Association for Free Research and International Cooperation

Les enfants-soldats dans les conflits en Afrique : une réalité qui doit disparaître

15.04.2020
Article de la rédaction AFRIC
Plus loin que le slogan « carton rouge au travail des enfants » initié par l’OIT pour barrer la voie au travail des enfants, le phénomène de l’enrôlement des « enfants-soldats » dans le monde représente une véritable tragédie ; un véritable crime de guerre fermement réprimé par les organisations internationales et locales. Que ce soit sous l’appellation des « lionceaux du Califat » comme ils sont appelés par les adultes djihadistes en Syrie, des « Kadogo » (les petits) en RD Congo ou encore des « Craps » au Rwanda, leur nombre est impressionnant et doit pouvoir attirer l’attention de toutes les communautés. Selon le dernier rapport de l’Unicef qui chiffre leur estimation, on compte un peu plus de « 250 000 enfants-soldats impliqués dans les conflits armés à travers le monde, la moitié se trouve en Afrique ». Grand défenseur de la cause des enfants, Mgr Desmond Tutu, qui condamne ce fléau, va même plus loin encore car pour lui, « il n’y a simplement pas d’excuse, pas d’argument acceptable pour armer les enfants ».

Derrière ce trafic d’un autre genre qui met en danger l’avenir des futures générations, se cache une explication lucrative de la guerre. La raison invoquée étant que, « les enfants ne coûtent pas chers, sont aisément remplacés, plus facilement persuadés de commettre sans peur des actes criminels et d’obéir aveuglement ». Qui peut être considéré comme enfant-soldat ? D’après la définition proposée par les Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (United Nations International Children’s Emergency Fund – Unicef), la notion d’enfant-soldat concerne : « toute personne âgée de moins de 18 ans qui est, ou qui a été, enrôlée ou utilisée par une force armée ou un groupe armé à quelque titre que ce soit, y compris, mais non exclusivement, les enfants, garçons et filles, utilisés comme combattants, cuisiniers, porteurs, espions ou à des fins sexuelles ». Elle n’a été prise en compte dans le discours humanitaire qu’à partir de 1977. 

L’exposition des enfants-soldats en Afrique

Depuis les années 1990, les enfants soldats sont utilisés dans le cadre de conflits armés répétitifs en Afrique. Ils sont utilisés indifféremment sur le terrain de bataille comme combattants, boucliers humains, objets sexuels, messagers, espions. Kidnappés ou recrutés de force par des groupes armés, ces enfants-soldats sont exposés à tous les vices de la guerre.

Ils sont généralement envoyés en première ligne et constituent les premières victimes de la guerre. Par ce simple fait, ils sont exposés à des risques de violence, que ce soit en participant directement aux hostilités, en tant que victimes indirectes des conflits, ou comme témoins des exactions. En conséquence, beaucoup de mineurs meurent et bien d’autres sont blessés, mutilés et doivent parfois composer avec un handicap ou des séquelles psychologiques à vie. Les chiffres qui révèlent ce constat sont terribles. Entre 2000 et 2010, deux millions d’entre eux ont été tués dans les conflits, six millions gravement blessés, un million est devenu orphelin et plus de vingt millions ont été déplacés à travers le monde, mentionne l’éditorial « Voix d’Afrique N° 80 ». 

Si la question principale de leur grande représentation numérique voudrait que ces enfants soient enrôlés de force, il apparaît également des situations où, comme le mentionne le rapport du bureau du représentant spécial du secrétaire général pour les enfants et les conflits armés « Child Reruitement and Use », Nations Unies, 2018, outre le fait d’être enlevés à leurs familles, nombre de ces enfants rejoignent volontairement les forces ou groupes armés pour échapper à la « pauvreté », à « l’esclavage domestique » ou pour « défendre ou venger leur communauté et des membres de leur famille ». Certains d’entre eux sont même attirés par le respect et la crainte que leur communauté manifeste à l’égard des membres des groupes armés. Toute chose qui participe à l’accroissement des difficultés de leur réinsertion dans la société quand on connait que même les États ont parfois joué un grand rôle dans leur recrutement. 

La participation amère des États au recrutement des enfants-soldats

Pendant longtemps, l’entendement populaire voulait que la question du recrutement des enfants-soldats soit exclusivement de l’apanage des groupes terroristes/djihadistes. Mais avec le recul, on s’est rendu compte qu’elle va au-delà, mêlant une participation amère de certains gouvernements, milices gouvernementales et milices d’autodéfense, au nom de la guerre. Pour ce faire, il est important pour les pays africains de la région des grands Lacs de se remettre en cause car, ce sont eux les plus affectés.

