Association for Free Research and International Cooperation

Corruption et ententes mafieuses entre hommes politiques africains : bonne gouvernance et démocratie en péril ?

22.02.2020
Article de la rédaction AFRIC
Dans une Afrique où certains dirigeants se sont hissés au rang de demi-dieux, privilégiant le renforcement de leurs avantages personnels plutôt que la recherche d’un bien commun, la naissance de pratiques obscures de gouvernance était devenue incontournable dans les cercles politiques. Entre corruption, pillage, ententes mafieuses entre hommes politiques et non prise en compte de la volonté populaire, c’est très clairement la démocratie et la bonne gouvernance qui allaient se retrouver impacter. Fustigeant cette posture de la recherche effrénée de l’intérêt personnel adoptée par certains hommes politiques du continent et, plaidant pour une nouvelle Afrique plus juste, plus équitable, plus participative et plus transparente, la romancière Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie n’a pas hésité à s’en prendre aux dirigeants africains. Pour elle, contrairement à l’adage bien connu qui dit que tout peuple a les dirigeants qu’il mérite, la réalité africaine est toute autre car, « les africains n’ont pas les dirigeants qu’ils méritent ».

Érigées à nos jours comme un nouveau modèle de réussite, ces pratiques d’un autre genre ont successivement fait leur nid dans les milieux politiques africains au point de faire du continent la région du monde où la corruption est la plus forte. La carte établie par l’ONG Transparency International qui reprend l’indice de perception de la corruption montre que la situation demeure critique en Afrique. Son rapport 2018, publié mardi 29 janvier, confirme ce constat, puisque le continent est la région du monde enregistrant les plus mauvais scores. Ce constat chiffré, biaisant les bases solides de l’implémentation d’une véritable politique administrative en Afrique n’est pas sans conséquence. Comme le souligne Transparency International qui regrette cette situation, « la corruption est un facteur qui contribue à la crise de la démocratie », produisant « un cercle vicieux en sapant les institutions démocratiques » ; lesquelles, à leur tour, ne sont plus « en mesure de contrôler la corruption ».

Les ravages de la corruption et des comportements mafieux dans les milieux de la politique

La corruption est un phénomène très répandue chez les hommes politiques africains. Au-delà de ce constat qui met à mal les politiques de gouvernance dans le continent, c’est aussi le manque de rigueur des africains envers leurs dirigeants qui a contribué à encadrer ce fléau. Plusieurs rapports établis par des ONG le montrent à suffisance. Pour le cas de la RD Congo par exemple, un rapport de l’ONG Sentry met en cause le clan Kabila, à qui il est reproché d’avoir profité de sa proximité politique avec le système, pour détourner d’importantes sommes d’argent public, par le biais de la banque Kwanza Capital.

Ce phénomène ne s’arrête pas seulement à la RD Congo ; il va bien au-delà puisque ce type d’abus a aussi été rapporté dans d’autres pays du continent. Pour Regis Houmkpè, directeur exécutif d’InterGlobe Conseils, un cabinet spécialisé en expertise géopolitique et communication stratégique, ce phénomène est malheureusement devenu quelque chose d’assez fréquent en Afrique. Allant plus loin, il explique que « la corruption et le vol organisé freinent le développement du continent et ne lui facilite pas l’implémentation d’une véritable démocratie ».

Très clairement, la corruption se fixe aux antipodes de la démocratie et de la bonne gouvernance. Plus un pays est corrompu et moins il y a de chances d’y voir l’essor d’une véritable prospérité. Les exemples sont légions en la matière. Toujours selon l’ONG Transparency International qui classe chaque pays d’après un système de notation allant de 0 (fortement corrompu) à 100 (très peu corrompu), l’Afrique ressort comme le continent le plus affecté puisque les notes y sont les plus basses. La moyenne africaine se situe par exemple à 32, contre 43 au niveau mondial. On peut par exemple voir que les pays comme la Somalie (180e sur 180 pays avec un score de 10 sur 100), qui plafonnent au sommet des pays les plus corrompus ne sont pas des exemples de démocratie. Dans ce pays où plusieurs régions ont cessé de coopérer avec le pouvoir central de Mogadiscio, parler de démocratie est devenu une véritable épreuve.

