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Rwanda : la guerre contre les produits éclaircissants est lancée

03.12.2018
Le président rwandais Paul Kagamé vient de lancer une guerre contre les produits décapants don l’usage prend de l’ampleur en Afrique au point d’inquiéter. L’initiative vise à interdire la commercialisation sur tout le territoire national de tout produit cosmétique destiné à éclaircir la peau. Une nouvelle qui ne va pas réjouir les industries de produits décapants qui ont fait de l’Afrique un terrain propice pour écouler leurs produits. Pour le chef de l’État rwandais cette initiative a pour but de protéger la population notamment la gente féminine devenue accros aux crèmes, laits, gels et savons de toilette qui garantissent un changement miracle de teint. Pour mettre fin à ce phénomène mode, l’exécutif rwandais souhaite travailler en collaboration avec les forces de l’ordre et le ministère de la santé car la mesure sera accompagnée d’une campagne de sensibilisation auprès des populations pour exposer les multiples dangers causés par la dépigmentation de la peau sur la santé.

LA DÉPIGMENTATION, UNE PRATIQUE AUX MULTIPLES DANGERS

Changer la coloration de son teint peut couter très cher, pas seulement en termes d’argent mais également en termes de santé. En Afrique plusieurs femmes s’adonnent à cœur perdu à cette pratique tout en ignorant les risques auxquels elles s’exposent. Selon les dermatologues le danger lié au blanchiment de la peau repose sur la composition des produits utilisés et vendus sur le marché sans mesure de restriction. Plusieurs de ces produits n’obéissent pas aux normes de santé. La grande majorité contiennent des substances tels que l’hydroquinone et la bethamethasone nocifs pour la santé.

De nos jours, changer la teinte naturelle de la peau ne revient plus uniquement à avoir recours aux crèmes, laits de toilette, savons, pommades et gommage. D’autres méthodes ont vu le jours et sont en vogue. On cite parmi elles le recours aux injections de glutathionne et de médicaments sensés agir sur les cellules épidermiques. L’usage de ces médicaments par les adeptes du décapage est dû au fait qu’ils contiennent dans leur composition un potentiel éclaircissant. L’association internationale d’information sur la dépigmentation en abrégé AIIDA dresse d’ailleurs une liste de ces produits parmi lesquels on retrouve le mercure, la vitamine C et le carotène entre autres.

Les maladies qui résultent de la dépigmentation volontaire de la peau sont nombreuse. Parmi les infections cutanées on peut citer, l’apparition des taches claires sur les pieds et le visage, les vergetures, difficile voir impossible à traiter, la gale et les mycoses. L’utilisation fréquente des produits décapants sur la peau l’amincissent, la fragilisent et rendent difficile la cicatrisation. En plus de réduire l’épaisseur de la peau, ces produits dont certains sont incompatibles avec le soleil accélèrent son vieillissement.

Les médecins évoquent des dangers plus graves que ceux cités ci-dessus à l’exemple des complications neurologiques et rénales, du diabète, de l’hypertension artérielle et des arrêts cardiaques provoqués par les injections de glutathionne. L’une des conséquences les plus graves n’est autre que le cancer de la peau car plusieurs produits utilisés pour la dépigmentation sont cancérigènes. Ils seraient selon les médecins à l’origine de 07 types de cancers. Les mauvaises odeurs et les irritations des yeux sont d’autres conséquences qu’on peut ajouter à cette longue liste de dangers.

Le Rwanda n’est pas le premier pays du continent où les pouvoirs publics veulent s’attaquer à l’industrie des produits éclaircissants. Bien avant le régime de Kigali, d’autres pays ont porté à cœur ce combat.

