Association for Free Research and International Cooperation

COVID-19 : L’Afrique contre attaque pour éviter un carnage

06.04.2020
Article de la rédaction AFRIC
Lorsque l’Egypte affirmait début février avoir enregistré sur ses terres, le premier cas de coronavirus du continent africain, la terre entière retint son souffle tant l’Afrique est connue pour son système de santé défaillant. Le virus qui a fait son entrée par l’Afrique du Nord, s’est également retrouvé du côté de l’Afrique subsaharienne. Aujourd’hui petit à petit la plupart des pays africains ont confirmé des cas et le continent noir comme les autres est engagé dans la riposte contre le COVID-19. Les plus grandes craintes restent cependant liées à la propagation rapide en Afrique de cette épidémie qui a déjà fait plus de 60 000 morts dans le monde et surtout sur les capacités sanitaires et financières du continent dans la prise en charge des patients. Si les discours tenus par les instances internationales dont l’ONU et l’organisation mondiale de la Santé (OMS) sont empreints d’un pessimisme non voilé, en Afrique la population dans un élan de fierté soutient avoir connu dans le passé pire que le coronavirus.

L’Afrique doit se préparer au pire selon l’OMS et l’ONU

Alors que l’Afrique reste à ce jour le continent le moins touché par l’épidémie de Coronavirus contrairement à l’Europe qui totalise près de 44 000 décès sur les quelques 60000 recensés sur tout la terre, l’Organisation Mondiale de la Santé a prévenu qu’elle devrait se préparer au pire. C’est en tenant une conférence de presse virtuelle le 18 mars, que le patron de l’OMS, l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus a laissé entendre que les chiffres officiels faisant référence au nombre de cas recensés en Afrique pouvaient être loin de la réalité, de nombreux cas n’étant pas encore signalés ou détectés. L’ancien ministre éthiopien de la santé, a appelé « son continent » l’Afrique à se réveiller précisant que les jours prochains s’annoncent mauvais. 

Même discours tenu par Matshidiso Moeti, la directrice Afrique de l’OMS, qui indiquait le 27 mars sur la chaine de télévision française France 24, que la situation en Afrique est « très préoccupante » avec une progression « très rapide » de la pandémie de COVID-19. La spécialiste en santé publique botswanaise s’inquiétait notamment de ce que l’Afrique en deux semaines soit passée d’une cinquantaine de cas détectés par jour à 300. Le directeur général adjoint de l’OMS le Dr Ibrahima Socé Fall de son côté, fonde ses inquiétudes sur les systèmes de santé en Afrique qui selon lui, ne pourront pas tenir le coup en cas de transmission communautaire soutenue.

L’ONU tout comme l’OMS reste pessimiste quant à l’avenir de l’Afrique. Interviewé par RFI et France 24, sur la situation du continent dans la lutte contre le COVID-19, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a également fait part de ses craintes affirmant que la propagation du coronavirus en Afrique pourrait conduire à des millions de morts et de personnes infectées. Selon lui, un investissement de 3 000 milliards de dollars est nécessaire pour freiner la propagation de cette épidémie sur le continent noir. Outre des actions coordonnées internationales, Antonio Guterres a également appelé à une cessation des conflits dans le monde.  Pour le président ivoirien Alassane Ouattara, le plus grand ennemi dans la lutte contre le COVID-19 en Afrique, pourrait être l’incivisme des populations caractérisé par le non-respect des mesures de confinement, des gestes barrières et d’hygiène prescrits par les gouvernements. Un point de vue que partage le critique politique camerounais Claude Wilfried Ekanga qui dans une publication sur sa page Facebook au mois de mars, décriait l’insouciance des camerounais alors que les premiers cas venaient d’être détectés dans le pays.

