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Togo : l’opposition peut-elle réussir son pari pour une l’alternance ?

17.02.2020
Article de la rédaction AFRIC
C’est en rang dispersé que l’opposition togolaise affrontera le président sortant Faure Essozimna Gnassingbé Eyadéma candidat à sa propre succession pour un quatrième mandat à la tête du Togo qu’il dirige depuis 2005. Pourtant il y a deux ans grâce à une coalition de 14 parties politiques connue sous le nom de C 14, elle avait par ses marches populaires fait trembler le régime en réclamant le retour avec application immédiate, à la constitution de 2012 qui limite à deux quinquennats le nombre de mandats présidentiels. Une mesure qui selon elle, était la garantie d’une véritable alternance à la tête du pays. Sa détermination à obtenir gain de cause et le soutient porté par des organisations de la société civile togolaise réunis sous la bannière du "Front citoyen Togo debout", avait contraint le président Faure Gnassingbé à se plier à la médiation de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) qui avait ainsi exigé une feuille de route pour une sortie de crise.

La tempête passée, c’est d’un pas assuré que le président Gnassingbé Eyadema aborde l’échéance électorale du 22 février avec en face, une opposition plus que jamais fragmentée qui présente néanmoins deux figures majeures à savoir Agbéyomé Kodjo, le candidat des Forces démocratiques, une coalition animée par Monseigneur Kpodzro l’archevêque de Lomé et  JeanPierre Fabre figure emblématique de l’opposition et président de l’Alliance nationale pour le changement.

Une alliance qui a volé en éclat

Au total sept candidats sont en lice dans la course à la présidentielle du 22 février 2020. A savoir le chef de l’Etat sortant Faure Essozimna Gnassingbé, président de l’ Union pour la république (UNIR), Jean-Pierre FABRE, président de l’alliance nationale pour le changement ( ANC), Tchassona Traore Mohamed du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD), Aimé Tchabouré Gogué de l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI), Kodjo Messan Agbeyome Gabriel du Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement (MPDD), Kuessan Georges-William Assiongbon du parti Santé du peuple , et Wolou Komi du Parti socialiste pour le renouveau (PSR).

Malgré la particularité de ce scrutin qui contrairement aux autres sera à deux tours, l’opposition n’a pas décidé d’unir ses forces pour se donner les chances de faire tomber Faure Gnassingbé. La  multiplicité de candidatures que l’on note dans ce scrutin à en croire de nombreux observateurs, est plutôt favorable au président sortant. En dépit de cela l’on compte néanmoins dans les rangs de cette opposition deux fortes personnalités. L’opposant historique Jean Pierre Fabre, trois fois candidat à la présidentielle et qui se désigne comme le veritable candidat unique de l’opposition et  Agbeyomé Kodjo  principal représentant d’une coalition de partis et d’organisations de la société civile, qui connait bien le pouvoir pour avoir occupé de hautes fonctions étatiques et servi sous le régime d’Eyadema père.

La coalition des partis de l’opposition (C14) sera présentée au scrutin présidentiel du 20 février après avoir boycotté en Juin 2018 les législatives et municipales. Alors qu’elle réunissait dès sa création en août 2017, quatorze formations politiques issues de l’opposition, elle n’est désormais réduite qu’à 07 partis. Née à la faveur des mouvements de masse réclamant le départ du président Faure Gnassingbé, elle n’a au final existé que durant 18 mois. A l’origine de son éclatement, des disputes internes dues à une liste de disfonctionnements donc le manque confiance, de transparence et de ligne politique. Selon Eric Dupuy, le porte-parole de l’ANC et conseiller de Jean-Pierre Fabre, « Il y a eu trop de compromis politiques aux dépens de la mobilisation ».

L’un des départs ayant fragilisé le C14, est celui de l’ANC de Jean Pierre Fabre, principal parti de l’opposition qui avait au sein de l’ancienne assemblée nationale arrivée à échéance en 2018, seize sièges. Quatre jours avant la décision de l’ANC de rompre les liens avec le C14, le Parti des Togolais de Nathaniel Olympio avait également fait part de sa décision de se retirer de la Coalition arguant pour argument une « profondeur des divergences dans la construction des nouvelles orientations de la coalition« . Au total cette coalition a connu sept défections parmi lesquelles figure également celle du Comité d’action pour le renouveau (CAR) de Yawovi Agboyibo, ancien Premier ministre et ex président de l’assemblée nationale, mais aussi du Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam, le cerveau du soulèvement populaire, exilé depuis plus d’un an. Parmi les raisons ayant favorisé cet éclatement, on note également :

  • une affaire de corruption portant sur 30 millions de francs CFA (45 734,85 euros), qui était effet le don d’un chef d’État de la région.
  • Un manque de leader au sein de cette coalition et une mésentente pour designer un candidat unique.

Entre septembre 2017 et février 2018, le C14 avait réussi à drainer derrière lui des foules massives à Lomé la capitale et dans plusieurs grandes villes du Togo pour exiger le départ du président Faure Gnassingbé, à la tête du pays depuis le décès de son père qui a tenu les rênes du pays durant 38 ans. Le boycott par l’opposition des législatives de 2002 avait donné l’opportunité au pouvoir de modifier sans quiétude la Constitution. En 2018 elle n’a pas retenu la leçon et a récidivé offrant une fois de plus aux députés du régime de retoucher la loi fondamentale en ramenant le compteur du nombre de mandats à zéro. Ces faux pas en plus des défections au sein du C 14 sont un boulevard pour le clan Gnassingbé.

