Association for Free Research and International Cooperation

Les tendances de développement économique de l’Afrique pour la décennie 2020-2030

20.01.2020
Article de la rédaction AFRIC
Pour un continent comme l’Afrique, les défis du nouveau millénaire sont nombreux. Entre les multiples guerres civiles qui sévissent sur le continent, l’instabilité politique qui gangrène la majorité des « pseudo-démocraties » existantes, l’insécurité alimentaire chronique et la pauvreté rampante, la liste est loin d’être exhaustive. Bien qu’il y ait eu l’enregistrement d’une nette évolution dans la situation économique du continent ces dernières années, ce en dépit des crises financières et alimentaires qui se sont succédées, le continent doit continuer de garder le cap dans une vision prospective et une planification tous azimuts. Caractérisée par une augmentation du taux de croissance jamais enregistréauparavant dans un environnement des affaires en perpétuel mutation, la dernière décennie aura marqué son temps ; alternant entre les possibilités offertes et la mise en œuvre depolitiques nouvelles permettant de maximiser sur un avantage comparatif et des changements structurels de grande envergure.

Face à tout le tumulte et l’incompréhension qui continuent de coller à la peau des institutions africaines, parfois décrites comme pas propices à l’attrait d’investissements de haute facture, l’Afrique,avec sa forte densité démographique, continue de susciter un regain d’optimisme. Dans cette cartographie, la décennie qui commence, 2020-2030, qui verra la clôture des ODD rassemblées dans l’Agenda 2030, pourra servir de tremplin à l’inversion de la tendance de ralentissement de l’activité économique, provoquée par le redressement mondial amorcé en 2010. Même si l’avenir, comme toujours, comporte des incertitudes, il faut dire que les tendances qui détermineront les perspectives d’avenir de l’Afrique existent et, sont déjà perceptibles aujourd’hui. D’après les prévisions et les informations disponibles, elles se feront autour d’une dynamique complète en faveur d’un large éventail, suffisant pour garantir des progrès réguliers au cours des années à venir.

Sur le boom démographique : augmentation de la population jeune

Les tendances de développement économique de l’Afrique pour la décennie 2020-2030 sont du ressort de l’accomplissement de toute une panoplie de contingences.Les informations disponibles donnent à penser qu’au cours des dix prochaines années, l’Afrique aura toutes les chances de réaliser son ambition de créer une zone économique dynamique, diversifiée et compétitives. En s’organisant autour de l’accueil et l’encadrement d’une jeunesse qui sera amenée à grandir numériquement, le continent pourra tirer un avantage concret du dividende démographique.

Mieux que les statistiques récoltées dans les autres continents, la population africaine pourra atteindre des proportions insoupçonnées sur le long terme. Se limitant aux statistiques de la décennie 2020-2030, on observe néanmoins que la croissance prévue de la population infantile en Afrique nécessitera une augmentation de plus de 11 millions de personnels qualifiés en éducation et en santé. Ce n’est qu’à cette condition qu’on pourra, selon un nouveau rapport de l’Unicef, observer une augmentation de la transition démographique sans précédent du continent. Ce rapport intitulé, Génération 2030 Afrique 2.0 : « favoriser les investissements dans l’enfance pour bénéficier du dividende démographique », est plus que clair et ne laisse pas trompeur sur les chiffres. La population jeune, constituant une main d’œuvre qui, sera propice au développement et à la transformation des économies africaines fragiles et vulnérables joue déjà tout son rôle dans un pays comme le Nigéria, première puissance économique du continent, qui, à lui tout seul, représente actuellement 20% de toutes les naissances en Afrique et 5% du total mondial.Ces chiffres pourront être aisément atteints puisque le même rapport des Nations Unies montre qu’entre 2015 et 2030, l’Afrique connaîtra une augmentation de 33% de la population en âge de fréquenter l’école primaire, passant de 189 millions à 251 millions.