 « Cette fois, le constat est clair et il est définitif : tant qu’il n’y aura pas des morts en masse, le Camerounais ne comprendra pas. Vous n’avez pas d’eau potable pour vous laver les mains, pas d’économie formelle pour arrêter vos activités en cas de confinement total. Vous n’avez pas d’hôpitaux ni de personnels soignant suffisants pour prendre en charge toutes les contaminations éventuelles, et encore moins de l’argent pour fournir des masques à tout le monde… C’est incroyable. Je n’avais jamais vu un peuple aussi irresponsable sur sa propre survie. Vous ne réalisez toujours pas qu’à part la PRÉVENTION, vous ne pourrez rien contre le virus. RIEN ! »

Les gouvernements africains en actions 

Les prévisions pessimistes de l’OMS et de l’ONU ne sont pas tombées dans des oreilles de sourds. Les dirigeants africains qui ont pris note du danger que représente le coronavirus désormais bien installé en terre africaine, ont dans leur grande majorité, adopté des mesures allant du renvoie de touristes étrangers chez eux, à la mise en quarantaine de voyageurs en provenances des pays touchés par l’épidémie de COVID-19. A cela s’ajoutent l’interdiction de rassemblements massifs, la restriction des mouvements et déplacements, la fermeture des frontières aériennes et terrestres, des établissements scolaires, des lieux de cultes, de certains marchés…Au Kenya, le président Uhuru Kenyatta a même conseillé à la population de privilégier la monnaie électronique pour toute forme de transaction financière. 

L’Afrique du Sud avec près de 1300 cas détectés est le seul pays du continent à avoir adopté la mesure de confinement total pour une durée de 03 semaines. Pour qu’elle soit respectée, le président Cyril Ramaphosa a fait appel à l’armée affirmant dans un discours prononcé devant ses troupes, partir en guerre contre l’ennemi invisible. L’image d’un Ramaphosa s’adressant en treillis aux militaires sur la mission qui est la leur, a largement été diffusée et commenté sur la toile. Elle démontre le sérieux avec lequel les autorités sud-africaines abordent cette nouvelle pandémie dans un pays qui reste le plus touché au monde par le VIH-sida. Au Maroc, le Roi Mohammed VI, a également fait appel à l’expertise des militaires notamment ceux du corps médical appelés à prendre part conjointement avec les médecins civils à la délicate mission de lutte contre la pandémie de Covid19.

Des mesures qui nécessitent des accompagnements 

Malgré les mesures de confinement prises par les gouvernements en Afrique, de nombreuses personnes soutiennent qu’elles devraient être suivies de moyens d’accompagnement au risque d’exposer les populations démunis à la famine. L’écrivaine camerounaise Calixte Beyala en fait partie. « Au Cameroun, les gens vivent au jour le jour, peu de familles peuvent se permettre le luxe d’un confinement total, sans courir le risque de crever de faim ! Si les plus démunis sont obligés au confinement, ils mourront de faim, ou alors l’affaiblissement de leur organisme dû au manque de nourriture feront d’eux les premières victimes du Coronavirus ! Ces annonces faites à la légère provoquent la flambée des prix de premières nécessités sur les marchés occasionnant une vraie précarité ! »  Écrit-elle sur sa page Facebook.

Mobilisation des fonds et mesures d’aides gouvernementales

En cette période de crise sanitaire mondiale, l’Afrique ne veut pas dépendre entièrement de l’aide internationale. C’est ainsi qu’à travers le continent, de nombreux fonds de collecte et chaînes de solidarité nationales ont été créés. Des entreprises et personnes nantis sont appelées à faire des dons qui vont servir dans la lutte contre le nouveau coronavirus. Au Nigeria le collectif d’hommes d’affaires réuni autour du milliardaire Aliko Dangote, est un parfait exemple de solidarité. La Coalition Against Coronavirus – CACOVID crée par la plus grosse fortune d’Afrique en partenariat avec la banque centrale du pays, a déjà réuni plus de 64 millions de dollars dédié au gouvernement pour son plan de riposte contre l’épidémie de COVID-19.

Au Ghana, ou un Fonds national consacré à la lutte contre le COVID-19 a également été créé, les ministres d’État et autres hauts fonctionnaires travaillant à la présidence ont décidé de faire don de la moitié de leur salaire pour les trois prochains mois (avril, mai et juin), pour lutter contre le coronavirus.

