Association for Free Research and International Cooperation

Commerce Intra-Africain : Un changement de choix pour une stabilité économique

06.03.2020
Article de la rédaction AFRIC
L'échange de marchandises contre de la valeur a indéniablement constitué l'épine dorsale de la prospérité à travers les âges. Ces dernières années, cependant, les discussions autour de l'importance du renforcement du commerce intra-africain ont pris de l'ampleur à la suite de prévisions positives sur les perspectives commerciales du continent. Par conséquent, le récit de la montée en puissance de l'Afrique a été porté par les propriétaires des fortunes économiques. Depuis 2015, l'Union africaine (UA) s'emploie à améliorer le commerce sur le continent. En mars 2018, à Kigali, ces efforts ont abouti à l'accord historique appelé l'Accord sur la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) signé par 52 des 55 pays africains. Cet accord constituait l’axe des politiques visant à éliminer les tarifs sur les biens et services et à accroître la libéralisation des échanges tout en réduisant les obstacles qui rendraient l'accord inefficace.

Compte tenu de toute cette évolution, il était prévu que la mise en œuvre réussie de cet accord crée un marché régional unique et approfondi l’intégration économique du continent étant donné qu’il compte plus d’un milliard de consommateurs. En outre, l’accord devrait rapporter plus de 3 milliards de dollars de PIB total et stimuler le commerce intra-africain de 52% d’ici 2022. Il facilitera également la circulation monétaire et des personnes grâce à l’investissement et encouragera la compétitivité des États-nations dans la région et le marché mondial. Nul de doute donc qu’un commerce intra-africain renforcé aidera également le développement industriel ; ceci grâce à la diversification, au développement agricole et à la chaîne de valeur régionale qui feront de l’Afrique le plus grand marché de libre-échange au monde.

Les rapports de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, publiés en 2017, ont révélé que les exportations commerciales intra-africaines étaient de 16,6% alors que les échanges intra-occidentales en Europe, en Asie, en Amérique étaient respectivement de 86,1%, 59,4% et 55,0%. Au vue de ces statistiques, il devenait difficile, voire impossible, d’ignorer l’importance du commerce intra régional dans la stimulation de la prospérité. Le dynamisme économique dans les régions susmentionnées est principalement dû au fait que leur commerce interrégional est plus résilient que leurs échanges avec d’autres régions. Là encore, les échanges intra-commerciaux de biens et services manufacturés sont moins sensibles aux chocs extérieurs des prix et à la volatilité qui marquent le commerce mondial. Les activités internes de l’Afrique sont les plus faibles à l’échelle mondiale, car le continent continu de dépendre fortement des marchés étrangers pour le total de ses exportations et de ses importations.

Néanmoins, certains pays en Afrique ont montré un plus grand engagement à commercer avec leurs homologues du continent. Dans ce sillage, le Kenya fait figure d’élève exemplaire puisqu’il est l’un des principaux leaders du commerce intra-africain. Le pays a largement bénéficié de cet engagement dans plusieurs domaines, comme c’est le cas dans celui de l’exportation du thé. Le domaine a enregistré plus de 70% de la production de thé du pays, un demi-million de citoyens tirant leurs sources de revenus de sa culture. Les exportations de thé vers l’Égypte et le Nigéria pour ce pays génèrent plus de 183 millions de dollars, ce qui, non seulement permet une rentabilité économique, mais emploie également la population jeune du pays.

Pour ce qui concerne le domaine du bois scié, un autre domaine qui suscite beaucoup de convoitises, le plus grand importateur commercial intra-africain en la matière est l’Afrique du Sud. Pour ce pays, ce marché génère 45 millions de dollars. Il est suivi par le Sénégal avec 31 millions de dollars, la Namibie avec 11 millions de dollars et le Niger avec 7 millions de dollars entre autres. Ces sources de revenus contribuent grandement à améliorer la stabilité économique de ces pays. Cependant, on pense que davantage peut être fait au sein du secteur si les contraintes et les obstacles existants sont éliminés. Bien que le commerce intra-africain n’ait reçu que peu de soutien au cours de la dernière décennie, il a été estimé à 170 milliards de dollars. Étant donné que la plupart des activités commerciales entre les pays africains n’ont pas été formelles et même sous-déclarées dans les cercles économiques internationaux, ce chiffre estimé est pour le moins impressionnant.

La création de la zone de libre-échange continental africain (ZLECA) a donné vie aux perspectives plus lumineuse. La ZLECA offrira de meilleures chances de progrès pour le commerce intra-africain pour alimenter la croissance et améliorer la situation économique de l’Afrique.

