Association for Free Research and International Cooperation

L’Italie accuse la France et relance le débat sur le Fcfa

07.02.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le vice-président du conseil italien Luigi Di Maio a jeté un véritable pavé dans la marre par sa récente déclaration au sujet du FCFA. La monnaie des pays francophones d’Afrique s’invite dans la brouille franco italienne.
« Si aujourd'hui il y a des gens qui partent, c'est parce que certains pays européens, la France en tête, n'ont jamais cessé de coloniser des dizaines de pays africains ». En ligne de mire du responsable italien le FCFA, la monnaie commune à 14 États africains. Si aujourd’hui les pays africains, particulièrement ceux utilisant la monnaie héritée de la colonisation française, sont sous-développés, c’est donc de la responsabilité de Paris. Le FCFA se retrouve au centre de la guerre diplomatique que se livrent la France et l’Italie depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition d’extrême droite composée de La Ligue et du mouvement « 5 étoiles ».

En effet,  Emmanuel Macron  se présente en  rempart contre la montée des nationalismes en Europe et n’hésite pas à critiquer ouvertement la politique pratiquée par les nouvelles autorités italiennes. Mattéo Salvini, le ministre italien de l’intérieur, et son alliée Luigi Di Maio de leur côté ne ratent jamais une occasion pour attaquer Emmanuel Macron qu’ils accusent d’ailleurs de « gouverner contre son peuple » faisant allusion au mouvement des gilets jaunes en France. Salvini a même affiché publiquement son soutien aux manifestants. La proximité de la coalition au pouvoir à Rome avec le Rassemblement National de Marine Le Pen participe de cette «  querelle » entre Rome et Paris.

FAUT-IL UNE LIBERTE MONETAIRE ?

Au-delà de ces bisbilles entre les deux pays, la sortie du vice-président du conseil italien et l’emballement médiatique autour pose ouvertement la question de la nécessité d’une liberté monétaire pour les pays francophones.

C’est un débat qui ne date pas d’hier, il a commencé depuis les années 1980. Partisans et adversaires du FCFA se sont toujours écharpés là-dessus sans qu’aucun consensus ne soit dégagé. L’économiste et ancien ministre togolais Kako Nubukpo avait plaidé en 2015 pour un régime de change un peu plus flexible et alternatif plutôt que l’arrimage actuel de la monnaie à l’euro sans quoi le développement économique des 14 États serait impossible. Il qualifiait  ce rattachement «  d’hérésie » car actuellement ce sont les évènements au sein de la zone euro qui détermine le franc CFA et non les conjonctures au sein des pays membres. Mais pour autant, l’économiste ne conseille pas la précipitation en fustigeant les passions autour de la question. «  A quoi cela rime-t-il de bomber le torse en prétendant avoir une nouvelle monnaie que nous serons incapables de gérer ? » se demandait-il .soulignant ainsi la nécessité est de définir un politique monétaire structuré, avant l’émission d’une monnaie. Mais pour certains économistes, le FCFA est clairement un frein au développement. L’économiste sénégalais Demba Moussa Dembele, bien connu pour ses positions contre cette monnaie a déclaré au journal Le Monde que  « la priorité de la BCE (Banque centrale européenne) est de combattre l’inflation (et) la Banque centrale d’Afrique de l’Ouest est obligée de suivre la même politique ». De ce fait, moins de crédits sont accordés aux entreprises africaines et aux États  et « cette politique monétaire empêche toute politique d’industrialisation » poursuit-il. Cette position est soutenue par beaucoup de mouvements en Afrique.

Des manifestations ont d’ailleurs eu lieu en 2017 dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Des politiciens et intellectuels français ont également soutenu la sortie du FCFA l’accusant d’être un instrument de maintien de l’influence française sous prétexte de garantie de stabilité. Les chefs d’États de ces pays se murent dans un silence. Est-ce la traduction d’un embarras ? En tout cas aucun d’entre eux ne s’est exprimé clairement à ce sujet depuis la sortie de l’italien. Peut-être ne veulent-ils pas participer à un débat relancé par le responsable d’un parti d’extrême droite européen et ouvertement xénophobe?

LA POSITION DE PARIS SUR LE FCFA

Quand il était au pouvoir, l’ancien président français François Hollande a semblé faire évoluer la position de  Paris vis-à-vis du Fcfa. En effet, il a encouragé au cours d’une visite à Dakar en 2012 les gouverneurs des banques centrales à faire usage plus activement des réserves de changes dont disposent les pays de la zone Cfa  auprès du trésor français. En octobre 2017 lors de la rencontre des ministres de finance des pays de la zone Franc, les autorités françaises ont fait part de leur volonté de dialogue en précisant que c’était aux pays africains de décider de sortir du Fcfa. A l’époque le ministre sénégalais des finances et le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique Centrale avaient estimé que la question n’était pas urgente. Ne l’est-elle pas maintenant ?

Sortir du Fcfa et créer sa propre monnaie seraient un signal fort de souveraineté vis-à-vis de la France.  Contribuera-t-il  au développement pour autant de ces pays quand on sait les problèmes de gouvernance dans ces pays ? Lors du sommet de la Communauté des États de l’Afrique de l’Afrique de l’Ouest en 2017 à Niamey, il avait été question de la création d’une monnaie unique pour les États membres de l’organisation sous régionale en 2020. En effet les 8 monnaie en circulation dans cette zone ne facilitent pas les échanges économiques d’autant plus qu’elles ne sont pas convertibles entre elles. C’est dire la difficulté de la tache si chacun des 14 États membres de la zone Cfa avait sa propre monnaie. Le débat sur le Fcfa n’est pas prêt de se terminé.

Article de la rédaction AFRIC

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