À l’inverse, dans certains des pays africains les moins corrompus, on assiste à un rayonnement accru de la démocratie. Les Seychelles (28e avec un score de 66 sur 100) ont par exemple connu une transition démocratique exemplaire en 2016. Les cas du Cap-Vert (45e), souvent cité comme un modèle de bonne gouvernance sur le continent et du Rwanda (48e) qui, malgré quelques velléités liées à la superpuissance de son chef d’État et à la question des droits humains fait exception à la rège liant transparence et vitalité démocratique, sont plus qu’évocateurs.

Les Hommes politiques et détenteurs de pouvoir auront toujours tendance à vouloir piétiner les lois, au bénéfice de leur position stratégique et de leur capacité à instruire la justice. Pour les cas particuliers de la Mozambique, de l’Afrique du Sud et de l’Angola, la corruption dans les milieux politiques n’a pas permis un épanouissement de la démocratie ces dernières années. Au Mozambique, le scandale de corruption dit des « dettes cachées » impliquant plusieurs anciens responsables gouvernementaux dont l’ancien ministre des finances, Manuel Chang, accusés d’avoir dissimilés plus de 2 milliards de dollars d’endettement a eu un effet dévastateur sur la crédibilité des instances démocratiques du pays. Cette situation a créé une multiplication des enlèvements et des agressions contre les analystes politiques et les journalistes d’investigation qui essayaient de faire la lumière sur le sujet ; toute chose qui pour Transparency International a créé une « culture de la peur qui nuit à la lutte contre la corruption » dans le pays.

En Afrique du Sud, pays pourtant réputé pour ses avancées démocratiques et son développement, c’est un autre scandale de corruption, celui de la « captation de l’État » par les frères Gupta, des hommes d’affaires proches de l’ancien président Jacob Zuma, qui a défrayé la chronique ces dernières années. Pour ce cas précis, l’implication de l’ancien président Sud-africain, Jacob Zuma, accusé et mis en accusation pour corruption n’a pas faciliter les choses.

Plus récemment en Angola, c’est le scandale des « Luanda Leaks » qui a secoué tout le pays. Pour ce pays qui pointe à la 165e place du classement de Transparency International, c’est la première fille de l’ancien président de l’Angola, Isabel dos Santos qui est accusée d’avoir « siphonné l’économie angolaise » et accumulée de manière frauduleuse une fortune estimée à 2,1 milliards de dollars. Compte tenu du fait qu’une telle opération ne peut être effectuée intuitu personae, il y’a lieu de questionner l’ensemble de la classe politique angolaise car, pour plusieurs analystes politiques, les ramifications de cette opération vont au-delà de la seule famille Dos Santos. Au niveau de l‘implémentation d’une bonne gouvernance, toutes ces choses provoquent, dans ces pays, une faiblesse généralisée des commissions nationales anticorruptions existantes.

La faiblesse des commissions anticorruptions

Le manque d’une véritable séparation des pouvoirs dans certaines « démocraties » du continent a créé une situation ubuesque qui inquiète quant à la capacité des institutions à pouvoir correctement effectuer leurs missions. C’est le cas des commissions nationales anticorruptions « à tête chercheuse » qui naissent un peu plus chaque jour, et qui se trouvent, même encore, pour certaines, fragiliser par les proximités politiques que leurs membres entretiennent avec des personnalités proches du pouvoir.

Outre cet aspect, il est même des situations où, des personnes qui seraient poursuivies, pour le simple fait de leur proximité avec le pouvoir fomentent des campagnes d’intimidations, avec en appui des messages de menaces contre les agents de la lutte contre la corruption. Pour Daniel Koufmann, ancien directeur de l’institut de la banque mondiale devenu expert auprès de think-thank américain Brookings institution, « il est vrai que nous vivons une époque de retour en arrière » car, « les quelques commissions anticorruptions qui ont eu le courage de mener le combat en Afrique ont de plus en plus de mal à remplir leur mission. Ceux qui les dirigent restent à la merci d’un limogeage brutal et font régulièrement l’objet de menaces, qui peuvent les contraindre à l’exil ».

Les exemples en la matière sont légions. Au Nigéria par exemple, un pays réputé pour sa richesse pétrolière et la concussion de ses élites, l’ex-président de la commission des crimes économiques et financiers (EFCC), Malam Nuhu Ribadu, avait dû quitter le pays en décembre 2008 pour trouver refuge au royaume uni. Nommé sous le régime d’Olusegun Obasanjo, il avait été mis à l’écart par les nouvelles autorités à la suite de l’élection d’Umaru YAr’Adua en avril 2007. Les menaces de mort dont faisait alors couramment l’objet à cette époque l’avaient conduit à s’établir à l’étranger. Il en a été de même pour John Githongo, le « Monsieur propre » du Kenya jusqu’en 2005 et ancien président de la commission anticorruption kényane qui, avait dû, lui aussi préféré, pour les mêmes raisons que Malam Nuhu Ribadu du Nigéria, jeter l’éponge et s’exiler au Royaume Uni.