La ZLECA présente une opportunité unique de développer le commerce intra-africain tout en diversifiant les exportations du continent vers le reste du monde. L’accord commercial est le plus important du genre depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce en 1994 ; un pas audacieux pour l’Afrique vers le renforcement de l’intégration économique régionale. Plus remarquable encore, le libre-échange s’est révélé très rentable pour certains pays africains. Le Marché Commun de l’Afrique Orientale et Australe (COMESA), la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) représentent à eux seuls plus de 50% du commerce intra-africain. Les rapports du COMESA indiquent que les importations totales représentent 183 milliards de dollars et 95 milliards de dollars pour les exportations totales au cours des six dernières années. Ainsi, on peut facilement imaginer les énormes avantages économiques dont bénéficiera la région dans le cadre de l’implémentation de cette zone de libre-échange.

Malheureusement, l’accord n’a été officiellement ratifié que par 22 pays africains, certains pays comme le Nigéria, la Namibie, la Guinée-Bissau, le Bénin, la Sierra Leone, le Botswana et le Lesotho ayant fait preuve de réticence. Bien que décevante, cette position peut être le résultat de nombreux obstacles tels que l’existence de barrières tarifaires et d’une lourde bureaucratie. Actuellement, il est beaucoup plus facile pour certains pays africains d’expédier des marchandises vers l’Europe ou les États-Unis que vers d’autres pays africains.

Le manque d’infrastructures a également été l’un des principaux défis de presque tous les projets de développement en Afrique. Les systèmes de transport pas adéquats ont un effet d’entraînement négatif sur le commerce intra-africain. Nos systèmes de transport essentiellement inférieurs aux normes ne font qu’augmenter les coûts de transaction commerciale et limiter le développement de l’intégration économique régionale. Ces défis cruciaux doivent être relevés pour que le commerce intra-africain devienne plus qu’une idée. En allant au-delà de la suppression des tarifs et en créant une politique d’intégration régionale efficace, l’Afrique peut commencer à s’attaquer aux problèmes qui paralysent les opérations quotidiennes des commerçants. Encore une fois, mettre sur pied des réformes réglementaires et une formation au renforcement des capacités pour les autorités, les institutions et les personnes chargées de gérer les différents organismes de réglementation sur le continent peut contribuer à réorienter les perspectives.

De plus, le secteur manufacturier du continent a besoin d’une renaissance avec plus de valeur ajoutée aux ressources, produits et services. Cela peut grandement contribuer à créer des emplois bien rémunérés, à améliorer la qualité des moyens de subsistance, etc. Un rapport de l’Overseas Development Institute montre que la production manufacturière en Afrique au cours de la dernière décennie a plus que doublé, passant de 73 à 157 milliards de dollars. Des pays comme la Tanzanie, la Zambie et l’Ouganda ont enregistré une croissance annuelle de plus de 5% ces dernières années. Ces chiffres indiquent la capacité la plus élevée et les revenus progressifs que l’industrie manufacturière peut générer si l’attention nécessaire y est accordée.

Il est impératif pour l’Afrique de tirer parti de la technologie, car elle s’est révélée être un outil important pour changer la donne et être un moteur clé de la compétitivité dans la région et au-delà. L’investissement financier nécessaire, le développement du capital humain en termes d’enseignement supérieur et de formation feront également bouger la chaîne de valeur et maximiseront la production.

Plusieurs experts pensent pense qu’il serait impérieux pour la Banque africaine d’import-export d’élaborer des stratégies pour combler le déficit de financement, car 25 milliards de dollars sont nécessaires pour une meilleure mise en œuvre. La stratégie devrait être en mesure de faciliter l’essor du commerce d’exportation en Afrique et de créer un fonds pour le développement du commerce intérieur ; tout ceci afin d’attirer des partenaires d’investissement et des institutions financières. Malgré tout ce qui a été dit, les choses doivent être mises au clair : les politiques intérieures des différents pays du continent peuvent faire et défaire la mise en œuvre de la ZLECA, aussi brillante soit-elle. Par conséquent, les créateurs de la zone de libre-échange devraient prévoir des micros conférences de formation et d’éducation sur les capacités et avantages de la ZLECA. 

Pour que la ZLECA atteigne donc son plein potentiel, ces facteurs clés doivent être abordés de front. Des politiques et stratégies efficaces pour les exportations doivent également être identifiées. Pour couronner le tout, de nouvelles opportunités de diversification, d’industrialisation et de développement de la chaîne de valeur doivent être mises en avant, sinon la réalité du commerce intra-africain ne sera rien d’autre qu’un projet éphémère.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustrattion

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