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Pétrole en Afrique : les alternatives à la chute des cours piétinent

07.02.2019
Quelles solutions face à la chute des cours du pétrole qui entament depuis plus de cinq ans les recettes des pays producteurs de l'or brut ? En Afrique, si la question a déjà trouvé réponse, sa mise en application reste une tout autre affaire.
2014. Nombre de pays africains sont surpris par la dégringolade continue des cours du brut. En seulement quelques mois, le cours londonien du brent est passé de 107 dollars pour s'établir à 78,60 dollars en novembre. Les mois qui suivent ne sont pas plus rassurants. La crise est actée. Le pétrole commence à ne plus faire recette comme par le passé. Au Nigeria, en Angola, en République du Congo, au Gabon, en Algérie, en Libye... la panique commence à gagner les rangs des ministères des Finances et ceux de l'Énergie face à la déprime des budgets. Début 2019, les Etats mono-producteurs ne se sont toujours pas remis de cette crise, en dépit des plans de reconversion annoncés.

Nigeria : retour à l’ère minière

Le Nigeria, premier producteur africain de l’or noir n’avait plus misé sur son secteur minier depuis les années 90. Obsédé par la très lucrative exploitation pétrolière, Abuja avait relégué au dernier plan ce secteur qui ne constitue actuellement que moins de 1 % de son PIB. Pourtant, ce ne sont pas les atouts qui manquent. Le sol nigérian regorge d’or, d’uranium ou encore de fer. À présent, les autorités nigérianes espèrent se baser sur cette manne pour sortir du tout pétrole et ainsi revigorer les recettes publiques. L’an dernier, la Banque mondiale a notamment approuvé un crédit de 150 millions de dollars pour soutenir la croissance du secteur minier du Nigeria. Mais avant d’espérer voir les retombées de ces engagements, il faudra dissoudre les gros problèmes d’infrastructures de base et d’insuffisance de données géologiques. Autre potentialité sur laquelle compte s’appuyer le mastodonte ouest-africain, l’agriculture à grande échelle. Les terres arables de la ceinture centrale constituent une mine pour booster la production agricole. Mais là encore, les défaillances infrastructurelles viennent se mêler aux conflits communautaires entre les éleveurs peuls et les agriculteurs. Pour le Nigeria qui se prépare des élections le 16 février, le défi est grand s’il veut demeurer au nombre des économies émergentes dans le monde. Il faudra notamment taper sur la corruption, endémique dans le pays, et investir d’importants moyens dans les infrastructures afin de progresser vers la transformation et l’industrialisation.

 

 

La pêche en Angola pour sortir du tout-pétrole

Pour sa relève économique, l’Angola, second producteur africain de brut ne croit pas plus que ça au miracle. Il mise sur ses 1600 km de côtes atlantiques, son agriculture et les investissements étrangers pour se sortir du marasme économique. Pour ce qui concerne la pêche industrielle, il s’agit de passer de 528.000 à 614.000 tonnes par an en volume de poissons pêchés. Mais dans un pays qui a longtemps concentré ses énergies sur le secteur pétrolier, relever un tel défi s’avère une tâche titanesque. En effet, les infrastructures nécessaires pour répondre à la demande sont caduques ou simplement inexistantes. C’est le cas des chalutiers ou encore d’usine de transformation dont le manque limite la production. Le même frein s’impose à l’agriculture qui reste encore largement artisanale. Pour y pallier, le gouvernement a élaboré un plan qui court de 2017 à 2022, prévoyant l’amélioration des infrastructures pour soutenir la pêche et le développement de l’industrie.

 

 

 

Le tourisme pour revigorer l’économie congolaise

Au Congo voisin, on mise davantage sur le secteur tertiaire. Brazzaville qui a accumulé des années de récession depuis l’écroulement des cours du brut, a fait de la réforme touristique son cheval de Troie pour redresser son économie. Sur quel potentiel compter ? La ministre du Tourisme Arlette Soudan-Nonault nommé en mai 2016 a mis sur pied un plan directeur qui met en vedette les trois grands parcs nationaux abritant des espèces protégées, ainsi que les réserves de gorilles comme celle de Lésio Louna, au nord de Brazzaville. Le tout, avec une base arrière d’un parc hôtelier qui compte pas moins de « 5000 hôtels ». Aussi, pour mieux organiser le secteur, un guichet unique des systèmes du tourisme, de l’hôtellerie et des loisirs a été créé. Objectif, générer environ 10 % du PIB à l’horizon 2021. Au Congo, la diversification économique passe aussi par le développement agricole et le secteur forestier, deuxième mobilisation importante de ressources, avec une contribution de 5,6 % au PIB.

 

 

 

« Depuis 2008, le Projet de développement agricole et de réhabilitation des pistes rurales (Pdarp), que réalise le pays avec l’appui de la Banque mondiale, a permis en dix ans de réhabiliter 1301 km de pistes rurales ; de construire 41 infrastructures de marchés ; d’appuyer 910 micro projets, soit 12 000 bénéficiaires ; de former les producteurs locaux ; d’équiper les services techniques de l’Etat. Les résultats satisfaisants de ce programme, pour lesquels le département de l’agriculture assure avoir doublé les revenus annuels des producteurs agricoles, encouragent le gouvernement congolais et la Banque mondiale à envisager un nouveau projet basé sur l’agriculture commerciale. Ce nouveau programme agricole estimé à plus de 100 milliards de FCFA, dont 60 milliards sont accordés par la Banque mondiale, vise notamment à consolider des acquis du Pdarp », écrivait en août 2017 le journal local Les Dépêches de Brazzaville.

 

L’agriculture verte, levier de croissance au Gabon

Des milliers d’hectares de terres arables consacrés à l’agriculture verte. Le retour à la terre pour sortir de l’emprise du pétrole, tel a été le leitmotiv du président Ali Bongo, dans la foulée de la dégringolade des prix du brut. Depuis, d’importants projets agricoles ont été lancés. En témoigne l’initiative Graine (Gabonaise des réalisations agricoles et des initiatives des nationaux engagés) lancée en 2015 qui a mobilisé d’importants fonds, notamment pour l’achat d’engins agricoles. La première année, le projet a généré 1 200 emplois selon les chiffres officiels. Depuis, de nombreux chantiers ont été lancés dans l’huile de palme, dans la production de volailles ou encore dans la filière maraîchère. Outre ce pan, le chef de l’Etat Ali Bongo a imposé un nouveau train de vie à l’Etat, en baissant en 2018 la masse salariale des ministres et autres cadres de l’administration. Mais là aussi, ces réformes se heurtent à des obstacles structurels dont la lourdeur administrative, le déficit de compétence ou encore les infrastructures défaillantes.

 

 

 

Dans un élan plus général, les pays pétroliers ont envisagé des politiques afin de sortir de la dépendance du pétrole. C’est notamment le cas au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) dont la Banque centrale a dû mettre un frein aux transferts massifs de devises en dehors de la zone CFA Afrique centrale via Western Union ou encore Money Gram. A côté de cela, la sollicitation du Fonds monétaire international pour des plans d’ajustement structurel a imposé aux pays pétroliers une discipline budgétaire, permettant en creux, de stabiliser la monnaie. Quoique, pour bien d’institutions internationales dont le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, pour la réussite de la diversification économique, il faudrait entre autres profondément réformer l’administration publique, favoriser une politique transparente pour les investissements et bien sûr, régler la sempiternelle question de la corruption.

Article de la rédaction AFRIC.

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