Les plaies causées par les ententes mafieuses entre hommes politiques africains

Les ententes entre hommes politiques dans le monde ne datent pas d’aujourd’hui. Seulement lorsqu’elles faites dans le seul but de torpiller l’expression de la volonté populaire ou encore de préserver les avantages d’une petite communauté au détriment de la majorité, elles deviennent des ententes « mafieuses ».

Le continent africain, terre par excellence des coups d’état, a connu son lot d’ententes mafieuses entre hommes politiques. Jusqu’aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui pour le cas de la RDC, questionnent la relation qui s’est nouée lors de la dernière présidentielle entre le président sortant Joseph Kabila et le nouveau président Félix Tshisekedi qui pourtant, était voué à suivre les pas de son illustre père, opposant historique au régime Kabila, qui plus plusieurs analystes politiques, n’aurait jamais de son vivant conclu une alliance avec l’ancien régime.

En Côte d’Ivoire, on a également assisté ces derniers temps à une rupture de l’alliance entre le président en exercice, Alassane Ouattara et son ancien protégé, Guillaume Kigbafori Soro. Désormais, entre les deux hommes, la rupture semble consommée et les conséquences néfastes de la rupture de l’alliance de circonstance entre les deux hommes sur la démocratie ivoirienne sont perceptibles. Ainsi, pour le complot qui avait visé à faire partir l’ancien président Laurent Gbagbo du pouvoir, Guillaume Soro, au cours d’une conférence organisée le 28 janvier 2020 à laquelle à laquelle était conviée franco-africaine a reconnu qu’il y avait eu « deal, entente mafieuse » entre lui et le président Ouattara, contre la démocratie. Pour ce cas bien précis, Guillaume Soro, a rappelé que Alassane Ouattara lui aurait fait trois promesses devant l’ancien président Burkinabé, Blaise Compaoré, s’il jamais il venait à faire de lui président de la République de Côte d’Ivoire. Au rang de celles-ci, il rappelle qu’il devait, premièrement, être reconduit comme premier ministre jusqu’en 2015 ; ensuite il devait être désigné par Monsieur Ouattara comme le N° 2 du RDR, poste qui lui était réservée dit-il avec la création du poste de vice-président en 2008 ; et enfin il rappelle que Monsieur Ouattara devait faire un seul mandat et le soutenir à être à son tour président en 2015, chose qu’il n’a pas respecté.

Même son de cloche pour les accusations de pour les faits qui se sont déroulés le 19 septembre 2002 lors de la rébellion armée. Monsieur Soro, qui qualifie le président Ouattara de « parrain de la rébellion de 2002 », fait dire par la voix de Maître Affoussiata Bamba-Lamine, membre de la commission d’orientation et de coordination de GPS, qui s’est exprimée sur la question le mercredi 25 décembre 2019, à Barcelone, « qu’il tient à rassurer les ivoiriens qu’il reconnait une seule déstabilisation, celle du 19 septembre 2002, pour le compte de l’actuel président Alassane Dramane Ouattara, ce pourquoi d’ailleurs, il continue à demander pardon au peuple souverain de la Côte d’Ivoire ».

Pour le cas du Cameroun, avec les dernières élections présidentielles puis, municipales et législatives qui viennent de s’achever, on a connu une autre forme d’entente mafieuse entre hommes politiques de tout bord. Entre ceux qui ont vendu le rêve d’un véritable combat politique à la population pendant un certain temps et qui par la suite se sont rallier à la mascarade électorale du 09 février sous le prisme de l’obtention de quelques postes électifs et avantages qui en découlent et, ceux qui avaient promis au peuple, pour montrer leur bonne foi, qu’ils retireraient leur candidature et ne prendraient pas part à ces élections de proximité tant que la conflit du NOSO, toujours en guerre, ne se serait pas définitivement résolu, c’est la démocratie et la bonne gouvernance qui en pâtissent. Même dans les rangs du parti au pouvoir, le RDPC, plusieurs militants ont dénoncé les situations généralisées de corruption qui ont émaillé la phase des investitures.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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