Association for Free Research and International Cooperation

Transition démocratique : que peut-on attendre des groupes rebelles en RDC ?

01.02.2019
Article de la rédaction AFRIC
La République Démocratique du Congo a franchi un cap important de son histoire en procédant à une passation de pouvoir pacifique entre Joseph Kabila Kabange et Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi. En finançant elle même ses élections générales tout en fermant la porte à toute forme d'ingérence étrangère avant et après le processus électoral , ce vaste pays d'Afrique Centrale de quatre-vingts millions d’habitants a montrer au yeux du monde , sa détermination à vouloir résoudre elle même et dans la dignité ses problèmes. Le vote bien qu'historique a été reporté dans trois localités du pays à savoir Beni, Butembo et Yumbi. Les raisons évoquées par la CENI : l'épidémie de la fièvre à virus Ebola et l'insécurité. Dans son discours d’investiture, le nouveau président qui veut tourner la page des années de conflits qui ont déchiré le pays, a promis de pacifier tout le territoire national. Un défi qui sera difficile à relever sans une réelle implication des groupes armés dont certains ont déjà manifesté leur désir de déposer les armes.

FAIRE  DES CONFLITS TRIBAUX ET LOCAUX UN LOINTAIN ET TRISTE SOUVENIR

En prenant officiellement le pouvoir, le successeur de Joseph Kabila est revenu sur la nécessité d’impliquer tous les congolais dans le processus de construction du pays. Rendant hommage aux populations qui n’ont pu exercer leur devoir civique lors du scrutin  qui a abouti à son élection, il a promis de travailler durant son mandat pour  la restauration de la paix dans le pays qui est habité par plusieurs milices armées nationaux et étrangers semant le trouble et la désolation. Contrairement à son prédécesseur, qui a eu du mal à éradiquer ce fléau qui freine le développement de la RDC  et endeuille les populations, le nouvel homme fort du pays veut rectifier le tir.  A la population venue nombreuse au stade des Martyrs lors de sa  prestation de serment, Félix Tshisekedi a promis dans un ton rassurant de tourner la page de « l’épisode douloureux des conflits tribaux et locaux qui ont endeuillé » la RDC  et d’en  faire bientôt  qu’un lointain et triste souvenir. Dans le cadre d’une action concertée, il appelle toutes les autorités coutumières de la nation à œuvrer pour la paix et la tolérance en vue d’une cohabitation pacifique entre les différentes communautés.

LA RDC, UN PAYS MINE PAR DE VIEUX CONFLITS

Malgré les nombreuse richesses de son sous sol, la République Démocratique du Congo  connait d’importants problèmes sécuritaires. Vaste territoire de 26 provinces, le pays totalise selon un travail mené par le Groupe d’études sur le Congo en 2015, près d’une centaine de groupes armés. Les quatre provinces les plus touchés par les exactions  sont celles de l’Ituri, Maniema, Nord-Kivu, et Sud-Kivu. Certains de ces groupes viennent des pays étrangers tels que l’Ouganda (Forces démocratiques alliées), le Rwanda (Forces démocratiques de libération du Rwanda), la Centrafrique, le Burundi (Forces nationales de libération du Burundi) et le Soudan du Sud. Les idéaux qu’ils défendent sont différents. Ces groupes rebelles opèrent plus à l’Est  de la République Démocratique du Congo. Ils ont  fait de cette partie du pays l’une des régions les plus meurtrières au monde. Si certains de ces groupes sont  purement ethniques d’autres par contre sont politisées à l’exemple de Nduma défense of Congo (NDC)  qui avait soutenu en 2011 la candidature de Joseph  Kabila à la présidentielle ou encore de Maï Maï Simba, un groupe  crée en 1964 et qui serait le plus ancien de la République Démocratique du Congo. Il milite notamment pour une application en RDC des idées politiques de Patrice Emery Lubumba le tout premier ministre du pays.

Si les divergences avec les pays voisins , le trafic illégal de minerais et  la constance des conflits interethniques ont favorisé l’émergence  de ces groupes armés, le maintien au pouvoir de Joseph Kabila, depuis  la fin en 2016 de son deuxième et dernier mandat, a permis à certains acteurs politiques d’instrumentaliser ces milices pour des revendications politiques. Le discours conciliant de Félix Tshisekedi pourrait ouvrir une brèche au dialogue et à la fin des affrontements.

DES MILICIENS KAMUINA NSAPU DEPOSENT LES ARMES

La prise de pouvoir de Félix Tshisekedi, un candidat issue de l’opposition congolaise  est à mesure d’apaiser les tensions en République Démocratique  .Le pays a connu durant ces dernières années  un regain de  violences qui a  contraint plusieurs congolais à se refugier dans des pays voisins. Les découvertes de plusieurs fosses communes dans les provinces du Kasaï  démontrent de  l’ampleur des violences menées par ces groupes armées malgré la présence  des casques bleus de la MONUSCO.

Les combattants de la milice tribale  Kamuina Nsapu ont été les premiers à réagir après le  changement à la tête de l’exécutif. Ils sont au total 600 à avoir déposé les armes lors d’une cérémonie organisée au stade de Kanzala à Kananga dans le Kasaï Central. Satisfaits de l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, dont le père Etienne Tshisékédi  était  originaire  de la région du Kasaï, les guerriers aux bandeaux rouges, voient en cette victoire, une prise de pouvoir par le peuple qui selon eux nécessite une fin des hostilités avec le gouvernement. Bien plus, ils appellent leur compagnons restés dans le foret à suivre leur exemple et lancent même des appels à la réconciliation  à d’autres groupes rivaux dont les Bana Mura.

Pour de nombreux observateurs cette décision bien qu’admirable ne devrait pas faire l’objet d’un emballement de la part des autorités congolaises qui devraient plutôt songer à une prise en charge et à une réinsertion des miliciens ayant déposés les armes.

Article de la rédaction AFRIC

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