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A quel jeu jouent l’église catholique et la France ?

11.01.2019
Article de la rédaction AFRIC
Félix Tshisekedi, le fils de l'opposant historique Etienne Tshisékedi, est en passe de devenir le nouveau président de la République Démocratique du Congo. Un moment historique pour ce pays dont la plupart des transitions politiques depuis l'indépendance se sont fait dans la violence .Jeudi aux premières heures la CENI a proclamé le nom du vainqueur selon des résultats provisoires. Si l'annonce de la victoire de Félix Tshisekedi a aussitôt donné lieu à des liesses populaires dans la capitale Kinshasa, elle semble ne pas être du goût de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) et de la France qui très vite sont montées au créneau pour contester la véracité des données avancées par la CENI , l'organe légal en charge de l'organisation des élections générales qui se sont tenues dans le pays le 30 Decembre. Des prises de position assez surprenantes qui pourraient bien gâcher la fête et qui viennent ainsi conforter les accusations de Martin Fayulu, le candidat de la coalition LAMUKA donné 2e avec 34,8% des suffrages et qui déjà parle de " putsch électoral " orchestré par l'UDPS et le pouvoir en place.

CENCO OU  CENI,  QUI DETIENT LA VERITE

La  Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) a joué un rôle majeur dans l’organisation des élections générales en RDC. En médiatrice avérée et tres écoutée, elle a permis aux différents protagonistes de la crise née du refus de Joseph Kabila de quitter le pouvoir,  de trouver un terrain d’entente pour empêcher  au pays de s’enliser dans la violence . C’est d’ailleurs grâce à son implication dans les pourparlers qu’ont été signé le 31 Décembre 2016 ,  les fameux accords de la Saint Sylvestre ayant abouti à l’organisation des élections présidentielle , législatives et provinciales , mais également à la mise sur pied d’un conseil national de transition  pour veiller à la mise en applications des résolutions devant permettre au pays de cheminer vers la transition démocratique tant voulue par l’opposition.

Négociatrice entre le clan Kabila qui a accepté d’aller à ces joutes électorales sans son leader et l’opposition congolaise, la CENCO est aujourd’hui accusée à la suite de ses derniers agissements de vouloir jouer les troubles fêtes en RDC. Elle qui soutenait vouloir éviter au pays le chaos avance désormais des propos qui pourraient instiguer à la violence.

En affirmant lors de sa conférence de presse tenue ce jeudi 10 Janvier  que les données qu’elle à en sa possession ne correspondent pas à ceux avancées par la CENI, la hiérarchie catholique congolaise a de manière indirecte fait savoir qu’elle ne partage pas le verdict livré par la commission électorale. Ces aveux qui ouvrent la voie à la contestation, legitimisent  les doutes émis par Martin Fayulu, bénéficiaire du soutient des deux poids lourds de l’opposition que son  Jean Pierre Bemba et Moise Katumbi. Le candidat de la coalition LAMUKA qui semble avoir trouvé en la CENCO un allié dans sa démarche protestataire demande d’ailleurs à la toute puissante église catholique congolaise de  révéler le nom de celui qui selon le travail mené par ses 40 000 observateurs est le vainqueur de la présidentielle.

L’épiscopat  auparavant médiatrice semble s’être revêtu aujourd’hui du costume d’arbitre. Un rôle qui revient à la CENI, le seul organe selon  la loi du pays habilité à proclamer les résultats qui par la suite doivent être confirmés par la Cour Constitutionnelle. Pour de nombreux congolais gênés  par ce rôle plutôt trouble, il est temps que l’église retrouve sa place.

LA BOURDE DIPLOMATIQUE DE PARIS

Alors que  la victoire de Félix Tshisekedi, un candidat de l’opposition  est perçue comme un pas majeur pour la démocratie en Afrique centrale, Paris qui ne s’est pas joint à la fête à décidé de jouer les rabat-joie. Via son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian , elle a dévoilé sa préférence pour  l’opposant Martin Fayulu affirmant qu’il est « a priori » le grand gagnant du scrutin du 30 Decembre  et jetant par la même occasion le discrédit sur les résultats proclamés par la CENI. A en croire  Jean-Yves Le Drian, la CENCO est l’organe qui détient la vérité des urnes. De l’avis de certains analystes, les propos du ministre français sont étonnants d’autant plus que ni la France, ni l’Union Européenne n’avaient  des observateurs déployés en RDC.

La maladresse du chef de la diplomatie française lui a d’ailleurs valu les critiques de Kinshasa qui rappelle qu’elle a financé seule ses élections  qui se sont déroulées dans le calme. Via un tweet, Steve Mbikayi  le ministre congolais de l’enseignement supérieur et universitaire a invité dans un ton ironique Paris à s’occuper du dossier des gilets jaunes plutôt qu’à s’attarder sur les problèmes de la RDC.

En attendant la proclamation des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle, les appels au calme se multiplient en RDC. Félix Tshisekedi qui a décidé de jouer la carte de l’apaisement a d’ores et déjà tendu la main à celui dont il pourrait devenir le successeur.  36 ans de lutte acharnée contre les régimes Mobutu et Kabila père et fils pour l’instauration de la démocratie  ont valu à sont père une place honorifique dans l’histoire de la RDC. Mais c’est avec lui,  l’héritier de ce combat,  que se profile désormais l’avenir politique  de ce vaste pays  aux  sous-sols immensément riche.

Article de la rédaction AFRIC

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