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Tunisie: 8 ans après la chute de Ben Ali les attentes demeurent

17.01.2019
Article de la rédaction AFRIC
Les tunisiens ont commémoré ce 14 Janvier 2019, le 8e anniversaire de la révolte populaire qui a conduit à la chute du président Zine el-Abidine Ben Ali. La révolution de Jasmin qui a mis fin aux 23 ans de règne sans partage de l'ex président tunisien semble n'avoir pas sonné le glas de toutes les difficultés qui avaient poussé les tunisiens à battre le pavé pendant quatre semaines. Né de l'immolation par le feu à Sidi Bouzid de Mohamed Bouazizi, un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes, ce mouvement qui a gagné tout le pays, se résumait autour de trois besoins fondamentaux à savoir le travail, la dignité et la liberté.

En colère contre le régime en place qui avait favorisé l’éclosion de la corruption, du chômage des jeunes diplômés et des dérives policières, les tunisiens ont à travers la  révolution dite de la dignité, donné naissance au printemps arabe qui a en un temps recors a envahis d’autres pays arabo musulmans. Les retombés de cette saison dont les lendemains s’annonçaient meilleurs semblent huit ans après n’être pas à la hauteur des espoirs escomptés. Un malaise qui se caractérise par l’appel à la grève générale émis par le redoutable syndicat UGTT qui appelle les tunisien à exprimer leur mécontentement plutôt qu’à verser dans la célébration.

DEMOCRATIE, PROMOTION DES LIBERTES FONDAMENTALES ET REFORMES SOCIETALES 

En exprimant  leur désir d’une Tunisie meilleure que celle que leur a offert Ben Ali durant ses 23 ans de règne, les tunisiens ont payé un lourd tribut. Les chiffres officiels du bilan des manifestations au début pacifiques parlent de 338 morts et environ  2100 blessés. Sur le plan politique les premiers changements se sont néanmoins fait ressentir.

Le départ de Ben Zine el-Abidine Ben Ali  un certain 14 janvier 2011  a donné lieu en 2014 à l’organisation, d’  élections législatives et présidentielle libres dans le  pays. Pour encourager l’entrée des jeunes dans la politique un quota garantissant la candidature des tunisiens de moins 36 ans aux élections municipales a été imposé. Le nouveau régime a également favorisé les libertés fondamentales telles que la liberté d’expression. Sous l’impulsion du président  Béji Caïd Essebsi, une Commission des libertés individuelles a vu le jour  en août 2017 avec pour mission de mettre sur pied une série de reforme inédite dans le monde arabe dont l’instauration de l’égalité homme-femme dans l’héritage. Des initiatives, saluées par des défenseurs des droits de l’Homme mais qui restent insuffisantes pour de nombreux tunisiens qui déplorent  une  croissance économique au ralenti.

DIFFICILE RELANCE ECONOMIQUE

Si les jeunes tunisiens peuvent aujourd’hui s’exprimer en toute liberté, beaucoup estiment que leur détresse n’est pas prise en compte par les leaders politiques trop occupés par des querelles de pouvoir. Le chômage des jeunes diplômés n’a pas baissé. La chute du dinar a causé  des conséquences négatives sur le pouvoir d’achat des citoyens qui s’est considérablement détérioré  et à cela s’ajoute un important problème d’inflation. La jeune démocratie tunisienne malgré ses efforts peine à améliorer le quotidien de  ses citoyens.

La crise économique profonde dans laquelle est plongé le pays a contraint le gouvernement à solliciter à deux reprises des prêts auprès du FMI. Un premier de 1,74 milliard de dollars en juin  2013 et un second de 2,8 milliard de dollars pour une durée du quatre ans allant de 2016 à 2020.Une aide financière qui n’est pas sans conséquence pour la fonction publique soumise à un programme drastique de réduction de dépenses et d’assainissement.

Les inégalités régionales matérialisées par un taux d’investissement en hausse dans les régions côtières  et bas dans celles du centre et du Sud de la Tunisie  n’arrangent en rien à la situation. Bien au contraire, elles accentuent le sentiment de mal être de la population.

LE TOURISME EN HAUSSE

Dans ce tableau peu reluisant que présente la situation économique du pays, le tourisme sort néanmoins la tête de l’eau. En 2018, la Tunisie a connu une hausse considérable d’arrivée de touristes sur ses terres, soit  3,2 millions de personnes. Des chiffres encourageants qui contrastent avec la période éprouvante qu’a traversé ce secteur de l’économie durant les années post révolution.

Une traversée de désert due à la chute du dinar, à l’instabilité politique qui a précédé le départ de Ben Ali et à l’insécurité marquée par  les attentats meurtriers en 2015  dans le musée du Bardo  (24 morts ) et quelques mois plus tard dans une station balnéaire  à Sousse (38 morts).Des lieux couramment fréquentés par des touristes .

Pour relancer le tourisme  le gouvernement a dû prendre des mesures  pour assurer la sécurité sur les sites touristiques et les aéroports, si ces reformes ont porté des fruits beaucoup reste  néanmoins à faire sur le plan économique pour permettre aux tunisiens d’avoir un train de vie décent. L’immolation par le feu le 24 décembre 2018 d’un jeune journaliste  à Kasserine en signe de protestation contre le chômage et la détérioration de la situation économique et les émeutes qui ont suivi cet événement tragique sont  le signe d’un malaise profond au sein de la population tunisienne. De nombreux jeunes citoyens dans cette Tunisie libre mais où l’on a du mal à trouver du travail et de la dignité optent pour l’exil, le seul moyen selon eux d’échapper à un environnement sans perspectives d’avenir.

LA JEUNESSE TUNISIENNE LIVRÉE A L’IMMIGRATION

Sans espoir, la jeunesse tunisienne a décidé de se tourner vers l’immigration. Cette option est pour plusieurs jeunes diplômés et non diplômés la seule issue possible pour espérer à des lendemains meilleurs. Selon le ministère tunisien de l’intérieur depuis 2011,  30 000 jeunes tunisiens ont quitté clandestinement le pays  pour les cotes italiennes. Cette crise migratoire clandestine qui est favorisée par l’ampleur du chômage, la crise économique et les inégalités régionales inquiète au plus haut point les pouvoirs publics. Malgré la multiplication des arrestations, et les confiscations des embarquements, le nombre de candidats à l’immigration au sein de la jeunesse tunisienne reste en hausse.

En dépit  de l’organisation de quelque événements  pour commémorer le 8e anniversaire de la révolution  dont l’exposition au musée du Bardo de  Tunis à laquelle  a assisté le président Béji Caïd Essebsi, les tunisiens n’ont pas le cœur à la fête. Les espoirs suscités par le départ de Ben Ali et un changement à la tête de l’exécutif ont laissé place aujourd’hui à la consternation. Le pays a certes réussi sa transition politique mais ne détient pour autant pas les solutions économiques nécessaires pour retenir sa jeunesse principale actrice de la révolution de Jasmin aujourd’hui plus que jamais désemparée.

Article de la rédaction AFRIC

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