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Augmentation des frais universitaires en France, une décision qui ne passe pas

12.01.2019
Article de la rédaction AFRIC
En novembre dernier, le premier ministre français Édouard Philippe a annoncé une augmentation des frais universitaires pour les étudiants étrangers hors Union Européenne à la rentrée 2019. En licence les droits passent de 170€ à 2770€ tandis qu’en master et doctorat il faudra s’acquitter de 3770€ contre 243€ et 380€ actuellement.a

Ce  plan dénommé  Bienvenue en France suscite bien de remous au sein de la classe étudiante. Assemblées générales  et manifestations se succèdent dans les universités françaises pour contester cette annonce d’Édouard Philippe.  Dans un communiqué, le principal syndicat étudiant la Fage a fait part de son indignation face à cette mesure qui selon elle ajoute encore une difficulté supplémentaire en plus « de la complexité des démarches pour l’obtention des visas étudiants dans les ambassades françaises » et les formalités administratives pour l’entrée et le séjour. Même consternation pour l’Unef, l’autre syndicat étudiant, pour qui « cette décision renforce la précarité sociale et ferme les portes de l’enseignement supérieur français aux étrangers ».

Du coté des étudiants africains, l’inquiétude est perceptible à l’évocation du sujet. « Même avec le cout actuel, il est déjà très difficile de joindre les deux bouts » nous confie un étudiant guinéen en licence 3 de droit à l’université de Lyon 3. Il travaille dans un fast food pour financer ses études et son séjour. Impossible pour lui de payer les 3770€ à la rentrée prochaine. «  Déjà que c’est difficile pour moi de payer le loyer, le transport ainsi que les multiples charges. Il faut multiplier les boulots or il est illégal de travailler plus de 20 heures par semaines en tant qu’étudiant ».  Son rêve de poursuivre ses études jusqu’au doctorat en France risque de s’arrêter à cause de cette augmentation.

Face aux multiples réactions d’incompréhensions suscitées, la ministre française de l’enseignement supérieur Frédérique Vidal  a adressé un courrier aux présidents des universités et aux directeurs des grandes écoles.

Dans  cette lettre citée par l’Agence France Presse, la ministre explique que « les étudiants résidants depuis plusieurs années en France devront payer les mêmes droits universitaires que les étudiants européens ». Aussi précise-t-elle que ces étudiants ne sont pas concernés par cette mesure. Malgré ces annonces du ministre de l’enseignement supérieur, l’inquiétude demeure. La conférence des présidents d’universités  demande simplement la suspension de cette augmentation qui «  porte un risque important d’exclure des étudiants et des doctorants ».  Dans une tribune publiée, les responsables universitaires affirment  que « la France a besoin des étudiants internationaux qui contribuent à son développement et à son rayonnement dans le monde ». Certaines universités comme celle de Clermont Auvergne vont encore plus loin dans la contestation de cette mesure. Elles n’appliqueront tout simplement pas cette décision du premier ministre français.

Dans un autre appel paru au Journal du Dimanche, des personnalités comme l’ancien footballeur Lilian Thuram dénonce « un mur de l’argent que le gouvernement est en train de construire contre les étudiants étrangers ». Pour ces personnalités, c’est une mesure qui menace d’abord les étudiants les moins fortunés et le gouvernement français sait très bien qu’il est impossible pour ces étudiants de s’acquitter de cette somme.  La stratégie de ce plan des autorités françaises est simple selon les signataires de la tribune «  étudiants pauvres dehors ».

UN MESSAGE DE LA FRANCE POUR L’AFRIQUE ?

Faut-il voir dans cette décision du gouvernement français un signal destiné à l’Afrique ? C’est le point de vue défendu par Jean Marc Segoun, doctorant en Sciences Politiques à l’Université de Nanterre « il s’agit de responsabiliser les États du continent à penser une politique du capital humain plus performante ». Il faut donc repenser la santé de qualité, garantir le droit à l’éducation à travers des mesures concrètes comme la gratuité de partielle ou complète de l’éducation au Ghana, au Libéria, en Sierra-Leone. Ces mesures doivent être prises dans un environnement de sécurité alimentaire, sanitaire en définitive de sécurité humaine. Le Rwanda et le Botswana auront pris le leadership sur la volonté d’investir dans l’humain sur le continent africain poursuit-il. En conclusion, Jean Marc Segoun considère que cette mesure qui fait couler beaucoup d’encre est plutôt une chance car « L’État en Afrique doit tirer une leçon de la  hausse des frais de scolarité des étudiants africains et voir la mondialisation comme une arène de compétition dans laquelle la compétitive impose la compétence humaine ».

Toujours est-il que des actions sont prévues par  les universités, les syndicats étudiants ainsi que les associations des étudiants étrangers pour que les autorités françaises reviennent sur cette décision.

Article de la rédaction AFRIC

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