Association for Free Research and International Cooperation

L’Afrique dans les décennies 2010-2019

04.02.2020
Article de la rédaction AFRIC
L’Afrique durant la dernière décennie s’est également avérée être un continent objet de toute les convoitises. Courtisée par les grandes puissances occidentales en quête d’influence sur la scène internationale elle a été l’hôte de marque de grands forums et sommets internationaux et a vu déferler sur ses terres un véritable ballet diplomatique. Outre la naissance d’un 54e Etat, les décès des fortes personnalités que furent Mandela et Mugabé, elle a relevé haut la main son plus grand défis sportif, à savoir l’organisation de la coupe du monde 2010.

La Chine de plus en plus envahissante

La Chine devenue le premier partenaire commercial du continent noir a multiplié les déplacements de ses émissaires sur la quasi-totalité des pays africains. La Chine s’est surtout illustrée dans ses relations avec l’Afrique par son principe de non-ingérence dans les affaires politiques et son implication dans le financement de projets d’envergure tels que la construction de routes, de barrages hydroélectriques, chemins de fer, ponts, hôpitaux et écoles. Son dynamisme à l’endroit de l’Afrique a été réaffirmé lors du forum sur la coopération sino-africaine organisé en 2018 à Pékin le 7e du genre. Un rendez-vous durant lequel  elle a promis d’intensifier l’aide au développement économique des pays africains en leur consacrant 60 milliards de dollars supplémentaires. Pékin a également assuré l’annulation d’une partie de la dette arrivant à échéance de certains pays du continent notamment ceux enclavés et moins développés.

Les Etats-Unis à la reconquête de l’Afrique

Conscient des retombés de l’influence chinoise en Afrique, les Etats-Unis sous la direction de Trump ont aussi essayé un rapprochement avec l’Afrique durant la fin de cette décennie. Pour redorer son image auprès de ses paires africains qui avaient mal pris le scandale des « pays de merde », Trump a envoyé en tournée sur le continent, Rex Tillerson le chef de la diplomatie américaine, Tibor Nagy le secrétaire adjoint aux affaires africaines des USA, sa fille et conseillère Ivanka Trump et son épouse Melania Trump. Si les deux premiers ont focalisé leurs visites sur la promotion de la bonne gouvernance et les questions sécuritaires et économiques les deux autres ont mis en avant le volet humanitaire. Pourtant bien avant l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, renouer les relations entre les Etats-Unis et l’Afrique était également dans l’agenda de Barak Obama qui avait invité en Aout 2014 une cinquantaine de dirigeants africains à Washington autour d’un sommet inédit Etats-Unis-Afrique avec pour objectif majeur le renforcement du partenariat entre les deux blocs sur le plan du commerce et des investissements. L’initiative visait surtout à rattraper le retard des Etats-Unis sur la Chine et l’Europe en matière d’échanges commerciaux. Durant ce sommet, les Etats-Unis ont pris l’engagement de décaisser 30 milliards de dollars destinés à l’aide publique et aux investissements privés en Afrique. Outre la promesse d’intensifier l’électrification de l’Afrique subsaharienne à travers le programme Power Africa, ce sommet a également donné lieu au renouvellement de l’accord de libre-échange entre l’Afrique et les Etats-Unis à travers l’African Growth and opportunity Act (AGOA) initié en 2000 au temps du président Bill Clinton mais qui arrivait à échéance en 2015.

La Russie, un nouveau partenaire

La Russie qui n’est pas en reste s’est également montrée très préoccupée vers la fin de la décennie passée par ses relations avec l’Afrique datant depuis le temps de l’Union soviétique mais refroidies après la guerre froide. Moscou a multiplié les initiatives comme en témoignage la tournée de Serguei Lavrov le ministre russe des affaires étrangères en mars 2018 dans cinq pays d’Afrique subsaharienne riches en hydrocarbure et ressources minières puis en Janvier 2019 au Maghreb. Le soutien sur le plan sécuritaire à la RCA, les accords militaires paraphés avec des pays tels que le Cameroun et le sommet Russie-Afrique de Sotchi sont autant d’éléments qui illustrent cette nouvelle dynamique dans les relations russo-africaines. Pour mieux s’implanter en Afrique, un continent miné par le terrorisme et les conflits armés la Russie a décidé de mettre en avant ses compétences en matière de sécurité et d’armement. Son tout premier sommet avec l’Afrique lui a donné l’opportunité de parapher de nombreux accords de partenariats militaires et de défense avec des pays en proie à la menace terroriste, de trouver des marchés pour son industrie nucléaire, l’exploitation des matières premières et de surfer sur d’autres domaines tels que l’avenir des échanges commerciaux russo-africaines.

La Turquie, un intérêt de plus en plus grandissant

Les perspectives de croissance du continent africain ne laissent pas indifférente la Turquie d’Erdogan qui a également fait montre d’un intérêt grandissant pour le continent africain ces dix dernières années. Si les présidents américain et russe se sont abstenus pour l’instant d’effectuer des déplacements en Afrique préférant envoyer des émissaires, Tayip recep Erdogan s’est souvent personnellement rendu sur le continent noir accompagné d’hommes d’affaires et industriels turcs. Entre 2003 et 2017, les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Turquie ont connu une progression de 21%. Le pays qui s’est fait maitre sur le continent dans les domaines des BTP a également élargie son réseau aérien grâce à sa compagnie Turkish Airlines qui désert près de 50 villes africaines.  Sous la houlette d’Erdogan, un sommet Turquie – Afrique sur l’agriculture  a été organisé en novembre 2018 à Istanbul.