L’Afrique reste le plus grand vivier de recrutement d’enfants-soldats dans le monde. Alors que depuis 2002, selon le Protocole facultatif à la convention relative aux droits de l’enfant, la participation de ces derniers aux conflits armés est interdite, les enfants continuent ainsi d’être recrutés et utilisés dans les rangs de certaines armées pro-gouvernementales. Selon le département américain qui a classé cinq États africains dans sa liste noire, « Child Soldiers Prevention Act List », les forces armées gouvernementales des pays tels que le Soudan du Sud, le Soudan, la RDC, la Somalie et le Nigéria ont recrutés des enfants soldats dans leurs rangs entre avril 2014 et mars 2015. Seulement, avec la signature en 2016, des textes contre l’utilisation des enfants dans les conflits armés, la situation s’est nettement améliorée dans les pays comme la Somalie ou encore en RDC. Mais au Soudan du Sud,

par exemple, un rapport de l’ONU révèle que, quelque 12 000 soldats se battent au sein de l’Armée Populaire de Libération du Soudan (APLS) et des groupes rebelles du soudan du sud. Pour le cas du Nigéria, selon l’Unicef, la « Civilian Joint Task Force », une milice créée en 2013 à Maiduguri, a compté dans ces rangs plus de 894 enfants-soldats, parmi lesquels 106 filles, dans le Nord-Est du pays, qui ont aidé l’armée à combattre Boko Haram. Pour Mohammed Fall, représentant de l’Unicef au Nigeria, « ils ont été utilisés par des groupes armés dans des rôles de combat (…), et ont été témoins de tueries et de violences ». Il ajoute que, « plusieurs milliers sont encore dans les rangs des milices civiles créées pour protéger les communautés du groupe djihadiste Boko Haram».

Quelques statistiques récentes des enfants-soldats enrôlés en Afrique 

Les enfants –soldats sont partout en Afrique. Ils sont présents en Algérie, Angola, Somalie, Burundi, Djibouti, Libéria, Rwanda, Sierra Leone, Soudan et Ouganda. Même si les efforts déployés par les organisations internationales, agences nationales et société civile débouchent sur des avancées notables dans certaines régions du monde, le nombre d’enfants soldats reste élevé et même en augmentation depuis 2012 avec près de 37 000 cas de recrutement vérifiés par l’ONU. Le rapport du secrétaire général de l’organisation sur les enfants et les conflits armés de 2013 détaille 3 159 cas dans 12 pays au cours de l’année 2012. Plus que ça, le rapport le plus récent du secrétaire général des Nation Unies, intitulé « Report on the Secretary General on Children and Armed Conflict », publié le 30 juillet 2019, révèle de son côté plus de 7 000 cas confirmés de recrutement dans 16 pays au cours de la seule année 2018. D’après ce rapport, la situation reste particulièrement alarmante en Somalie (2 300 cas répertoriés), où le nombre de cas vérifiés d’enfants soldats est le plus élevé qui ait été enregistré en 2018. Elle est aussi critique au Nigéria (1 947) avec le recrutement de 1 596 garçons et 351 filles, dont 1 646 par la force d’intervention civile conjointe (CJTF), une milice d’autodéfense nigériane qui lutte contre Boko Haram. Bien plus, il existe nombre d’autres cas qui ont été rapportés auprès de l’ONU, mais qui n’ont pas été vérifiés par l’organisation en raison de l’accès difficile à ces zones de conflit. 

 Les solutions visant à l’éradication du fléau

Alors que le monde célèbrera ce mercredi 12 février la prochaine journée mondiale des enfants-soldats, des milliers d’enfants sont toujours engagés dans des conflits à travers le monde. Pour les nombreuses ONG qui mènent un combat pour la libération, la réinsertion et la prévention des enfants-soldats, l’élément essentiel de tout sauvetage de ces jeunes aux vies brisées par la violence et la brutalité est « l’éducation ». Ainsi, pour Clovis Kadda Bathy-Polo, Directeur du Groupe d’Action pour la Démobilisation et la Réinsertion des Enfants Soldats (Gaderes), « ne pas donner à ces enfants une chance de retrouver leur place dans la collectivité serait catastrophique pour l’avenir de la société. Ces enfants délaissés pourraient devenir de véritables bombes à retardement et continueraient une spirale dans la violence dans l’enlisement des conflits ». 

À sa suite, Maître Sidiki Kaba, le président d’honneur de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH), version Sénégal qui, salue la condamnation du congolais Thomas Luganba Dyilo à 14 ans de prison par la CPI pour enrôlement d’enfants soldats, invoque la même piste de solution. Appelant les institutions africaines à prendre leur destin en main, en proposant un projet social, un projet économique global, principaux éléments capables d’aider à mener une véritable bataille, Sidiki Kaba pense lui aussi qu’il faut miser sur l’éducation. Pour lui, « les enfants ont besoin que leurs esprits soient éduqués. Les enfants ont besoin qu’on leur donne de la connaissance et du savoir, pour que dans le vaste monde aujourd’hui, où il y a une compétition féroce pour la vente des biens qui sont produits, ils soient en meilleure position pour être dans la compétition internationale avec les autres enfants ».

Pour combler le reste des manquements qui, interpellent quant aux moyens mis sur pied pour éradiquer ce fléau et permettre la réinsertion des enfants-soldats engagés dans les conflits, les Nations Unies ont décidé de miser sur des programmes spécifiques.  Les premières salves en la matière sont venues des programmes DDR (Désarmement, Démobilisation, Réintégration) des Nations Unies, visant à reconstruire la paix et la stabilité, ainsi que le développement à long terme des sociétés après les conflits. Ces programmes, à nos jours, ont permis démobiliser plus de 100 000 enfants dans plus de 15 pays. Aussi, pour que l’image de l’enfant porteur d’une Kalachnikov plus grande que lui, devenue le symbole d’une violence typiquement africaine, soit à jamais rayée, plusieurs ONG, comme Amnesty International, soulignent qu’il faut lutter contre la pauvreté et tous ses avatars. Ce n’est que dans ces conditions que la perspective va complètement changer. 

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

To view full news and leave comments you must be logged in. Please join the community