Association for Free Research and International Cooperation

La friperie, un mal pour le textile africain

24.12.2018
Plusieurs pays africains tels que le Mali, le Burkina Faso et le Nigeria sont de grands producteurs de cotons. Malgré le rang honorifique qu’occupe ce contient à l’échelle mondiale dans la production de cette matière qui sert à fabriquer les tissus, une bonne partie de sa population dépend de la friperie pour approvisionner sa garde-robe. En Afrique, la dépendance d’habits de seconde main ne touche pas seulement les personnes à revenus modestes, mais également une certaine classe moyenne pour qui s’acheter des vêtements neufs, ou confectionner par des tailleurs, coutrières et créateurs locaux, révèle du luxe. Les raisons évoquées par les adeptes de la friperie sont nombreuses, mais celle qui revient constamment, est le facteur prix. Plutôt bon marché comparés aux vêtements neufs ou issus de l’art textile africain, la friperie est une bonne affaire pour ceux qui veulent s’habiller moins chers. Cependant l’impact qu’elle a sur le secteur du textile local en souffrance, mérite qu’on s’y attarde.

L’AFRIQUE, LE PLUS GRAND COMPTOIR DE LA FRIPERIE 

Le continent africain est le plus grand vivier de consommation de vêtements usagés malgré les tonnes de Cotton qu’elle produit et fournit à l’industrie du textile. Un paradoxe qui a néanmoins une explication si l’on prend en compte certaines réalités que connaît ce continent, notamment le pouvoir d’achat de ses habitants qui a drastiquement baissé au fil des ans suite aux problèmes de conjonctures et baisses constantes de devises. Auparavant rejetée dans certains pays où l’industrie du textile et de l’habillement connaissait un véritable essor, la friperie est aujourd’hui une manne en Afrique, plus particulièrement dans la partie subsaharienne où elle approvisionne un vaste marché. Rentable pour de nombreux commerçants débrouillards qui en ont fait leur gagne-pain au quotidien, ce secteur d’activité laisse écouler d’autres accessoires outre les vêtements déjà utilisés, notamment des chaussures, chapeaux, ceintures, sacs et même des bijoux.

Le marché de la friperie est ravitaillé par l’Europe et l’Amérique. Le Royaume Uni et les États-Unis en sont les plus grands fournisseurs de la planète. L’Afrique où la plupart des pays connaissent des économies chancelantes et un niveau de vie plutôt bas, est le plus grand débouché de ce secteur. Chaque année, elle reçoit des tonnes de vêtements en provenance de ces deux continents qui tirent bien évidement leur épingle du jeu car les chiffres que génèrent ces marchandises dès leur point de départ en occident sont estimés à des milliards d’euros.  Outre le facteur prix, la friperie venant d’Europe et d’Amérique est plébiscitée par les africains pour sa qualité comparée aux vêtements et accessoires chinois qui ont un coût bas mais donc la qualité reste déplorable.

La quantité de vêtements de seconde main déversée sur le continent africain a considérablement augmentée ces dix dernières années. Un boom qui s’explique par l’évolution perpétuelle de la mode à qui l’on voue un véritable culte d’adoration en occident. Faire du shopping, se relooker, renouveler sa garde-robe sont devenus une obsession pour les populations européennes et américaines.

Une étude sur cette surconsommation qui caractérise le secteur de l’habillement menée par l’Université de Cambridge révèle que l’achat de vêtements a quasiment quatriplé en Europe durant cette dernière décennie.

LE TEXTILE AFRICAIN : UNE INDUSTRIE EN SOUFFRANCE 

Si la friperie fait l’affaire de plusieurs jeunes africains qui peuvent suivre la mode occidentale sans forcément dépenser des sommes faramineuses , elle est un véritable obstacle au développement du textile africain , un cauchemar pour de nombreux créateurs et couturiers qui doivent faire avec une clientèle  réduite malgré le fort potentiel démographique du continent .Les acteurs de ce secteur qui fait face à un manque d’appui des pouvoirs publics ,  proposent  comme solution pour mettre un terme à l’usage excessif des vêtements dont les occidentaux n’en veulent plus , la mise sur pied d’une véritable politique d’industrialisation qui encouragera alors la création d’usines destinées à la production de vêtements .  Ils déplorent entre autres le manque d’investisseurs assez audacieux pour financer de telles initiatives. Pourtant la mode africaine a le vent en poupe.

En Europe et en Amérique, nombreux sont les créateurs qui s’inspirent des tendances et tissus africains pour enrichir leurs collections.  Selon Oxfam, une organisation qui fait dans l’humanitaire, importer la friperie coute à l’Afrique en moyenne 42,5 millions de dollars US par an. Une somme qui pourrait malheureusement être investie dans la production de tissus et vêtements en Cotton local.

Sauver le secteur du textile africain nécessite des actions fortes. Ce que le président rwandais Paul Kagamé a compris en annonçant l’intention de son pays de mettre un terme aux importations de vêtements et chaussures déjà utilisés en provenance du pays de l’oncle Sam.

LE RWANDA DETERMINE A BARRER LA VOIX A LA FRIPERIE

Motivé par son désir de promouvoir le « made in Rwanda », le président Paul Kagamé a décidé en 2016 avec ses paires du Kenya, de la Tanzanie et de l’Ouganda de suspendre de manière graduelle les importations de friperie venant des États-Unis. La riposte de Washington n’a pas tardé. Les États-Unis ont aussitôt menacé de retirer ces pays de l’African Growth Opportunity Act (AGOA), un accord qui garantit à certains pays du continent le droit d’écouler leurs produits sur le marché américain en étant affranchis de certaines contraintes douanières sur une durée de 10 ans allant de 2015 à 2025. Le veto des américains a porté des fruits puisque le Kenya qui à lui seul représente près des trois quarts des exportations d’Afrique de l’Est vers les États-Unis s’est vite rétracté. Mais le Rwanda qui reste déterminé à développer son industrie de textile compte mettre en application sa décision malgré les mises en garde de Washington.

Mettre fin aux importations de vêtements d’occasion pour promouvoir l’industrie de fabrication local d’habit est pour le dirigeant rwandais une nécessité pour le développement de son pays. Celui qui a toujours milité pour la création d’une zone de libre échange continentale, soutient qu’il est temps que l’Afrique se débarrasse des préjugés qui font d’elle une éternelle assistée pour devenir une partenaire sérieuse dans le marché mondial. Et cela passe par une valorisation des produits locaux susceptibles de venter son authenticité. Le temps à l’en croire est donc venu pour que ce beau continent dont l’industrie du textile a donné naissance au fil des ans à des tissus de valeurs tels que, les pagnes Baoulés de Cote d’Ivoire, le Bogolan du Mali, le Ndop du Cameroun ou encore le kenté du Ghana puisse s’affirmer dans l’univers de la mode et donner également la possibilité à ses populations de bien se vêtir avec des vêtements de bonne qualité qui valorisent son identité culturelle.

Mais ce combat ne peut être gagné sans une réelle volonté des consommateurs africains appelés de leur coté à ne pas seulement se focaliser sur le bas de gamme mais à faire des efforts pour privilégier le critère « qualité et authenticité » lors de l’achat de leurs vêtements ceci afin d’encourager les couturiers et designers africains qui font de plus en plus montre d’une grande créativité dans la confection de vêtements.

Article de la rédaction AFRIC

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