L’Allemagne, pour une coopération d’égal à égal

L’Allemagne d’Angela Merkel s’est également engagée à redynamiser ses relations avec le continent africain avec qui elle partage un passé colonial. A travers l’initiative politico-économique baptisée Compact with Africa lancée en 2017 par la chancelière allemande, Berlin pour encourager les échanges commerciaux avec l’Afrique invite les entreprises allemandes du secteur privé à faire du continent noir un secteur d’investissement. L’événement qui était à sa troisième édition les 19 et 20 novembre 2019 à Berlin a permis à des chefs d’Etat issus de 11 pays africains  (Bénin, Côte d’Ivoire, Égypte, Éthiopie,  Ghana, Guinée,  Maroc,  Rwanda, Sénégal, Togo et Tunisie) de participer à des échanges avec les institutions financières internationales, les autorités et les entreprises allemandes. A travers le programme Compact with Africa Berlin soutient également vouloir entretenir avec le continent africain un type de partenariat devant profiter aux deux parties de manière légale.

 

Décès de Mandela et Mugabé

Le continent africain a perdu  durant la décennie passée, deux  figures emblématiques de son histoire à savoir  Nelson Mandela et Robert Mugabé. Les deux hommes ont  la particularité d’avoir combattu de leur vivant des régimes de la minorité blanche raciste implanté dans leur pays respectifs. Décédé le 5 décembre 2013 à l’âge de 95 ans, Madiba dont le combat contre l’apartheid en a fait l’une des icones mondiales du XXe siècle, a reçu une pluie d’hommages de la part de personnalités influentes du monde entier comme en témoigne la participation d’une centaine de chefs d’État et de gouvernement et d’une dizaine d’anciens présidents à la cérémonie officielle d’adieu qui s’est tenue au FNB Stadium de Soweto le 10 décembre 2013.

Décédé le  6 septembre 2019 à l’âge de 95 ans, Robert Mugabé n’a pas eu la même reconnaissance que Nelson Mandela de la part de dirigeants occidentaux qui lui reprochent ses trente ans de règne autoritaire sur l’ancienne Rhodésie du Sud. La Chine et la Russie ont néanmoins dérogé à cette règle. Le chef du Kremlin Vladimir Poutine a souligné que « beaucoup de dates importantes dans l’histoire moderne du Zimbabwe sont liées au nom de Robert Mugabe »

tandis que du coté de la diplomatie chinoise, l’on salué un dirigeant « exceptionnel » qui a « fermement défendu la souveraineté de son pays et activement promu l’amitié entre la Chine et l’Afrique ». Boudé par l’occident, la mémoire de Mugabé l’une des dernières figures des décolonisations en Afrique  a été saluée sur le continent par de nombreux présidents et ex dirigeants. Son successeur et ancien dauphin Emmerson Mnangagwa, l’a élevé au rang d’ « héros national » un statut  qu’il mérite selon lui grandement.

La naissance du Soudan du sud

En Juillet 2011, le continent africain a connu la naissance d’un nouvel Etat à savoir le  » soudan du sud « . Avec la venue de ce nouveau née sur la corne de l’Afrique, le continent  est passé de 53 à 54 Etats. Mais après l’acquisition de cette indépendance, la plus jeune des nations africaines  reste à ce jour  plongée  dans  une guerre civile due aux accents tribaux,  religieux  et surtout à une lutte pour le contrôle du pouvoir et des ressources notamment du pétrole. La rivalité qui oppose le président Salva Kiir et son ancien vice président Riek Machar a causé la mort de dizaines de milliers de personnes et un déplacement massif de la population vers des pays voisins. Alors qu’on craignait que la menace sécuritaire vienne du Nord  privée d’une partie des ressources pétrolières après la cession du sud, c’est finalement au sein du jeune Etat même que sont nées les veélités qui semblent le condamner à une perpétuelle instabilité ceci malgré les nombreux accords signés entre les différents belligérants.

Le mondial de football 2010

L’Afrique du sud a contribué à rehausser l’image du continent tout entier en abritant en 2010, la première coupe du monde de football organisée en terre africaine. Grace à l’influence de ses poids lourds politiques  lors du scrutin dont Nelson Mandela,  Thabo Mbeki ,  De Klerk  et le Prix Nobel de la Paix  Desmond Tutu, la nation arc en ciel a été choisie au détriment du Maroc et de l’Egypte qui étaient également en lice pour permettre à l’Afrique d’organiser cet événement sportif. Le suisse Sep Blatter alors président de la FIFA se félicitera d’ailleurs de l’immense  succès de cette édition et du chiffre d’affaires de 1,3 milliard de dollars (932 millions d’euros) engrangé.

« Je suis l’homme le plus heureux, car je peux annoncer que la Coupe du monde en Afrique du Sud a été un immense succès financier pour tout le monde, pour l’Afrique, pour l’Afrique du Sud (et) pour la FIFA ».   Blatter

En 2018, le Royaume du Maroc aurait pu décrocher  l’organisation de la coupe du monde 2026 mais le manque de solidarité des fédérations africaines vis à vis de sa candidature a bénéficié au trio USA-Canada-Mexique. La dernière décennie, c’est aussi des événements sportifs tels que la première  Coupe d’Afrique des nations à 24 équipes organisée en 2019 par l’Egypte et l’accession en 2015 du camerounais Issa Hayatou à la tête de la FIFA à la suite de la démission de Sepp Blatter embourbé avec Michel Platini dans des scandales de corruption.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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