affrontements entre partisans de la coalition au pouvoir et ceux d’Issa Sall, candidat d’une  confrérie religieuse. Le président qui a condamné les circonstances ayant conduit à la mort du militant et promis une enquête pour punir les coupables est accusé par l’opposition de favoriser par son comportement ce climat délétère.

                                                                                                                             Crédit image: google images/présidentiel Sénégal

Pour de nombreux sénégalais, un dialogue politique avant la campagne électorale aurait pu préparer le terrain pour des élections calmes et apaisées. Face au malaise qui prévaut au sein de l’opposition fragilisée par la mise à l’écart de plusieurs fortes têtes, la campagne électorale au Sénégal  à ouvert la porte à une série d’événements violents et sanglants. Les appels au boycott de l’ancien président Abdoulaye Wade viennent  davantage envenimer la situation déjà très tendue sur le terrain dans ce pays qui a connu deux alternances  et dont la prise de pouvoir ne s’est jamais opérée par les armes.

Article de la rédaction AFRIC

Credit images : liberation.fr

To view full news and leave comments you must be logged in. Please join the community