La refonte du système éducatif

On ne le dira jamais assez, mais les systèmes éducatifs africains sont traversés de multiples héritages et influences. Ils sont presque tous une émanation de l’héritage coloniale et feignent encore à enseigner les spécifiés et l’histoire du continent. En l’absence de critères satisfaisants permettant de dresser une liste des grandes figures de l’éducation en Afrique, il conviendrait d’analyser les grandes tendances qui ont marqué, à différentes époques, le débat sur l’éducation, comme le souligne MasengeshoKamuzinzi, dans son ouvrage intitulé, De la « Communauté Classe » aux systèmes « Globalisés » : l’évolution des systèmes éducatifs africains.

Pour Marie-Pierre Poirier, Directrice Régionale de l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, qui le rejoint dans sa position, « (…) si l’Afrique transforme ses systèmes éducatifs, (…) elle pourra récolter des dividendes plus rapides, plus profonds et à plus long terme pour sa transition démographique ».

L’Agenda 2063 de l’Union Africaine s’inscrit également dans ce sens puisqu’il préconise dans sa cinquième aspiration, l’idée d’une Afrique ayant une forte identité culturelle, un patrimoine commun, des valeurs et une éthique partagée qui prennent leur source dans des programmes scolaires et des biens culturels panafricains. Les langues africaines devront être la base de l’administration et de l’intégration.

Pour terminer, le constat est donc clair qu’il va falloir pleinement composer avec le Programme ODD4-Education 2030 de l’Afrique de l’Ouest et du Centre qui reconnaît le besoin d’une collaboration, d’une coopération et d’un suivi régionaux forts pour le soutien au développement national de l’éducation. Intitulé programme ODD4-Education 2030 « vers une éducation inclusive et équitable de qualité et un apprentissage tout au long de la vie pour tous », ce programme doit prendre en compte les contextes de développement et les aspirations de ces deux régions de l’Afrique ; ceci en synergie avec les régions d’Afrique de l’Est et Australe.

Favoriser l’accès des africains à l’internet

À l’ère des nouvelles technologies de l’information et de la communication, il serait inconcevable de prévoir un développement économique sans faire allusion à l’internet. Dans ce sens, différentes agences telles que World Bank Data, préconisent d’encourager et de favoriser l’ouverture à l’internet. Pour la décennie 2020-2030, il serait donc clairement question, pour le continent, de pouvoir améliorer les chiffres récoltés lors de la décennie précédente. Pour ce faire, l’Afrique qui compte depuis 2017 un peu plus de 281 millions d’internautes, soit un taux d’accès à l’internet de 23,4%, selon Internet Live Stats, doit pouvoir voir double, sinon triple pour la décennie à venir.

Pour la Banque Mondiale, les pays africains qui trustent les premières places, avec les meilleurs taux d’accès à l’internet comme le Maroc (62%), les Seychelles (59%) le Cap Vert (57%) et l’Afrique du Sud (56%) doivent voir leurs objectifs en la matière à la hausse. Même si pour ces trois champions, plus de la moitié de leur population est déjà connectée, il n’est pas impossible de faire mieux. En bas de l’échelle, toujours selon les Chiffres donnés par la Banque Mondiale,les quatre pays qui affichent les plus faibles taux d’accès à l’internet sont la République Centrafricaine et la Guinée-Bissau (4%), la Somalie (2%) et l’Érythrée (1%).

Selon le rapport de l’Association des Opérateurs de Téléphonie Mobile dans le monde (GSMA) 2019 sur l’Afrique Subsaharienne, si en 2018, les technologies et les services mobiles ont généré 8,6% du PIB de l’Afrique Subsaharienne, créant une valeur ajoutée de plus de 144 millions de dollars, alors il est plus que nécessaire d’envisager l’internet comme une source de création de richesse. Cette position est d’autant plus réconfortée que d’ici 2025, on table sur l’arrivée de plus de 167 millions de nouveaux abonnés dans le monde qui seront presque essentiellement répartis dans cinq pays d’Afrique que sont le Nigéria, l’Éthiopie, la RDC, la Tanzanie et le Kenya. Imaginez donc les répercussions économiques pour ces pays.

