Association for Free Research and International Cooperation

Auto financement d’élections en afrique, un défi possible

04.03.2020
Article de la rédaction AFRIC
Le financement d’élections est un défi majeur auquel de nombreux Etats africains sont confrontés. Bien qu’étant un acte de souveraineté national, les élections sont également une affaire de gros sous, ainsi le manque de fonds peut entraîner leur report. Les dépenses pour l’organisation de competitions électoraux vont de l’impression de bulletins de vote, à l’achat d’urnes, ancres, isoloirs, sans compter la formation du personnel devant intervenir tout au long du processus, leur équipement et la Sécurisation des bureaux de vote entre autres. Selon le Réseau indépendant pour la supervision des élections en Afrique (RISELA), « Toute élection, locale, régionale ou nationale, doit conduire vers trois objectifs : le renforcement de la cohésion nationale, le respect des lois de la République et la consolidation du dialogue politique ». De nombreuses voix soutiennent qu’un scrutin électoral ne saurait faire l’objet de financements étrangers pour la simple raison que la main qui donne est au dessus de celle qui reçoit.

En manque de ressources nécessaires pour l’organisation d’élections, plusieurs pays du continent ont pris l’habitude de se tourner vers des partenaires étrangers. Une aide qui n’est pas sans conséquences. Parmi les partenaires sollicités figurent de nombreuses nations occidentales telles que la France, les Etats-Unis et le Canada ou encore des organisations internationales à l’exemple de la Francophonie et de l’Union européenne. Lors des élections de 2010 tenues en Côte d’Ivoire, les partenaires étrangers avaient réalisé un record de financement en versant au pays près de de 252 millions d’euros. Les ingérences qui ont caractérisé ce scrutin qui s’est soldé au final par une crise post-électorale sans précédent, donnent raison à ceux qui voient d’un mauvais œil les financements venus d’ailleurs et préconisent que pour s’affranchir de ces dons encombrants, l’Afrique doit compter sur ses propres fonds. Pour cela quelques solutions se présentent.

 Création d’une banque de matériel de vote

Au forum de Lomé sur le financement d’élections en Afrique tenu en avril 2018, les participants venus d’une dizaine de pays du continent, ont reconnu que le manque de moyens est le principal motif qui encourage les pays africains à solliciter l’aide étrangère pour l’organisation d’élections. Comme solution ils ont proposé la création en Afrique d’une banque de matériel de vote dont le financement sera assuré par des organisations africaines telles que l’Union Africaine, la Communauté économique et monétaire des Etats d’Afrique centrale (CEMAC) ou encore la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO). Le matériel acheté pourra ainsi servir pour l’organisation de plusieurs élections sur le continent et contribuera de ce fait à réduire les dépenses.

 Nécessité de revoir à la baisse les budgets des élections 

En Afrique, les élections coûtent extrêmement cher et les budgets des élections varient d’un pays à l’autre. Selon Abderrahmane Niang, expert malien en matière électorale, les élections présidentielles organisées au Mali en 2002 ont coûté à l’Etat la modique somme de 20 milliards de francs CFA soit 30 million d’euro.  Au Cameroun, Elections Cameroon (Elecam) l’organe en charge de l’organisation d’élections, dans son rapport sur la tenue du scrutin présidentiel de 2018 révèle que le coût de ces joutes est estimé à plus de 22 milliards de francs CFA soit 33 millions d’euro.

Au Nigeria Kingsley Moghalu ancien gouverneur adjoint de la banque centrale et candidat à la présidentielle de 2019 s’était plaint du  coût exorbitant du scrutin organisé dans son pays estimé selon lui à 625 millions de dollars. Un chiffre qui dépasserait de 600 millions de dollars le coût des élections organisées en 2014 en Inde un pays dont la population est 10 fois plus nombreuse que celle du Nigeria. Les montants excessifs dépensés par les Etats africains pour la tenue d’élections donnent le tournis et contrastent avec le niveau de sous-développement de la plupart de ces pays. Les revoir à la baisse serait également un début de solution.

Contributions volontaires : Cas du Burundi 

Les burundais auront rendez cette année avec les urnes pour la présidentielle et les parlementaires. Désireux de se passer de l’aide des occidentaux qui ne cessent d’encenser son régime de critiques, le président Pierre Nkurunziza qui ne se représentera pas a décidé de faire du financement de ces élections une affaire de tous au Burundi. Des fonctionnaires de l’Etat en passant par les citoyens non-salariés, les paysans, les élèves et les étudiants aucune couche de la société n’est épargnée par l’appel au don initié par l’exécutif pour couvrir les dépenses liées à la tenue de ces élections. Pour l’acheminement des contributions, un compte principal dédié au scrutin de 2020 a été ouvert à la Banque centrale. 

Le lancement officiel de la campagne de contribution dite « volontaire » a eu lieu le 07 Août 2017 dans la province de Ngozi. Présent, le président Pierre Nkurunziza pour prêcher par l’exemple, a fait un dépôt de 5 millions de FBU soit 2.500 euros dans le compte dédié au financement de ces élections appelant ainsi ses compatriotes à en faire de même. Pour encourager les communes à cotiser, le gouvernement burundais a créé une compassion dont l’issue serait de désigner la commune à la collecte la plus élevée. Des montants ont été fixé en fonction des catégories de population soit 0,5 euros par an pour les élèves et 0,95 par an pour les paysans. Les fonctionnaires quant à eux étaient prélevés chaque mois pendant deux ans (de janvier 2018 à fin décembre 2019) à la source d’une somme variable selon leur revenu.