LE BLANCHIMENT DE LA PEAU, UNE QUESTION DE SANTÉ PUBLIQUE

La lutte contre l’usage des produits éclaircissants par les personnes à la peau foncée est devenue une question de santé publique d’où l’implication de nombreux gouvernements africains dans ce combat. Le Rwanda vient donc suivre une logique déjà partagée par la RDC en 2006, le Sénégal en 2013 et le Ghana en 2017. Toutefois, la campagne menée par le Sénégal n’a pas été d’une grande efficacité car bien que militant contre le blanchiment de la peau, elle ne s’est pas attaquée à la commercialisation des produits éclaircissants dans le pays. Idem pour le Ghana qui en collaboration avec l’agence nationale des produits alimentaires et médicamenteux s’est juste contenté de dresser une liste de substances interdites dans les produits cosmétiques.

S’attaquer au problème de décapage de la peau qui prend de l’ampleur en Afrique nécessite une lutte en profondeur. Le fléau à en croire les sociologues résulte du complexe né des stéréotypes qui font de la peau blanche un modèle de beauté. C’est d’ailleurs pour combattre ces préjugés qui ont créé un complexe d’infériorité chez les personnes à la peau foncée, que le Burkina Faso a décidé de s’attaquer aux publicités qui font la promotion des produits éclaircissants.

Le danger que représentent les produits décapants pour la santé et leur déferlement en Afrique a été déploré par l’Organisation Mondiale de la Santé qui dans un rapport datant de 2011 tire la sonnette d’alarme sur les nombreux risques auxquels s’exposent les africains en laissant ce fléau prendre de l’ampleur sur le continent. Ce rapport dresse la liste de pays africains les plus adeptes à la coloration de la peau. On retrouve en première position le Nigeria avec une proportion de 77% de femmes accros au décapage. Le pays le plus peuplé d’Afrique est suivi par le Togo 59 % et l’Afrique du sud 35%. Des chiffres qui démontrent que l’industrie de produits éclaircissants a de longs jours devant lui en Afrique si rien n’est fait pour traiter à la racine ce mal qui bénéficie d’une certaine médiatisation.

LE BLEACHING, UN EFFET MODE TRÈS MÉDIATISE

L’idée d’éclaircir la peau trouve son essence dans le complexe que nourrissent beaucoup d’africains quant à la coloration de leurs peaux. Les femmes qui en sont fans, soutiennent qu’une peau claire est synonyme de beauté, donne plus de visibilité et d’ouvertures sur le plan professionnel. Ce complexe bien que décrié est nourri par les images véhiculées par les médias, notamment les publicités qui ventent les produits éclaircissants et présentent les femmes aux teints clairs comme des icônes de beauté. Le phénomène a donné lieu à des effets mode tels que le bleashing. Plusieurs célébrités africaines ou afro américaines en sont des égéries. Elles utilisent les médias sociaux dont Facebook, Instagram, YouTube …pour vanter   à longueur de journée les effets de crèmes miracles sur les peaux foncées. Un engagement qui n’est pas du gout des adeptes du « black is beautiful » qui trouvent honteux que ces stars qui jouissent pourtant d’une grande influence auprès des jeunes utilisent leurs images pour la promotion de produits qui ne valorisent pas l’identité noire. La star afro américaine de télé réalité Blac China en a d’ailleurs payé les frais. L’annonce de son arrivé en novembre à Lagos la capitale économique du Nigeria pour la promotion d’une crème éclaircissante, a fait l’objet de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux. Elle a même été qualifiée de raciste par plusieurs internautes et célébrités africains dont Burna boy et Fuse ODG qui ont jugé absurde son initiative.

L’Afrique pour s’affranchir de l’effet mode qui constitue à s’éclaircir la peau, doit en finir avec ses nombreux préjugés au sujet des peaux foncées. Outre les campagnes sur les conséquences de la dépigmentation, un travail de fond pour un changement réel  des mœurs doit être fait pour briser les stéréotypes qui font des peaux clairs un standard de beauté  .C’est d’ailleurs le combat mené par l’actrice et réalisatrice d’origine kenyane Lupita Nyong’o  qui en valorisant sa sublime peau ébène et en militant contre l’usage par les jeunes femmes noires de laits de toilette éclaircissants , a réussi à s’imposer comme un modèle de la fierté noire et de l’acceptation de soi .

Article de la redaction AFRIC.

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