Association for Free Research and International Cooperation

Le débat sur la gratuité de l’éducation en Afrique

16.03.2020
Article de la rédaction AFRIC
L’enseignement public gratuit favorise l’accès facile d’enfants et de jeunes à l’éducation. En principe, pour faciliter l’insertion sociale de la jeunesse africaine, les leaders politiques devraient tabler sur les difficultés réelles qui accablent ce secteur. Seulement cette politique qui s’inscrit dans le but de limiter, voire d’éradiquer la non scolarisation en Afrique est devenu du fait de ces leaders un instrument stratégique. Ils ont pris pour appât la vulnérabilité des pays pauvres pour leur servir ces projets sous fond de projet de campagne politique. C’est le cas du Burundi, dont « l’élimination des frais exigibles de scolarité est devenue un puissant outil de stratégie électorale », comme l’explique Afrique Renouveau. Le Malawi également lui a emboité le pas. Ces pays ont brusquement mis en place une politique offensive de gratuité qui a connu une effervescence du public mais qui ne tient pas compte des reproches autour de la mauvaise politique financement.

La précarité et la gratuité de l’éducation en Afrique ont été prises d’assaut par certains hommes politiques dans le seul but de captiver l’électorat or, plus de 5 millions d’enfants sont analphabètes, ce malgré des efforts fournis depuis les indépendances. En fait, tout part du coût de l’éducation qui reste encore l’un des obstacles majeurs dans les pays les plus pauvres en Afrique. Nombreuses sont les familles incapables de supporter les frais de scolarité et assimilés aux études de leurs enfants. Aussi, l’insuffisance quantitative et qualitative, sans compter les retards accusés pour l’acquisition du paquet d’accompagnement minimum (constitué des fournitures pédagogiques, des produits pharmaceutiques, des produits d’entretien, du mobilier scolaire, des outils didactiques auxquels les enseignants ont recours pour la préparation et la présentation des leçons) ont engendré un impact négatif sur la qualité des apprentissages.

Le manque d’investissements publics a involontairement, presqu’obligé les directeurs d’école à ouvrir les portes aux populations favorisées au détriment des plus pauvres. Les quelques minimes prouesses faites par le secteur public n’ont pas suffi à stopper le marché orchestré par le secteur privé qui considère dorénavant, grâce à son caractère lucratif, l’éducation comme un business. De ce fait, le combat contre le taux de non scolarisation qui était pourtant l’objectif est directement passé en second plan. Dans tout ce tumulte, c’est l’Afrique subsaharienne qui paye le plus lourd tribut. Pour preuve, «  Plus de la moitié des enfants non scolarisés dans le monde vivent en Afrique subsaharienne », affirme le quotidien Jeune Afrique. Face à ces difficultés, tous les espoirs ne sont pas perdus. La gratuité de l’éducation, pourrait être une réalité si l’on « fait recourt à des mesures incitatives, à des interventions et des politiques sociales plus larges pour alléger les coûts d’opportunités indirects qu’entraîne la scolarisation », a indiqué le cadre de Dakar en 2000.

La gouvernance et l’illusion de la gratuité

Selon Transparency International, un renforcement de la gouvernance est nécessaire pour atteindre les objectifs de l’éducation. Pour cette ONG, la mal gouvernance entrave forcément sur la gestion des fonds alloués pour relever l’éducation dans certains pays africains. D’après Africa Education Watch : Leçons de bonne gouvernance pour l’éducation primaire, malgré les efforts fournis pendant une décennie pour rehausser les inscriptions à travers l’initiative « Education pour tous », et les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), les systèmes et pratiques de gouvernance déficients ou inexistants ont limité les progrès de l’éducation en Afrique. C’est pourquoi Stéphane Stassen, coordinateur de programme principal à TI pense qu’ «  Augmenter les inscriptions à l’école ne suffit pas. La surveillance et la responsabilité doivent être améliorées pour assurer la meilleure utilisation des ressources disponibles ».

En évaluant les structures de gestion de l’éducation primaire au Ghana, au Madagascar, au Maroc, au Niger, en Ouganda, en Sierra Leone et au Sénégal, l’Unesco affirme ne jamais avoir autant d’enfants en âge d’aller à l’école primaire en Afrique. Cependant les observations de TI, révèlent que les parents moins nanties doivent payer des frais de scolarisation malgré les annonces et slogans sur la gratuité. Contrairement à ceux des pays traités, 44% ont dû solder des frais exigibles pour leurs progénitures. Une confusion qui a permis de démanteler des financements fictifs, des inspections presqu’inexistantes. Les systèmes de comptabilité quant à eux sont erronés au Niger et à Madagascar ; ce qui rime avec l’absence de formation en gestion financière dans les écoles de ces pays étudiés.

L’irresponsabilité des garants de la décentralisation et le recrutement des enseignants non qualifiés, ont rendu le milieu éducatif favorable à la corruption. D’ailleurs le rapport commandé par le ministère de l’Education Sud-africaine le démontre à suffisance. Il révèle un vaste réseau de corruption qui au fil du temps pourrait mettre le système éducatif à genoux, si les postes d’enseignants et de dirigeants ne cessent d’être commercialisés. Il en est de même pour le Cameroun, où cette gangrène a étendu ses tentacules jusqu’à l’achat des places dans les écoles de renoms et au trafic des notes. Selon un rapport de la Commission nationale anti-corruption (CONAC) de 2016, la gestion des frais de l’Association des parents d’élèves et d’enseignants (APEE) au Cameroun, bat son plein avec 110 cas répertoriés. Bien plus, d’après scidev.net, le trafic de douze faux diplômes est également à relever.

