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PRESIDENTIELLE 2018 : L’opposition Congolaise a-t-elle les armes pour renverser le camp Kabila

27.12.2018
Un nouveau cap sera certainement franchit par les congolais le 30 décembre 2018, jour de vote pour la présidentielle dans ce pays qui a connu depuis l'assassinat de Patrice Lumumba une série de transitions politiques effectuées dans la violence. Pour le pouvoir central qui a dû choisir sous la pression du peuple, des Etats voisins et de la communauté internationale un dauphin au président Joseph Kabila Kabange interdit selon la constitution de se représenter, ces joutes électorales s’avèrent d’une importance cruciale.

La République Démocratique du Congo  pays au sous sol immensément riche est elle  en passe de vivre la première transition pacifique de son histoire ? Pour l’heure difficile de répondre à cette question. Du coté  du Front commun pour le Congo (FCC) la coalition au pouvoir,  on affute les armes et affiche une certaine sérénité. Un tableau qui contraste avec le scénario offert ces derniers jours par les barons de l’opposition qui paraissent  plus que jamais divisés et qui à moins d’un  nouveaux revirement,  devront affronter l’arsenal de guerre du camp Kabila en ordre dispersé.

Présenté à Genève comme le candidat unique de l’opposition, avant que cette union ne vole en éclat  dans les 24 heures qui ont suivi, Martin Fayulu peut néanmoins compter sur le soutien de Jean Pierre Bemba et Moise Katumbi  écartés de la course à la présidentielle pour diverses raisons.  Cependant, le protégé de ces deux poids lourds de l’opposition ne semble pas inquiéter le camp Kabila qui le qualifie  de  « poids mouche ». Mais crier victoire avant la bataille pourrait s’avérer prétentieux pour les cadres de la coalition au pouvoir qui dans leur  lutte acharnée pour la conservation du  pouvoir devront aussi faire avec le candidat de l’UDPS  Felix  Tshisekedi, qui comme Vital  Kamerhe, a boudé l’accord de Genève et que certaines intentions de vote publiées quelques jours avant le lancement  de la campagne présentent comme le grand favori de ce scrutin.

FELIX  TSHISEKEDI, UN ADVERSAIRE DANGEREUX ?

Propulsé à la tête de l’Union pour la démocratie et le progrès social, (UDPS) après la mort en Février 2017 de son père qui est également le fondateur du parti, Félix Tshisekedi s’est vite démarqué par ses prises de  positions radicales et son intransigeance quand il s’agit de défendre les intérêts de son  parti. Son nom a d’ailleurs été cité à plusieurs reprises lorsqu’il a fallu designer un candidat de l’opposition pour occuper le poste de premier ministre à l’issue des accords de la Saint-Sylvestre  ayant statués pour une  gestion différente du pays jusqu’aux élections devant designer un successeur au président Joseph Désiré Kabila.

Mais bien avant Felix  Tshisekedi d’autres hommes politiques à l’exemple de Jean Pierre Bemba et Moise Katumbi faisaient déjà  figures de poids au sein de l’opposition congolaise pour ce scrutin. Mais  leurs mises à l’écart de la course à la présidentielle par la CENI a donné le libre champ à Felix  Tshisekedi que de nombreux observateurs de la scène politique congolaise présentent  aujourd’hui  comme le seul adversaire susceptible d’inquiéter le camp Kabila.

Une bonne frange de la population congolaise se disant favorable à une candidature unique de l’opposition,  a vite fait de déchanter face à l’incapacité de cette dernière à unir ses forces autour d’un seul candidat. Annoncé en grande pompe, l’accord de Genève du 11 novembre 2018, faisant état d’une mutualisation des forces de l’opposition autour d’un seul représentant a  finalement accouché d’une souris. La pomme de discorde n’étant autre que le choix porté sur Martin Fayulu un candidat moins influent et qui n’est pas du goût  des formations politiques dont Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe sont les représentants.

L’un des atouts majeurs que possède Felix Tshisekedi à cette présidentielle est d’être le représentant de la toute puissante UDPS, l’une des  formations politique les plus  influentes du pays, fondée en 1982 par Etienne Tshisekedi et considérée  comme le principal parti d’opposition congolaise.   En plus d’être le fils du Sphinx de Limete, l’opposant historique qui durant sa vie a su  préserver son image de mythe politique, Félix Tshilombo Tshisekedi du haut de ses 56 ans  est resté fidèle aux idéaux de son parti farouchement opposé aux  régimes des Kabila. S’il a souvent été présenté par ses adversaires comme un fils à papa inexpérimenté, les partisans de l’UDPS qui ne sont pas de cet avis, voient en lui l’étoffe d’un leader susceptible de conduire la RDC vers le changement qu’a toujours prôné son père.

