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Les femmes kamikazes africaines : Qu’est-ce qui explique ce phénomène ?

03.11.2018
Il est désormais courant en Afrique d'entendre parler de filles ou de femmes qui se sont fait exploser en tant qu'acte de terrorisme. Le phénomène était répandu surtout chez les hommes et entendu dans d'autres régions du monde comme le Moyen-Orient et l'Asie. Aujourd’hui, l’acte malheureux d’attentat suicide à la bombe est commis par de très jeunes filles. Qu'est-ce qui explique alors ce phénomène ?

En général, l’attentat suicide a été attribué au monde arabe et exécuté la plupart du temps par des fidèles musulmans, principalement des hommes. Toutefois, cela reste à prouver, étant donné que même les non-arabes et les non-musulmans se sont livrés à ce phénomène. Ces derniers temps, des femmes et des filles du monde entier ont donné leur vie sous forme de kamikazes pour une cause ou pour une autre. Certaines se sont fait exploser à des fins religieuses, d’autres pour des causes nationales, tandis que d’autres l’ont fait pour défendre leurs causes sur des questions de droits d’occupation et de tactiques sur le front de la guerre.

En se basant sur des exemples de femmes kamikazes dans le passé, on peut citer la crise des otages du théâtre de Moscou, qui a entraîné la saisie d’un théâtre encombré de Dubrovka par 40 à 50 Tchétchènes armés le 23 octobre 2002, qui a impliqué 850 otages et s’est terminée par la mort d’au moins 170 personnes. Parmi ces 40-50 Tchétchènes armés, dix-neuf étaient des femmes, voilées, vêtues de noir et équipées de ceintures explosives. Elles ont toutes perdu leur vie. Ils exigeaint le retrait des forces russes de Tchétchénie et la fin de la Seconde Guerre Tchétchène. Ce n’est qu’un des incidents des femmes kamikazes dans le monde au 21ème siècle.

Boko Haram et l’Introduction des femmes kamikazes

Le phénomène des femmes kamikazes était très rare en Afrique. La naissance et la montée d’organisations militantes djihadistes comme Boko Haram ont entraîné une augmentation du nombre de femmes kamikazes sur le continent.  Pourquoi une jeune fille va porter des explosifs et se placer dans un quartier populaire pour les faire exploser, faisant de nombreuses victimes. Les activités du groupe terroriste islamiste Boko Haram peuvent en quelque sorte répondre à certaines de ces questions. Le groupe djihadiste a acquis une renommée internationale en 2014, lorsqu’il a enlevé quelque 276 écolières d’un pensionnat à Chibok, au Nigeria. Avant 2014, Boko Haram n’utilisait que des hommes pour commettre des attentats suicides. Mais deux mois après les enlèvements de Chibok, le groupe envoie sa première femme Kamikaze, ce qui s’avère être le début d’une terrible tendance.

Une étude américaine réalisée en 2017 a révélé que la majorité des attentats suicides utilisés par Boko Haram pour tuer des victimes innocentes étaient des femmes et des enfants. Selon des chercheurs du centre de lutte contre le terrorisme de West Point et de l’Université de Yale, qui ont analysé 434 attentats suicides perpétrés par des militants basés au Nigeria depuis 2011, au moins 244 des 338 attentats dans lesquels le sexe du terroriste a pu être identifié ont été commis par des femmes. L’étude a également révélé que sur les 134 kamikazes dont on pouvait déterminer l’âge, 60% étaient des adolescents ou des enfants, le plus jeune n’ayant que 7 ans. L’étude est allée plus loin en révélant que Boko Haram a utilisé quatre fois plus de jeunes filles que de jeunes garçons. D’après les statistiques de l’étude américaine, pourquoi les jeunes filles sont-elles davantage la cible des attentats suicides de Boko Haram ? Certaines raisons ont surgi comme : les femmes sont généralement considérées avec moins de suspicion que les hommes, et les coutumes culturelles nigérianes interdisent à un homme de toucher une femme pour rechercher des explosifs. De plus, l’habillement de ces jeunes filles et ces femmes peut facilement masquer un engin explosif. D’autres résultats de l’étude américaine montrent que les femmes n’attaquent généralement pas les mêmes types de cibles que les hommes. Ces femmes visent souvent des zones civiles laïques, telles que des marchés et des camps de personnes déplacées.

Ce n’est pas seulement au Nigéria qu’il y a eu l’utilisation de femmes pour commettre des actes terroristes. Au cours du mois de juin de cette année, on a rapporté que trois femmes kamikazes avaient tué au moins six personnes et avaient blessé plusieurs autres lors d’une attaque contre une mosquée dans le sud-est du Niger. Juste le lundi 26 octobre 2018, une femme kamikaze âgée de 30 ans a blessé neuf personnes, principalement des policiers, sur une avenue très fréquentée de la capitale tunisienne, Tunis. On peut donc en conclure que le nombre de femmes kamikazes augmente, car elles sont faciles à manipuler et difficilement suspectables.

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