Miser sur les ressources nouvelles et l’innovation

Depuis la Cop 21 organisé à Paris en 2015, les préoccupations concernant la protection de l’environnement se sont accrues. À la suite de Jean-Marc Jancovici, polytechnicien, associé co-fondateur de carbone 4, qui milite vers la transition vers une économie décarbonnée et l’adaptation aux changements climatiques, l’initiative de l’Afrique sur les énergies renouvelables a réaffirmé ses ambitions. Ainsi, l’organisation (Arei) qui, a tenu son conseil d’administration dans le cadre du premier Forum sur les énergies renouvelables en Afrique, en Guinée, a fixé les prévisions pour la production de 10 gigawatts d’énergie propre avant 2020 et 300 gigawatts à l’horizon 2030. Pilotée par le président Guinéen, Alpha Condé, l’initiative compte accélérer l’exploitation du solaire, de l’éolien et de l’hydraulique pour pouvoir parvenir à une pleine autonomie d’ici 2030.

Concernant les innovations, trois principaux régimes technologiques auront un sérieux impact sur la transformation de l’Afrique au cours des prochaines décennies. La biotechnologie agricole, les systèmes de santé et d’innovation en santé et les nouvelles technologies d’énergie ; en particulier les technologies sobres en carbones et les technologies soucieuses du climat.

L’émergence de nouveaux leaders africains

Pour rendre efficient le développement économique de l’Afrique pour la décennie 2020-2030, le continent aura besoin de nouveaux leaders, préoccupés exclusivement par l’épanouissement de la majorité et non plus par la préservation des acquis de certaines minorités comme par le passé. Au-delà donc de faire émerger des personnalités isolées, l’Afrique aura besoin de voir naître, pour la décennie qui s’ouvre,  de nouvelles communautés de leaders, capables de lui faire franchir le cap de la modernité et de la prospérité. Pour ce cas précis, la naissance de nouvelles écoles et formations de leaders sur le contient est plus que salutaire. À l’image des pères fondateurs, Thomas Sankara (Burkina Faso), Ahmed Sékou Touré (Guinée), Modibo Keita (mali), Kwame Nkrumah (Ghana) qui, ont posé les bases d’un réel développement du continent, ces derniers se sont rapidement imprégnés de la tâche difficile, de trouver une issue favorable à partir de laquelle le continent noir pourra jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale.

Répartis en trois classes, hommes politiques, responsables d’entreprises et élites intellectuelles qui sont devenus avec l’aide des réseaux sociaux le relais d’une communication inexistante il y’a 20 ans en Afrique, cette nouvelle génération, qui s’affirme comme étant capable de relever plusieurs défis compte dans ces rangs de nombreuses personnalités. Prônant un style particulier, ces personnalités s’affirment comme celles de la fragmentation de l’espace, de l’histoire et du savoir, de la refondation de l’État postcolonial, de la promotion d’une véritable démocratie et des droits humains et de la mise en place de nouvelles conditions de paix et de libertés, gage d’un développement durable.

Dans leurs rangs on peut citer Abiy Ahmed de l’Éthiopie, Julius Malema et Lindidiwe Mazibuko de l’Afrique du Sud, Ousmane Sonko du Sénégal, Proscovia Oromait de l’Ouganda qui n’avait que 19 ans en 2012 lorsqu’elle est devenue la plus jeune députée au monde, ou encore Nelson Chamisa du Zimbabwe.

Outre les élites politiques, on note également l’émergence d’élites intellectuelles africaines qui veulent participer à l’achèvement de l’émancipation du continent, par la naissance d’une pensée africaine décolonisée. Dans leurs rangs, on peut citer le Ghanéen Kwame Anthony Appiah, les Sénégalais Ousmane Bachir Diagne et Felwine Sarr, les Camerounais Achille Mbembe et Jean-Godefroy Bidima, le Zimbabwéen Sabelo Ndlovu-Gatsheni, le Togolais Kako Nubukpo ou encore les Franco-Camerounaise Léonora Mianoet et Franco-Congolaise Nadia Yala Kisukidi. Les hommes d’affaires, responsables d’entreprises participent également de cette classe de nouveaux leaders dont la contribution est indéniable pour parachever l’émergence du continent. Le Nigérian Aliko Dangote, qui trône en tête du classement des personnes les plus riches du continent symbolise bien cette catégorie.

Pour toutes ces personnalités, « il n’y a/aura pas de prospérité sans une politique dynamique, diversifiée et véritablement compétitive, fondée sur l’excellence, la transparence et l’engagement envers le bien public ».

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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