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Karim Wade et Khalifa Sall écartés, la voie est-elle libre pour Macky Sall ?

16.01.2019
Article de la rédaction AFRIC.
Présentés comme de potentiels rivaux au président Macky Sall qui brigue un deuxième mandat de cinq ans à la tête du pays, Khalifa Sall et Karim Wade sont officiellement écartés de la course à la présidentielle. Et pour cause, les candidatures des deux opposants empêtrés dans des problèmes judiciaires, ont été rejetées par le Conseil constitutionnel. C’est sans eux qu’aura lieu la lutte pour la magistrature suprême dont le premier tour se tiendra le 24 février 2019. La mise à l’écart de ces deux figures majeures de l’opposition sénégalaise par la haute juridiction, est-elle la garantie d’une victoire effective pour le successeur d’Abdoulaye Wade ? En d’autres termes, quelles chances dispose l’opposition à ce scrutin présidentiel dont les pronostics donnent déjà vainqueur et ce au premier round le président sortant ?

KHALIFA SALL ET KARIM WADE VICTIMES DE PROCÈS POLITIQUES ?

Des élections « justes et transparentes » c’est ce que réclament  les milliers de partisans de Khalifa Sall et Karim Wade qui ont organisé ces derniers mois des manifestations au Sénégal et qui qualifient de partiales le ministre de l’Intérieur, en charge de l’organisation du  scrutin et le Conseil constitutionnel. Les procès du maire de Dakar et du fils de l’ex président sénégalais à en croire certains observateurs de la scène politique sénégalaise se ressemblent. Les deux hommes politiques ont la particularité d’avoir été condamnés par la justice pour des délits d’ordres financiers. Dans les deux camps on accuse la justice de jouer le jeu de l’exécutif en écartant à l’aide de procédés judiciaires les candidatures pouvant causer du tord à la réélection de Macky Sall.

Maire de la ville de Dakar depuis 2009, Khalifa Sall est accusé de détournement de fonds publics. Plus précisément de la modique somme d’ 1,8 milliard de francs CFA soit  2,3 millions d’euros des caisses de la municipalité de Dakar entre 2011 et 2015. Le fils de l’ex président Abdoulaye Wade fait quand à lui  l’objet d’accusation d’enrichissements illicites. En plus du caractère houleux des audiences qui ont sanctionnées leurs deux affaires, il est nul doute pour le maire socialiste que pour Karim Wade  que l’exécutif instrumentalise la justice.

KARIM ÉCARTÉ, QUEL PLAN B POUR LE PDS ?

Ancien ministre pendant la présidence de son père, Karim Wade s’était inscrit sur les listes électorales à l’ambassade du Sénégal au Koweït. Mais sa candidature a fait l’objet d’un premier rejet le 2 juillet 2018 de la part du ministère de l’Intérieur, qui avait brandi comme motif les prescriptions du Code électoral qui dépouille de leurs droits civiques les individus condamnés à plus de cinq ans de prison. Depuis son exil à Doha au Qatar, Karim Wade avait par la suite saisi le tribunal départemental de Dakar. Une procédure qui s’est soldée par un deuxième échec, la juridiction de la capitale se déclarant incompétente pour statuer.  Une troisième tentative à travers un pourvoi en cassation a essuyé le même revers auprès de la Cour suprême.

Les sénégalais n’auront pas droit à un remake à la Bush, à savoir connaitre un règne père et fils à la tête de l’exécutif comme cela fut le cas au Etats- Unis et plus proche encore, au Kenya. Le conseil des 07 sages en a décidé autrement en publiant ce lundi une liste dans laquelle ne figure pas le nom du fils d’Abdoulaye Wade condamné en 2015 à six ans d’emprisonnement ferme par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) et gracié en 2016 par le chef de l’Etat Macky Sall. Avec la mise à l’écart de Karim Wade le parti Démocratique Sénégalais se retrouve sans représentant à l’élection du 24 février. Le choix de Karim comme porte étendard de la formation politique en 2015 malgré sa condamnation est d’ailleurs un gros risque pris par le principal parti d’opposition sénégalaise.

Karim Wade et Khalifa Sall étant désormais liés par le même sort, les choses semblent compliquées pour l’opposition qui affrontera dans les urnes le président sortant sans ces deux poids lourds dont la popularité et la notoriété étaient à mesure d’inquiéter la coalition au pouvoir. Pire une alliance entre les deux ténors de l’opposition est impossible. Le parti d’Abdoulaye Wade qui a toujours rejeté l’idée d’un second plan ne s’est pas encore prononcé sur ce qui pourra être sa riposte.

CONTROVERSE AUTOUR DU SYSTÈME DE PARRAINAGE

Outre les démêlés judiciaires ayant rendu invalides les candidatures de Karim Wade et Khalifa Sall, le système de parrainage introduit dans le nouveau code électoral, a donné lieu à un grand nettoyage rendant invalides les candidatures de plusieurs concurrents. Cette mesure incontournable à laquelle doivent se plier tous les prétendants à la magistrature suprême implique la nécessité pour ces derniers de recueillir près de 52000 signatures de votants réguliers. Présentée comme un outil permettant de tester la côte de popularité des candidats avant l’étape des urnes, cette loi s’est très vite retrouvée au centre d’une controverse. Pour de nombreux sénégalais il s’agit d’une mesure anti démocratique, une manœuvre de plus pour réduire davantage le nombre de candidats. Le texte relévant qu’un électeur ne peut parrainer deux candidats a donné lieu au problème de doublon d’où l’exclusion d’une vingtaine de candidatures par le conseil constitutionnel.

Au total quatre concurrents affronteront Macky Sall le 24 février prochain. La liste dévoilée par les sept sages le 14 Janvier, n’est pas encore définitive car une ultime concertation s’impose le 20 janvier. Elle porte sur les requêtes déposées par différents candidats recalés. A entendant le verdict final, les sénégalais s’apprêtent à vivre une présidentielle inédite avec un nombre de candidat considérablement réduit comparé aux dernières échéances dont celle de 2012 qui avait mis en compétition 12 candidats. Sont d’ores et déjà retenues les candidatures du président sortant qui représente la coalition de la majorité « Benno Bokk Yaakar », Madike Nyang un proche de l’ex président Abdoulaye Wade, exclu du PDS pour avoir porté sa candidature à la présidentielle sans la bénédiction des ténors qui ont rejeté toute idée de plan B en cas de rejet de la candidature de Karim Wade. Sont également en lice l’ancien premier ministre Idrissa Seck du parti Rewmi, Ousmane Sonko, 44 ans, figure nouvelle du sillage politique sénégalais et El Hadji Sall qui défendra les couleurs du Parti de l’Unité et du Rassemblement (PUR). Dans ce décor, tout semble joué d’avance à moins que la campagne électorale ne réserve quelques surprises .

Article de la rédaction AFRIC.

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