En décembre dernier, soit cinq mois avant les élections, le président Pierre Nkurunziza a décidé de suspendre les cotisations soutenant que le budget nécessaire pour les élections était pratiquement bouclé. Il s’agit donc d’un pari gagné par cet État de la région des Grands lacs et une leçon pour les autres pays africains qui continuent de se complaire dans une position d’éternels assistés.  Malgré les critiques d’une certaine opinion internationale qui soutient que cette collecte nationale est une manière pour le gouvernement d’extorquer de l’argent aux citoyens, l’initiative de l’Etat burundais a été saluée par de nombreux pays africains dont l’Afrique du sud.

Dans le passé, le Burundi a pourtant souvent bénéficié de l’appui financier de bailleurs de fonds étrangers et partenaires techniques et financiers tels que les Etats-Unis et l’Union européenne. Mais ces dernières années, l’image du pays a été écornée par des enquêtes et rapports de l’ONU qui dénoncent de graves violations des droits de l’homme commis dans ce pays mais également à travers des observateurs étrangers qui évoquent sans cesses des risques de génocides à l’orée de ces élections. Selon le président Pierre Nkurunziza, cette participation financière de toute couche de la société, exprime une certaine fierté et le patriotisme des burundais. Elle est également une riposte d’envergure face aux accusations des pays et organismes occidentales qui en 2015 ont pris la décision de geler leurs aides financières envers le Burundi. 

Financement par les fonds propres de l’Etat : l’exploit de la  RDC 

En Afrique, le République démocratique du Congo a également décidé de financer par sa poche, les élections de décembre 2018 organisées dans un contexte complexe car devant ouvrir la voie à la succession de Joseph Kabila. En froid avec de nombreuses nations occidentales, la RDC a souhaité par cette démarche, écarter toute ingérence ou influence extérieure et montrer aux yeux du monde qu’elle peut assumer toute seule son destin. C’est ce que laissent transparaître les propos de Lambert Mende l’ex porte-parole du gouvernement. « Nous ne voulons plus revivre les expériences du passé où ceux qui apportent des financements ont tendance à vouloir orienter l’issue des élections ».

Pour réduire les coûts liés au processus électoral, le gouvernement congolais a porté son choix sur un outil révolutionnaire, la machine à voter en lieu et place des traditionnels bulletins de vote. Avant d’être finalement adoptées les fameuses machines fabriquées en Corée du Sud ont d’abord été Rejetées par certains opposants dont Martin Fayulu qui voyaient en elles des instruments de tricherie électorale. Faisant fi des nombreuses critiques émanant de l’opposition qui a surnommé ces outils « machines à fraude », le gouvernement a organisé à travers le territoire des séances de démonstrations nationales pour expliquer à la population les biens fondés des machines à voter mais surtout leur mode d’utilisation. Dotée d’une imprimante, ces machines donnent ainsi la possibilité à l’électeur de porter son choix sur un écran tactile. Une fois le choix opéré, le bulletin du votant est imprimé puis introduit par ce dernier dans l’urne. 

 Le gouvernement congolais soutient que les fameuses machines à voter ont permis à la CENI d’économiser près de 200 millions de dollars. En plus d’un décompte automatique au moment du dépouillement, les témoins présents dans les bureaux de vote ont la possibilité d’avoir accès aux procès-verbaux imprimés par la machine ce qui renforce la crédibilité du vote et facilite la transmission des résultats les rendant plus rapides.  Le recours à la machine à voter a aussi permis à la CENI de procéder à un comptage de voix à la fois manuel et automatique. Une procédure qui permet une comparaison des résultats obtenus à travers les bulletins insérés dans l’urne et les choix effectués via l’écran tactile. Elles ont aussi la particularité d’être utilisés plusieurs fois donc pour d’autres échéances électorales.

Près de 40,2 millions de Congolais étaient appelés aux urnes en Décembre 2018. Malgré le contexte difficile marqué par l’insécurité à l’Est du pays en proie à de nombreuse milices et l’épidémie d’Ebola à sa dixième apparition, la RDC a réussi a organisé les élections présidentielles, législatives et provinciales qui ont par la même occasion permis au pays de connaître sa première transition démocratique depuis 1968.

Dans son rapport intitulé Afrique 2040 vision du futur, publié à la suite d’un forum organisé les 29 et 30 juillet 2019 à Berlin et axé sur les questions liées au développement politique et économique de l’Afrique, l’association AFRIC (Association of free reseach and international cooporation) revient sur le manque de souveraineté, obstacle majeur selon elle à un développement équitable et durable du continent noir. L’organisation dans le dît rapport, souligne l’extraordinaire influence que continuent d’exercer sur les pays africains, des grandes puissances comme les Etats-Unis, via des pressions militaires et économiques ceci dans l’optique de poursuivre leurs propres objectifs géopolitiques.

Les exemples tirés du Burundi et de la RDC qui ont décidé de financer avec leurs propres fonds leurs élections pour asseoir leur souveraineté, démontre que l’Afrique si elle veut peut parvenir avec les moyens qu’elle dispose, la volonté de ses officiels et de sa population s’affranchir des vieilles habitudes qui ont fait d’elle une éternelle assistée et qui ont bafoué sa dignité, cette valeur sans laquelle elle ne peut parvenir à une réelle liberté.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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