Un scrutin à risque pour l’opposition

Ce n’est pas la première fois que l’opposition togolaise aborde la présidentielle en rang dispersé. Cela a déjà été le cas dans le passé. Cette division pourrait jouer en faveur du candidat du parti au pouvoir. Car les électeurs désireux de choisir l’alternance au lieu de la continuité seront départagés entre six autres candidats. Une situation qui pourrait hypothéquer le second tour qui ne peut avoir lieu que si aucun des candidats en lice ne réussi à obtenir dès le premier round 51 % des voix.

Le climat de tension dans lequel l’opposition aborde cette élection est également dû aux revendications qu’elle a exigé pour le bon déroulement du scrutin et la fiabilité des résultats, notamment la recomposition de la Cour constitutionnelle trop proche du pouvoir, la mise sur pied d’un nouveau fichier électoral plus crédible et une restructuration de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), l’organe en charge de superviser le scrutin. Des revendications rejetées par le pouvoir. Face à cette opposition mecontente et divisée, le président Faure Gnassingbé tentera de briguer un 4e mandat. Lors des deux dernières élections de 2010 et 2015 il a toujours été talonné dans les résultats par Jean-Pierre Fabre de l’ANC (33,93 et 35,19 % des voix) qui se dispute cette fois le leadership au sein de l’opposition avec l’ex premier ministre Agbéyomè Kodjo. Outre l’introduction du 2nd tour, ce scrutin présidentiel verra également pour la première fois la participation de la diaspora togolaise.

Adopté il y a 27 ans par un referendum populaire au temps d’Eyadema père, la constitution de 1992 a subi en 2002 un toilettage à l’assemblée nationale. La nouvelle loi fondamentale ne limitait plus le mandat présidentiel raison pour laquelle l’opposition togolaise qui milite depuis pour une alternance à la tête de cet Etat dirigé depuis 53 ans par la famille Eyadema n’en voulait plus !

 Une réforme constitutionnelle en faveur de Gnassingbé

L’opposition togolaise a battu le pavé durant des mois pour obtenir un retour avec effet immédiat à la constitution de 2012 qui limitait à deux le nombre de mandat présidentiel fixé à cinq ans. Cette doléance si elle gardait son caractère rétroactif, excluait de la course à la présidentielle de février 2020, l’actuel président qui cumule déjà 03 mandats. Le vote des députés togolais du 09 mai 2019 a donné lieu au retour dans la loi fondamentale des mesures prescrites dans la constitution de 2012 telle que souhaité par l’opposition. A savoir un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois et un scrutin présidentiel à deux tours.

Le seul bémol reste cependant la non rétroactivité de la loi décidée par les législateurs qui ramène ainsi les compteurs à zéro et n’exclu en aucun cas une nouvelle candidature de l’actuel président. Un coup de poker réussi pour Faure Gnassingbé, dont le parti Unir (Union pour la République) détient les deux tiers des sièges au parlement à la suite des dernières législatives du 20 décembre 2018 marquées par le boycott de l’opposition. Les représentants du peuple ont également profité de cette reforme pour renforcer le statut des anciens présidents de la République en précisant dans l’article 75 que « Les anciens présidents de la République sont, de plein droit, membres à vie du Sénat. Ils ne peuvent être ni poursuivis, ni arrêtés, ni détenus, ni jugés pour les actes posés pendant leurs mandats présidentiels. »

Investi président du Togo le 7 février 2005 par l’armée à la suite de la mort son père, Gnassingbé Eyadema, le président Faure Essozimna Gnassingbé Eyadéma cumule 15 ans à la tête du Togo. Les dispositions de la nouvelle constitution togolaise lui donnent l’opportunité de rester encore aux affaires pendant une dizaine d’années.

L’opposition quand à elle peut néanmoins se consoler par l’instauration dans le nouveau texte, d’un scrutin présidentiel uninominal majoritaire à deux tours (contre un auparavant.) Mais faudrait il encore qu’elle accorde ses violons pour pouvoir renverser l’actuel président, 53 ans qui bénéficie du soutient sans faille de ses partisans qui ont manifesté leur désir de le voir de nouveau porter les couleurs du parti à l’élection présidentielle, et qui restent convaincus qu’il est  l’homme de la situation qui a permis depuis 2015 au Togo de réaliser des avancées considérables en termes de développement économique comme en témoigne le dernier classement du rapport Doing Business 2020 publié depuis Washington aux Etats-Unis.  

Avec un beau visage dans le domaine des affaires, le pays dirigé par Faure Gnassingbé  selon cette étude de la Banque mondiale  sur la facilité de faire des affaires dans le monde, est classé 3e pays le plus réformateur au monde devant des géants tels que la Chine et l’Inde. Parmi les indicateurs ayant favorisé cette percée, la réduction des frais de permis de construire, la création d’entreprises, l’accès à l’énergie  et le transfert de propriété.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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