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Protestation post-électorales: les politiciens africiains sont ils de mauvais perdants?

25.01.2019
article de la rédaction AFRIC
Il n’y a pratiquement pas d’élection présidentielle en Afrique qui ne soit suivie par des contestations. Protester contre le verdict délivré par les organes en charge de superviser les élections, est un scénario récurent à la fin de chaque échéance électorale qui se déroule sur le continent africain.

Une attitude devenue culte  qui donne aux hommes politiques africains, une réputation de mauvais perdants et qui présente les joutes électorales tenues en Afrique comme des bras de fer où la raison revient au camp du plus fort. Mauvaise foi ou soif de pouvoir ? Une chose est sure, les leaders du continent sont passés maîtres dans l’art de la contestation électorale.

LES PAYS AFRICAINS CHAMPIONS DE LA CONTESTATION ÉLECTORALE

La quasi totalité des élections présidentielles qui se sont tenues sur le continent ces derniers temps, ont eu leurs lots de contestations. Le scénario qui se déroule en République Démocratique du Congo où la victoire de Felix Tshisekedi est rejetée par l’opposant Martin Fayulu n’est qu’un remake de ce qui s’est passé en 2016 au Gabon et en Gambie,  en 2017 au Liberia et au Kenya et en 2018  au Mali, au Cameroun, au Zimbabwe et à Madagascar.

Candidat malheureux  du scrutin du 27 août 2016 au Gabon, l’opposant Jean Ping n’a jamais reconnu la victoire de son challenger Ali Bongo Ondimba et ce malgré la décision de la cours Constitutionnelle. Ses  nombreux appels au soulèvement s’étant soldés par des échecs, l’ex président de la Commission de l’Union africaine se considère toujours à ce jour comme le véritable président élu de la république du Gabon. Il  ne manque pas d’ailleurs de le rappeler quand l’occasion s’en présente.

Le scénario en Gambie au lendemain de la proclamation de la victoire d’Adama Barrow est différent dans la forme bien qu’identique au cas gabonais dans le fond. Le président sortant Yayah Jammeh avait pourtant surpris plus d’un en reconnaissant le 02 décembre 2016 devant la face du monde la victoire d’Adama Barrow et en félicitant ce dernier. La décision de s’accrocher au pouvoir quelque jour plus tard, lui a valu une sortie peu honorifique de la scène politique gambienne après 20 ans de règne sans partage dans ce pays, son exil en Guinée Equatoriale étant le résultat d’une pression régionale et internationale.

Le Kenya est entré dans l’histoire en devenant le 1er septembre 2017, le premier pays africain à  invalider une élection présidentielle. Une décision qui émane du recours déposé par le parti de l’opposant  Raila Odinga après la victoire proclamée d’Uhuru Kenyatta. Mecontent de la décision prise par la haute juridiction, le président Kenyan s’est néanmoins plié à ses exigences. Sa patience a finalement payé puisqu’il sera réélu à l’issue de ce nouveau vote auquel n’a pas pris son rival. Bien plus, la décision d’Uhuru Kenyatta évite au Kenya, pays habitué aux accusations de fraudes électorales de sombrer dans un nouveau conflit postélectoral.

Le Mali a innové  lors de la dernière présidentielle qui s’est tenue dans ce pays en 2018. Pour la première fois un président sortant était  contraint de se plier à un second tour. Cette mesure n’a cependant pas épargné le parti au pouvoir d’accusations de fraudes et de bourrages d’urnes de la part de l’opposition dont le chef de file Soumaila Cissé a finalement été battu à l’issue de ce second round l’opposant à Ibrahim Boubacar Keita.

Au Cameroun où l’opposition réclame un scrutin à deux tours comme cela se passe sous d’autres cieux, le  candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto n’a pas attendu le verdict d’ELECAM, l’organe en charge de l’organisation des élections pour s’auto proclamer vainqueur de la présidentielle.  Ce discours qualifié d’imposture en plus d’essuyer  de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux  a été condamné par plusieurs candidats ayant pris part au scrutin.

Bien avant les camerounais, les zimbabwéens avaient rendez vous avec les urnes le 30 Juillet 2018 pour choisir leur président. Ces élections, les premières de l’ère post-Mugabe ont été entachées de violences.  Qualifiées de « justes et transparentes » par le camp du vainqueur Emmerson Mnangagwa et de frauduleuses par celui de Nelson Chamisa , ses élections ont accentué les tensions dans ce pays plongé dans une profonde crise économique due aux nombreux embargos imposés durant le règne de Mugabe.

A Madagascar, la cérémonie de passation de pouvoir le 19 janvier 2019 entre le sortant Rajaonarimampianina et le président nouvellement élu Andry Rajoelina a donné au monde, une belle image de transition démocratique. En effet  pour la première fois  le passage de témoins dans ce pays a eu lieu entre deux présidents élus.  Mais  le retour au pouvoir de Rajoelina  n’a pas été de tout repos. A plusieurs reprises la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI ) s’est retrouvée au centre de nombreuses critiques de la  part des partisans des deux protagonistes du second tour.

Les pays africains  désirent de plus en plus s’inspirer des modèles de démocratie occidentales où il est pratiquement normal pour un président sortant battu par les urnes de féliciter son rival. Mais pour en arriver là un énorme travail de fond doit être fait pour que les acteurs politiques accordent une confiance inouïe aux organes en charge d’organiser les élections et  que ceux qui détiennent les rênes de l’exécutif  aient la bienséance de se retirer du pouvoir lorsque le peuple a tranché. A défaut de cela les contestations, accusations de fraudes et irrégularités continueront de planer sur le ciel africain ouvrant la porte aux crises postélectorales et ingérences étrangères comme cela fut le cas en Cote d’Ivoire en 2011.

Article de la rédaction AFRIC.

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