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Cameroun CAN 2019 : du rêve au cauchemar

06.12.2018
Pays où le football est incontestablement le sport roi, le Cameroun n’organisera pas la deuxième Coupe d’Afrique des Nations de son histoire .La confédération Africaine de football a brutalement mis fin aux rêves de millions de camerounais le 30 Novembre 2018 à Accra au Ghana en estimant que cette nation qui a pourtant écris les plus belles pages de l’histoire du football africain n’était pas à mesure d’abriter l’évènement dont le format a été modifié en Juillet 2017 de 16 à 24 équipes. Une décision aux allures de deuil national au pays de Roger Milla et de Samuel Eto’o Fils. Après le dernier sacre remporté au Gabon , les Lions Indomptables du Cameroun avaient encore rendez-vous avec l’histoire . La tenue de cette CAN à la maison leur garantissait un ticket gratuit pour l’édition de Juin 2019. Mais avec la sentence de la CAF , d’autres calculs sont à faire. A moins que le Cameroun ne décide de riposter auprès du Tribunal Arbitral du Sport (TAS).Une hypothèses vouée à l’échec selon les révélations d’Ahmad Ahmad lundi soir sur AFRIQUE MEDIA.

A l’issue de cette interview choc, la première accordée à un media après la décision de la Confédération africaine de football, le patron de l’instance faîtière du football africain annonce l’attribution au Cameroun de l’édition de 2021 initialement prévue en Côte d’Ivoire. « La blague du siècle  » pour les ivoiriens qui ne comptent pas céder aux exigences de la CAF. Une chose est sure, l’intervention d’Ahmad Ahmad sur la chaine panafricaine n’apaise pas les tensions mais ouvre plutôt la voix à une pléthore d’interrogations et de nouveaux débats qui s’annoncent d’ores et déjà houleux.

RETRAIT DE LA CAN : L’HONNEUR DU PAYS  BAFOUÉ

« Humiliation », c’est le mot qui revient fréquemment sur toutes les lèvres pour décrire le sentiment qui anime le peuple camerounais tout entier et l’état d’esprit dans lequel il se trouve après la décision de la CAF. Le pays qui jouit d’une renommée internationale dans le domaine du football grâce à de grands noms  tels que Roger Milla, Thomas Nkono , Samuel Eto’o , Patrick Mboma pour ne citer que ceux la considère comme une honte voir un déshonneur , le retrait de l’organisation de la CAN 2019 .

Car le Cameroun comme le soutiennent de nombreux analystes du monde sportif c’est 07 participations à une phase finale de coupe du monde , une fois quarts finaliste du mondiale  (Italie 1990) ,03 participations à la coupe des confédérations  dont une fois finaliste en 2003 face à la France sans oublier la médaille d’or olympique de Sydney et les 05 coupes d’Afrique des nations remportées sur 18 participations  . En bref, le pays de Théophile Abega dans son palmarès  a remporté à l’exception de la CAN féminine, toutes les compétions créées par la Confédération Africaine de Football  que ce soit avec les clubs ou avec ses sélections nationales seniors, juniors ou cadettes. Des distinctions auxquelles s’ajoutent  les 11 ballons d’or africains remportés par des joueurs camerounais.

Pour un pays comme le Cameroun classé au rang des plus grandes nations de football du continent , être jugé incapable d’organiser un tournoi de football comme la CAN révèle du déshonneur. Comment comprendre que le pays d’Issa Hayatou, qui en occurrence est  le seul africain à avoir dirigé la Fifa, soit ainsi trainé dans  la boue? La nation est en état de choc, dans les bars, les rues, les chaumières et les plateaux télé, les avis et commentaires vont dans tous les sens, chacun cherchant à sa manière de dresser la liste des coupables ayant occasionné cette débâcle.

La presse qui s’est emparé du dossier dans ses titrailles du lundi matin a été  sans pitié. Si certains journaux font état d’un complot prémédité au sommet  de la CAF  où le pouvoir à changer de main depuis la fin de l’ère Hayatou, d’autres par contre fustigent sans ménagement le laxisme des pouvoirs publics et appelle le chef de l’État à faire payer à ces traitres de la nation et de la plus rude des manières, le prix de cette déconvenue dont le pays aurait pu s’en  passer.

