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Les flux financiers illicites font perdre des milliards par an à l’Afrique

10.02.2019
Article de la rédaction AFRIC
La conférence conjointe des ministres de l’économie et des finances de l’Union africaine et des ministres africains des finances, de la planification et du développement économique de la CEA a décidé de la création d’un groupe de haut niveau sur les flux financiers illicites en Afrique. Ce groupe présidé par l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki a publié un rapport sur ces mouvements qui font perdre plus de 50 milliards par an à l’Afrique.

Le rapport d’une centaine de page aborde les questions liées à la lutte contre les flux financiers illicites dans un premier temps. Il essaye de comprendre le phénomène et ses impacts sur le développement du continent. Avant de faire des recommandations, le groupe de haut niveau a évoqué les conséquences de ces flux illicites sur le choix des politiques. Ces experts ont défini les flux financiers illicites comme étant «  des capitaux acquis, transférés ou utilisés de façon illégale ».  En raison des difficultés pour obtenir des données sur tous les pays d’Afrique, 6 pays ont été retenus pour servir de tram à ce rapport.  Il s’agit du Nigéria, de l’Algérie, du Liberia, de la Mozambique, du Kenya et de la République Démocratique du Congo. « Les critères de choix sont la répartition sous régionale, l’importance du secteur extractif dans l’économie de ces pays, et la situation des pays sortant d’un conflit » justifient les experts.

Pour comprendre les flux financiers illicites, le groupe de haut niveau s’est appuyé sur des travaux effectués sur le sujet, mené des consultations et a utilisé des études de cas. Il en découle donc que le phénomène est engendré par les activités commerciales, la criminalité et la corruption. En effet, le volet commercial est le résultat de l’activité des entreprises. Le rapport  explique qu’il est difficile de déterminer ces activités tant la frontière entre le légitime et l’abus est mince. « Les flux financiers illicites résultant d’activités commerciales répondent à plusieurs finalités telles que la volonté de dissimuler des richesses, d’éviter l’impôt de façon agressive, et de contourner les droits de douane et les taxes intérieures. » En outre, « les divers moyens d’engendrer des flux financiers illicites en Afrique sont la falsification des prix de transfert, des prix commerciaux, des factures correspondant à des services et des biens immatériels et la passation de contrats léonins, tout cela à des fins de fraude fiscale, d’évasion fiscale agressive et d’exportation illégale de devises. »

En ce qui concerne la criminalité, le rapport liste la traite des personnes, le trafic de drogue et des armes, la contrebande, l’escroquerie et le blanchiment d’argent. Ce dernier a particulièrement retenu l’attention du groupe. En effet, les experts estiment que « cela est dû probablement à l’intérêt politique que soulève la volonté de tarir le financement des organisations terroristes. Les études de cas et les consultations dans les pays ont montré que si des progrès ont bien été faits, des lacunes importantes existent encore dans les moyens de mettre un terme au blanchiment d’argent en Afrique. La plupart des pays africains étudiés ou visités ont créé des services de renseignements financiers ou sont sur le point de le faire. » Si les experts s’alarment de cette criminalité, ils ont aussi exprimé leur impuissance pour pénétrer « le monde ténébreux de la criminalité organisée en Afrique ». Enfin, le rapport souligne le rôle de la corruption dans les flux financiers illicites en Afrique. Elle touche aussi bien le secteur privé que public.

UNE ESTIMATION DIFFICILE

Le rapport du groupe de haut niveau souligne clairement qu’il est difficile de dire avec exactitude l’ampleur des flux financiers illicites en Afrique en raison précisément de leur caractère frauduleux. Néanmoins, « il était possible de repérer les flux financiers illicites sur la base des travaux existants et des disparités constatées dans les transactions commerciales comptabilisées en Afrique et dans les pays du reste du monde ».

Les flux financiers illicites provoquent un affaiblissement de la gouvernance à travers  la fragilité des institutions et de la règlementation. Ils compromettent ainsi la capacité d’action de l’État. Le rapport précise que « Les flux financiers illicites peuvent contribuer à un malaise politique, en partie parce que le gouvernement est moins en mesure de fournir les services sociaux nécessaires, mais aussi en raison du ressentiment qu’engendre la corruption découlant des flux financiers illicites». Ils ont aussi des conséquences sur le développement mais décourage également la transformation et la transparence selon le document du groupe des experts.

Le groupe de haut niveau a adressé des recommandations aux États africains mais aussi aux partenaires de l’Afrique pour enrayer ce phénomène de flux financiers illicites qui fait perdre des milliards par an à l’Afrique. Les données des experts montrent qu’en « prenant rapidement des mesures pour freiner les flux financiers illicites en provenance de l’Afrique, on pourrait dégager d’importantes ressources pour financer les programmes de développement à court terme du continent ».

Article de la rédaction AFRIC

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