Association for Free Research and International Cooperation

Face au coronavirus, l’Afrique a l’ecole du digital

20.04.2020
Article de la rédaction AFRIC
Les mesures de protection fondamentales contre la propagation du nouveau coronavirus et la restriction des mouvements en période de confinement ont obligé de nombreux pays africains à se tourner vers un usage plus fréquent des nouvelles technologies. Le digital qui se présente comme une solution pour limiter au maximum les contacts entre individus s’invite dans les mœurs en Afrique. Jamais le télétravail, les visioconférences, les cours en ligne ou encore les paiements mobiles et porte monnaie électroniques n’ont autant fait partie du quotidien des africains.

Des conseils de ministres par Visioconférence 

Alors que l’administration en Afrique est souvent critiquée pour sa lourdeur, la lenteur de ses services et son attachement aux vieilles méthodes de travail, les gouvernements pour prêcher par le bon exemple en se montrant respectueux des mesures barrières recommandées au grand public, ont opté pour l’usage des Visio- conférences pour leur renions et communications. 

Fréquemment utilisée en occident, la visioconférence ou vidéoconférence permet l’organisation à distance de formations, réunions, ou encore de conférences. Les participants qui se trouvent ainsi à différents endroits, ont l’impression d’être tous présents dans la même salle. Cet outil de travail, présente bien évidement plusieurs avantages. Contrairement aux réunions traditionnelles, les visioconférences permettent d’économiser le temps des déplacements, facilite le partage des documents, le suivi des tâches, rapproche les participants tout en leur donnant la possibilité de se connecter quel que soit le lieu où ils se trouvent. Au Sénégal, le président Macky Sall a présidé le 1er avril 2020, le premier Conseil des ministres de la crise liée au nouveau coronavirus par visioconférence. Le chef de l’Etat sénégalais qui a apprécié l’expérience, a émis le souhait que l’exercice soit répété jusqu’à la fin de la pandémie soulignant au passage que l’innovation est source de progrès. 

Le président Macky Sall et ses ministres ne sont pas les seuls à avoir opté pour l’usage de cet outil numérique, en Côte d’Ivoire, le président Alassane Ouattara n’a convoqué que 20 ministres pour le conseil des ministres du 8 avril 2020 les autres étant appelés à y participer par visioconférence. Confinement oblige, Il assure avoir eu une séance de travail la veille avec le premier ministre Amadou Gon Coulibaly par ce même canal.  Au Cameroun, c’est également par visioconférence que le premier ministre Joseph Dion Ngute a présidé le 03 avril 2020 une réunion interministérielle ceci en respect des mesures gouvernementales mises sur pied dans le cadre de la lutte contre le COVID-19. L’initiative est également suivie au Benin où s’est réunie le 06 avril par visioconférence, le comité gouvernemental de suivi de la pandémie de coronavirus sous la présidence du président Patrice Talon. 

C’est aussi sous ce format particulier que les chefs d’Etats et de gouvernement de l’Autorité Intergouvernementale pour le Développement (IGAD) ont pris part sous l’initiative du Premier ministre soudanais, Abdalla Hamdok qui assure la présidence de cette institution, à un sommet extraordinaire dédié au Coronavirus et aux protocoles de solidarité et de coopération que la région doit nécessairement adopter. Bien que rapide et innovant, le danger de ce mode de travail par nos gouvernants réside dans la mauvaise maitrise de l’outil informatique de certains et de la nécessité de ne point négliger la confidentialité des documents et informations administratifs relayés lors des échanges via les partages sur internet.

Le télétravail dans les entreprises 

Le télétravail qui consiste à effectuer hors des locaux des employeurs un travail avec l’aide des technologies de l’information et de la communication tels que les ordinateurs, les téléphones portables, les tablettes, faxe et internet, s’est aussi inscrit dans le mode de travail de nombreuses entreprises africaines. Soucieux du danger que représente le coronavirus, le président de la CAF Ahmad Ahmad a enjoint tous ses collaborateurs qui travaillent au siège de l’organisation en Egypte à se mettre au télétravail. « C’est dommage pour le sport et pour tous les fans du football africain. Mais nous sommes obligés de faire des choix. Le nôtre est clairement celui de l’intégrité physique de tout le monde : joueurs, dirigeants et supporters. De notre côté, nous avons permis à tous les employés de la CAF de travailler à distance. J’espère que l’Afrique et le monde entier parviendront à surmonter cette dure épreuve le plus rapidement possible. C’est un combat historique » a-t-il déclaré annonçant dans la foulée le report de la 42ème Assemblée Générale Ordinaire de la CAF prévue le 24 avril 2020 à Yaoundé. 