 En Côte d’Ivoire le gouvernement  annonce comme mesures de soutien aux populations et entreprises, la création d’un fonds de solidarité de 170 milliards de FCFA, le report de paiement des factures d’électricité et d’eau, d’avril à juillet 2020, et de mai à août 2020 pour l’ensemble des abonnés, la suspension des contrôles fiscaux pour une durée de trois mois et  le report de 03 mois de paiement des taxes forfaitaires pour les petits commerçants et artisans entre autres. 

La Chine est également au chevet de l’Afrique, elle qui est devenue ces deux dernières décennies son premier partenaire commercial. Fidèle à sa politique d’aide envers le continent, Pékin multiplie des dons d’équipements médicaux par le biais du milliardaire Jack Ma, fondateur du site Alibaba.com spécialisé dans la vente en ligne dans le monde. Le royaume du midi, a réussi à faire acheminer dans 55 pays africains via la compagnie aérienne Ethiopian Airlines, 5,4 millions de masques, 40 000 combinaisons de protection, 1,08 million de kits de test diagnostique. 

On note également un élan de générosité dans le milieu du sport où de nombreux sportifs africains de hauts niveaux ont mis la main dans la poche pour soutenir leurs pays. Parmi eux, le sénégalais Sadio Mané auteur d’un don de 30 millions de FCFA (environ 45 000 euros) aux autorités sanitaires de son pays, l’attaquant Camerounais Samuel Eto’o qui se serait également manifesté à travers une enveloppe de 100 Millions de FCFA en faveur du Cameroun. En Algérie, le footballeur Ryad Boudebouz a effectué un geste en faveur d’un hôpital de Colmar, une ville, durement touchée par la pandémie de coronavirus.

La médecine traditionnelle africaine à l’épreuve du COVID-19

Avec l’expansion rapide de l’épidémie de COVID-19 sur le continent, la médecine traditionnelle est mise à rude épreuve. Alors qu’au Cameroun le ministère de la santé a annoncé que le traitement d’un patient atteint de COVID-19 coute environ 300.000 FCFA par jour, soit 460 euros, de nombreux camerounais se demandent si le gouvernement sera à mesure de supporter les charges de tous les personnes infectées par le virus au vue du nombre de cas infectés en constante augmentation. Par mesure de précaution, de nombreux camerounais espèrent trouver en la médecine traditionnelle, la recette miracle pour venir à bout de la maladie qui a mis à genoux des grandes puissances mondiales aux systèmes de santé pourtant performants. Les naturopathes africains qui se targuent le mérite de soigner par l’usage de plantes toute sorte de pathologies même les plus complexes telles que la drépanocytose, la rate ou encore l’épilepsie sont sollicités par la population face à la menace que représente la pandémie de COVID-19.

Si la Chine a profité de la crise née du coronavirus pour promouvoir sa médecine traditionnelle à travers l’usage de certaines plantes de sa pharmacopée, l’Afrique est également appelée à en faire de même. Alors que 90% des patients atteints du coronavirus en Chine combinaient médecine traditionnelle et modernes, les médecins du centre clinique de santé publique de Shanghai admettent que l’usage de ces deux types de traitement a abouti à des résultats satisfaisants. 

L’OMS reste convaincu que le recours aux médicaments traditionnels à base de plantes n’est pas efficace contre le Covid-19″, mais en ces temps de crise, la médecine traditionnelle demeure un trésor à exploiter en attendant la mise à disposition d’un vaccin. Malgré le scepticisme de la communauté scientifique sur l’efficacité de la médecine traditionnelle dans le traitement du COVID-19, les naturopathes africains devraient s’inspirer de leurs homologues chinois qui étaient à pied d’œuvre dans la lutte contre cette pandémie en proposant des traitements aux patients qui au final se sont avérés efficaces. 

Malgré son système de santé défaillant, l’Afrique comme le reste des continents, a pris conscience du danger que représente le nouveau coronavirus pour ses populations. Par tous les moyens, elle qui a subi dans des années antérieurs les affres d’autres épidémies et maladies qui ont décimé ses populations, veut tirer des leçons de ses erreurs passées. Evitera-t-elle le carnage qui lui est prédit ? Ça, seul l’avenir nous le dira ! 

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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