SENTENCE D’ACCRA : LE CAMEROUN PAS EXEMPT DE TOUT REPROCHE

Malgré l’amertume causé par la décision de l’instance faîtière du football continental , les camerounais n’ont pas perdu toute lucidité. Meurtris dans leur fort intérieur plusieurs veulent désormais que justice soit faite , et pour cela il faut trouver les coupables , les vrais acteurs de cette forfaiture. La presse camerounaise pour cela n’est pas aller loin , l’entourage du chef de l’État a selon elle  des comptes  à rendre au président qui comptait faire de cet événement l’un   des moments forts de son nouveau mandant .Le sillage de Paul Biya  a également des explications à donner au peuple camerounais tout entier  pour qui cette grande messe du football continental devait être un moment de forte communion nationale .

C’est à l’unanimité que les 22 membres du comité exécutif de la CAF ont statué sur le retrait de la 32e édition de la Coupe d’Afrique des Nations au Cameroun. Une décision prise après consultation des rapports des dernières missions d’inspection réalisées dans ce pays. Il en découle que le Cameroun présentait des retards considérables dans l’avancées des travaux. A  cela s’ajoute la situation sécuritaire dans les régions anglophones en crise  où  un groupe sécessionniste armé a instauré un climat d’insécurité.

Au-delà de l’aspect sécuritaire, la mauvaise gouvernance a pesé de tout son poids. Le Cameroun qui a  été désigné pays hôte de la CAN 2019 en 2014, n’a commencé les travaux qu’en 2016 après que la société civile soit montée au créneau. Ce retard dans les actes se justifie également par la création en Aout 2017, du Comité d’Organisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2019 (COCCAN 2019). Au niveau des infrastructures, le mauvais état des routes dans la plupart des villes hôtes donc les capitales Yaoundé et douala a été décrié ainsi que le manque de moyens de transport public  devant rendre la mobilité facile.

Alors que les langues se délient, d’aucuns évoquent entre autre des transactions financières mafieuses effectuées par ceux en charge d’attribuer les marchés .A cela s’ajoute les faux rapports présentés au chef de l’État et qui faisaient état de l’avancement des travaux en garantissant que tout sera prêt selon les délais impartis par la CAF.

Les révélations fracassantes mardi soir sur AFRIQUE MEDIA du congolais Constant Omari Selemani, par ailleurs vice-président de la CAF au sujet de ces rapports frauduleux présentés par des hauts fonctionnaires de l’État au président Paul Biya  viennent conforter cette thèse et interpellent le premier sportif camerounais à faire un ménage en profondeur autour de lui.

A en croire le congolais, l’incohérence entre les remarques de  la commission et les détails mentionnés dans les  rapports  du gouvernement camerounais sont la raison pour laquelle une audience a été demandée en pleine  période électorale  au président camerounais.  Rencontre durant laquelle le chef de l’exécutif camerounais a été mis au courant par la délégation de la CAF conduite par son président qu’il se  faisait berner par son sillage. Constant Omari Selemani va plus loin et révèle que  le président Biya, une fois éclairé sur  la situation réelle sur le terrain savait que la compétition sera retirée à son pays.

Malgré ces manquements, les efforts entrepris par le Cameroun pour organiser sur ses terres la première CAN à 24 de l’histoire ne sont pas à négliger. Les chiffres évoqués par les sources proches du dossier parlent de plus de mille milliards de CFA soit 1,5 milliard d’euros dépensés à ce jour.

Ayant accepté le nouveau cahier de charge exigé  par la CAF en Juillet 2017  et qui imposait désormais un minimum de 6 stades et non plus 4, le Cameroun à la veille de la décision du comité exécutif de la dite instance disposait déjà de quatre stades en conformité et obéissant aux normes internationales sur les 7 retenus.  Trois autres dont les deux  prestigieuses enseignes que sont Japoma à Douala (50000 places) et Olembe à Yaoundé (60000 places)  étaient  en cours d’achèvement. L’autre fait étonnant au sujet du retrait de la compétition par la CAF est la précipitions dont a preuve cette dernière  dans sa prise de décision. La date butoir donnée au Cameroun étant fixée au mois de Mars, le verdict du comité exécutif intervient 03 mois avant cette dernière.

Pour Issa Tchiroma Bakary le ministre camerounais de la communication, il est clair que le Cameroun a été victime d’une injustice. Le porte-parole du gouvernement pousse le bouchon  plus loin en soutenant que son pays a fait dès le départ dans le cadre de ce dossier, d’un traitement qui ne peut que susciter des interrogations.

Article de la Rédaction AFRIC.

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