L’accord du 11 novembre n’ayant pas fait long feu, certains congolais se disent favorables à une alliance entre l’UDPS et   l’UNC de l’ancien président de l’Assemblée nationale Vital Kamerhe. Alliance ou pas l’UDPS malgré la division qui règne  au sein de l’opposition se dit prête à faire chevalier seul et croit pouvoir tenir tête à la coalition au pouvoir qui affiche au grand jour sa témérité.

LE CAMP KABILA PLUS SOUDE QUE JAMAIS

A l’approche du jour J, le Front commun pour le Congo (FCC) la plateforme électorale conduite par le chef de l’Etat  congolais affiche une certaine sérénité. Lors du lancement officiel de la campagne, c’est tout sourire que le président Joseph Kabila s’est montré aux coté  d’Emmanuel Ramazani Shadary , celui qu’il a désigné le   8 août 2018 comme son dauphin .Même s’il  n’est pas candidat à cette élection , le président  congolais reste l’autorité morale  de la FCC , la plate forme qu’il a crée. A en croire  Lambert Mende le porte parole du gouvernement,  Kabila a fait part de son engagement à soutenir l’ex ministre de l’igniteur durant la période de campagne. Dans l’une de ses dernières sorties médiatiques, le ministre de la communication rassure d’ailleurs que la coalition au pouvoir est sure de remporter les élections législatives  et provinciales ainsi que la  présidentielle prévues toutes, le 23 décembre 2018.

INQUIETUDES AUTOUR DE LA MACHINE A VOTER ET DE LA SITUATION SECURITAIRE  

Malgré l’assurance qu’elle affiche, la coalition au pouvoir fait face à de nombreuses critiques, notamment sur l’usage de la machine à voter et de la situation sécuritaire et humanitaire dans le pays. Sous la pression des pays voisins, de l’Union Européenne, des Etats-Unis et de l’ONU qui réclament tous des élections libres et crédibles, la CENI a promis malgré un premier report et l’annulation des votes dans 3 régions justifier par des raisons sécuritaires, de faire preuve de transparence dans l’organisation de ces joutes.

Partiellement détruites lors d’un incendie d’entrepôt, rejetée par une bonne partie de l’opposition qui voit en elle un instrument de fraude la machine à voter sera bel et bien utilisée sur toute l’étendue du territoire national.  Face aux menaces de boycott brandies par quelques figures de l’opposition qui trouvent sa technologie peu fiable, la CENI est restée intransigeante quant à un quelconque retour au vote classique. Le gouvernement qui a fermé la porte à toute aide financière  et logistique pour l’organisation des trois scrutins du 30 décembre  affirme avoir foi en  ce dispositif électoral que l’opposition qualifié pourtant d’être  à la solde du pouvoir.

 

La situation sécuritaire et humanitaire qui prévaut en République Démocratique du Congo est également présentée comme un sérieux handicap au bon déroulement des élections. L’ONU a d’ailleurs fait part de ses inquiétudes quand aux foyers de tensions qui existent encore dans le pays et qui selon l’institution pourraient  entacher le processus électoral. Elle cite notamment  les provinces du sud et du  Nord Kivu en proie à des violents combats entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et des groupes de milices. Un climat délétère qui fait vivre les populations dans une peur perpétuelle. A  ce climat sécuritaire  néfaste  s’ajoute la nouvelle épidémie d’Ebola qui fait des ravages à l’Est du pays malgré les efforts de l’OMS, du gouvernement et des partenaires étrangers pour circonscrire l’épidémie.

Arrivé au pouvoir en 2001 après l’assassinat de son père, Joseph Kabila Kabange  aujourd’hui 47 ans, a décidé de passer le flambeau après moult tractations menées avec l’opposition, sous l’égide de l’église catholique. Pour de nombreux congolais désireux d’un réel changement, ces élections sont l’opportunité idoine pour permettre au pays de prendre un nouveau départ …avec pourquoi pas une nouvelle classe dirigeante. Si le départ de Joseph Kabila du pouvoir est désormais une évidence,  le nom de son successeur reste une incertitude malgré la trop grande confiance affichée par les kabilistes.

Article de l’editorial AFRIC.

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