Cette méthode qui permet aux salariés d’une entreprise d’éviter de se faire contaminer en exécutant chez eux des taches qu’ils auraient pu effectuer en entreprise, est de plus en plus prisée dans le secteur informel. Les fonctionnaires civils des administrations de l’État y ont également recours. Au Burkina Faso, la présidence outre le principe de rotation, s’est mise au télétravail pour éviter les réunions prudentielles et limiter ainsi la propagation du virus. 

L’Organisation internationale du Travail (OIT), pour encourager l’usage du télétravail en cette période de confinement, a publié une vidéo dans laquelle elle détaille cinq principes essentiels à maitriser pour un télétravail de qualité. Elle conseille également à ceux qui ont opté pour cette manière de bosser de s’atteler à dissocier entre vie professionnelle et vie familiale.  Bien que conseillé durant cette période de crise mondiale due au COVID-19, le télétravail peut s’avérer difficile avec la présence autour de soi de gosses qu’il faut surveiller et dont le vacarme est à mesure de troubler la concentration. En Afrique, la faible connexion du réseau internet peut également empiéter sur le rendement du télétravail. 

Les paiements mobiles

Les payements effectuées pendant les achats dans les marchés aux vives, les superettes, magasins ou super marchés, multiplient les risques de contamination, raison pour laquelle les portes monnaies électroniques et paiements digitaux s’avèrent être des aubaines pour limiter les risques de propagation du COVID-19. 

La Banque centrale des états de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) et ses partenaires pour encourager l’usage de l’argent électronique qui limite les contacts entre individus et soutenir le travail  des gouvernements des Etats membres de l’instance dans la lutte contre la propagation du Covid-19, ont adopté un ensemble de mesures dont  la gratuité sur le plan international, des transferts de monnaie électronique ceci  pour des montants inférieurs ou égales à 5.000 francs CFA et les virements de comptes bancaires vers les portes monnaies électroniques. Les paiements de factures d’électricité et d’eaux à travers les téléphones portables pour des montants inférieurs ou égaux à 50.000 francs CFA sont également concernés par cette gratuité. 

A cela s’ajoutent la suppression, par les émetteurs de monnaie électronique, des commissions payées par les commerçants sur les paiements marchands, adossés à la monnaie électronique et l’assouplissement des conditions d’ouverture des comptes de monnaie électronique entre autres. Au Cameroun, les tontines (microcrédit) qui se réunissent de manière hebdomadaire ou mensuelle dans des quartiers ou au sein de petites communautés pour épargner de l’argent dans une caisse commune, ont également adopter comme mode de cotisation les transferts mobiles. Les adhérents soutiennent respecter par ce canal, les mesures de confinement exigées par le gouvernement tout en maintenant leur activité d’épargne. 

Emergence de la télé école et des cours en ligne 

L’éducation n’est pas en reste dans ce bouleversement d’habitudes causé par le COVID-19 en Afrique. Parmi les mesures gouvernementales prises par les pays africains figure la fermeture des établissements scolaires tant du privé que du public et ce de la maternelle au supérieur. Une situation qui oblige les élèves à rester à la maison alors que l’année scolaire n’est pas encore à son terme. Et parce qu’une année blanche reste à proscrire dans la plupart des pays du continent ayant ordonné la fermeture des établissements scolaires, universités et grandes écoles, des opportunités s’offrent aux élèves en confinement surtout ceux en classe d’examen. 

Au Maroc pour éviter les impacts négatifs de l’interruption des cours sur les résultats académiques et assurer la continuité pédagogique pendant le confinement, le ministère de l’Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a recommandé la poursuite de l’enseignement à distance à travers les cours filmés véhiculés sur différentes plateformes électroniques et chaînes de télévision.

Le Sénégal, le Cameroun ou encore la Côte d’Ivoire ont introduits dans des programmes télévisés des cours de rattrapages pour les élèves des classes d’examen. Au Cameroun l’initiative qui a débuté le 6 mars 2020, est l’œuvre de la télévision nationale, la CRTV qui travaille en collaboration avec le ministère des enseignements secondaires. Les cours sont prodigués par des instituteurs et professeurs choisis pour la circonstance. Les cours sont interactifs. Parents et élèves par le biais d’un téléphone sont autorisés à poser des questions à l’enseignant par SMS. En dehors de la télé, les élèves peuvent également avoir accès à des cours en ligne disponibles sur le site internet du ministère des Enseignements secondaires (Minesec). 

Le retour à la vie normale après la pandémie de COVID-19 apportera beaucoup de changement dans les habitudes des africains. Le virus qui a fait des ravages dans le monde, a contraint l’Afrique à prendre le pas sur la modernité en se tournant pour la survie de ses populations, vers les multiples bienfaits qu’offrent les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Comme quoi en y regardant de près le COVID-19 n’a pas uniquement que des conséquences négatives.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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