Toutefois, le secteur privé a une faible capacité de mobilisation de fonds, les résultats de la décentralisation sont peu convaincants et le volume de l’aide publique au développement se réduit. Ce qui explique à suffisance la faible augmentation de l’aide octroyée à l’éducation au cours des années 90, malgré les engagements pris par les bailleurs de fonds pendant les différents sommets internationaux.

Avancées de la gratuité primaire

Après le Zimbabwe, le Malawi a pris le train de la mondialisation en septembre 1994. L’un des premiers pays d’Afrique à adopter l’enseignement primaire gratuit et obligatoire pour toutes les classes. Le Kenya et le Lesotho lui ont emboité le pas. D’ailleurs le Rapport de L’EPT 2014 démontre que la gratuité de l’éducation a connu une légère inflation dans les pays démunis. Dans l’Afrique subsaharienne, quinze pays ont adoptés une loi visant à éradiquer les frais de scolarité. Les réfractaires à l’évolution quant à eux comme le Botswana, la Guinée, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, la République-unie etc… continuent à exiger en toute quiétude les droits de scolarité aux familles.

L’éducation en République Démocratique du Congo RDC, se veut aussi gratuite pour tous. Selon la presse Franceinfo, le pays le plus grand d’Afrique subsaharienne a annoncé la suppression de tous les frais de scolarité dans les établissements publics, dès la prochaine rentrée des classes le 2 septembre passé. Cette mesure devrait être appliquée afin de permettre aux non scolarisés de prendre enfin le chemin du savoir. Selon les estimations du Partenariat mondial de l’éducation (PME), près de 3.5 millions d’enfants du pays sont analphabètes. C’est d’ailleurs l’un des taux les plus élevés au monde.

Néanmoins, certaines performances ont été observées à l’instar de la revue à la hausse du financement public de l’éducation primaire. Ce qui a permis à 70% élèves en 2014, de terminer leur cursus primaire, contrairement en 2002, où ils n’étaient que 22, d’après le rapport du PME. Mais « la mesure annoncée par Félix Tshisekédi, ne correspond pas à la réalité des écoles du pays », a rétorqué Georges Mawiné, président de la jeunesse du parti Ensemble pour le changement, approché par Dw Tv. Selon la télévision allemande, les 7millions alloués à l’éducation n’auraient pas pris en considération la gratuité de l’école de septembre à décembre 2019.

Au regard de tous ces obstacles, le renforcement du noyau central de la structure devrait donc être assaini afin d’améliorer l’accès à une éducation qualitative et pérenne. D’ailleurs Africa Education Watch a vivement recommandé aux ministres africains de l’Education, d’établir des règles plus fiables et colossales en matière de tenue de comptabilité des écoles, conjuguées avec les inspections plus régulières, pour la viabilisation et le respect des normes. De concert avec la société civile, le personnel enseignant et les parents doivent investir dans la formation de la gérance des budgets. Plus, dans des campagnes de sensibilisation pour informer les parents sur leurs droits.

Dans la même perspective, les gouvernements doivent entre autres s’assurer que les enfants filles et garçons aient une éducation primaire gratuite et obligatoire pour palier à la marginalisation des ménages pauvres. Aussi, reconnaitre que l’éducation est un droit civique universel et faire d’elle une priorité politique concrète. Tous les enfants en âge d’être scolarisés doivent avoir la possibilité d’accéder à un enseignement primaire gratuit de qualité et de le suivre jusqu’à son terme. Mais, il vaudrait mieux s’appuyer davantage sur la maîtrise des dépenses que sur une réduction supplémentaire des coûts pour dégager des ressources supplémentaires.

En effet, l’éducation participe à la réduction des disparités dans la société. Cette gratuité devrait se faire ressentir par une baisse des admissions tardives à l’école, une diminution des abandons scolaires récurrents chez les filles et les enfants de l’arrière-pays. La preuve, là où cette méthode a été appliquée, le taux de scolarisation primaire et secondaire a suffisamment augmenté. C’est dans la continuité de ce changement que la Banque mondiale a annoncé l’octroi 100 millions de dollars pour l’éducation primaire à la RDC, à l’horizon 2021.

Les objectifs renouvelés de l’éducation primaire universelle ont nécessairement conduit à peser le problème des coûts et du financement de l’éducation. Les consignes recommandées font qu’une évolution profonde de l’éducation de base soit en cours. Ces inflexions pourront ainsi entrainer vers un travail considérable d’évaluation dont l’Afrique dispose encore des prémisses. Mais il faut souligner que des efforts importants sont encore attendus afin d’assurer la gratuité pour tous de l’éducation d’ici 2030 dans le cadre des OMD, tout en mettant beaucoup d’accent sur la qualité de l’éducation et non plus simplement sur le fait d’y avoir accès.

Article de la rédaction AFRIC

Photo credit: google image/illustration

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