Association for Free Research and International Cooperation

Abus commis contre les fonctionnaires : Un phénomène devenu récurrent dans les administrations

05.01.2020
Article de la rédaction AFRIC
Médiateurs, enseignants, praticiens hospitaliers, régisseurs, agents d’accueil, et bien d’autres, sont fréquemment confrontés à de violences physiques et /ou morales au quotidien. Malgré les formes les plus massives de la violence dans les services publics, le souci de la sécurité des fonctionnaires devrait demeurer une préoccupation permanente.

En Afrique, il suffit parfois d’une file d’attente un peu longue, d’un trop-perçu exigé avec insistance, d’un refus signifié de manière un peu brutale pour que la situation dégénère dans nos banques, établissements scolaires, hôpitaux et bien d’autres services. Ce tempérament provient généralement d’un patient ou d’un client.   Or, les africains sont sans toutefois ignorer que, pour obtenir un emploi, nécessite de surmonter les obstacles du cursus universitaire mais aussi la longue période de galère baptisé « l’after school ».  Mais au cours de leur rude itinéraire professionnelle, ont- ils en un instant imaginé intégrer au-delà des risques liés à leurs exaltants métiers, que leur vie propre pouvait être en danger. De surcroit dans leur lieu de service surtout lorsqu’ils voient leur rêve ardent de jeunesse devenu r éalité ? Non. Pourtant Docteur Cécile Koumou médecin en service dans un hôpital de district au Cameroun, se souviendra à jamais, cette nuit du 3 novembre 2019, où quatre garde-malades fous furieux l’ont molesté. Jusqu’à lui causer une confusion de l’épaule.

Toute sa vie, Louisette Alem, enseignante à l’école publique garage militaire, gardera dans sa carte grise cérébrale la date du 9 septembre 2019. Ce fameux jour où un militaire enragé l’a violemment tabassé jusqu’au coma pour venger son fils qu’elle aurait puni la veille.  – t-il ce n’était que des signes prémonitoires.   Du nord au Sud en passant par  l’Est et l’Ouest de l’Afrique, une semaine ne saurait s’achever sans que le secteur de l’éducation ou de la santé ne soit agressé. Plus, les enseignants sont devenues les cibles principales des sauts d’humeur des élèves ou de leurs géniteurs.

D’aucuns justifient cette hausse inédite par une relation à distance entre l’agent et le public qui exaspéré par l’accentuation des réponses standards au détriment des réponses individuelles sollicitées. Par contre, certains parents et élèves, imbus de leur statut social, estiment que le règlement intérieur de dans l’enseignement aujourd’hui ne permet pas à l’apprenant de s’épanouir dans le cadre spatio temporel. Ainsi considérés des êtres à part entière auprès de leurs parents, une fois réprimandés à l’école, les géniteurs arborent leur costume professionnel, qui selon eux, leur donne le pouvoir de porter atteinte à la dignité d’un agent public. D’autres, optent se munir d’armes blanches pour leur auto défense au sein de l’établissement. Plusieurs cas ont d’ailleurs été dénombrés dans des écoles privés et publics du Cameroun. Ici, l’on pointe le doigt accusateur aux chefs d’établissement qui ont baissé  la garde sur la sécurité du corps éducatif.

Le corps enseignant est devenu un vrai chemin de croix. Les fonctionnaires en zone de crise sont les plus affligés. Depuis 2016, et plutôt, la persévérance des exactions dans le Sahel plus au Mali, Burkina Faso et au Cameroun sont des preuves  palpables. Il ne passait pas une journée sans assassinat des hommes en tenue, des prélats qui ont essuyé des balles en plein exercice. Le cas le plus récent a été celui de la gardienne de prison, froidement décapitée dans le nord-ouest du Cameroun. Il en est de même dans les formations hospitalières où c’est le dernier patient qui sème la pagaille dans l’enceinte. Sa prise en charge doit être immédiate de risque d’écoper un licenciement parce que l’on est le protégé de X ou de Y…

Toutefois, le profil des usagers s’en prenant aux agents publics se diversifie. On trouve désormais parmi les auteurs, des individus bien intégrés socialement. Une réponse négative d’une administration, ou un refus d’obtempérer aux conditions de travail proposé par le supérieur hiérarchique sous forme de chantage,  peuvent aboutir à des actes violents. Et une femme sur sept agressions en souffre. De tels agissements qui n’honorent non pas seulement les pays concernés mais le continent africain, berceau de l’Humanité. Bref ça va dans tous les sens au sein de la Fonction publique. Plus moyen d’exercer son rêve tant caressé dans la sérénité. Seuls la peur, l’angoisse et la méfiance règnent.

Mais si la menace ne se limite qu’aux populations défavorisées, c’est dans les quartiers les plus désavantagés qu’elle reste fréquente. Le sociologue Sebastian Roché explique d’ailleurs clairement «  les fonctionnaires visés sont avant tout considérés comme « étrangers » au quartier. De ce fait, à défaut d’avoir un statut social reconnu, certains jeunes s’identifient en  autochtones ». Donc s’en prendre à un agent d’Etat qui le traverse, c’est une manière pour eux de s’en prendre à l’état. Pourtant, la présence des employés publics dans de pareils endroits devrait être une aubaine pour les populations afin de « lutter contre la relégation territoriale », a ajouté Sebastian Roché.

Le fonctionnaire et la  politique

Au Mali, dans l’Art 17 de la Loi n° 02- 053 du 16 décembre 2002 portant statut général des fonctionnaires, et au Cameroun dans le Décret n° 2000/359 du 05 décembre 2000 portant statut particulier des fonctionnaires du corps de l’Education nationale à l’Art. 65, tout fonctionnaire est libre de ses opinions politiques, philosophiques et religieuses. Mais le corps de l’Education nationale est tenu de s’abstenir de toute manifestation ou réunion politique dans l’enceinte d’un établissement scolaire. L’art.8 de cette Loi camerounaise le met clairement à nu.

Cependant, au regard de la situation précaire des fonctionnaires, si l’administration a vocation à gérer la chose publique, à servir l’intérêt général ou commun, il apparait logique que des individus cherchent à l’instrumentaliser ou à le personnaliser, pour servir leurs intérêts. La politisation de l’administration africaine est une réalité évidente. La confiance entre le pouvoir politique et l’administration semble indispensable à la bonne marche du gouvernement. L’exigence accrue d’efficacité des services publics pose en particulier la question de la compatibilité entre la réalisation des objectifs politiques et le souci de la bonne gestion. Entre compétence technique et loyauté politique se situe la question de la politisation. C’est pourquoi en  Afrique, n’est fonctionnaire que celui qui épouse les idéologies politiques de l’appareil étatique. Ce qui freine la bonne marche d’un Etat et par ricochet entraine des mouvements d’humeur au sein de la société. .

Responsabilité de l’état

Au Zimbabwé, l’article 23 de la loi N°93-09 du 18 janvier 1993, au Djibouti l’art. 11 de la Loi n° 48/ AN/83/1ère L du 26 juin 1983 et au Cameroun selon la Loi n° 98/004 du 14 avril 1998 d’orientation de  l’éducation, article 37 alinéa, 2, l’Etat est tenu de protéger le fonctionnaire contre les menaces, violences, vote de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victime à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté.

Dans la même logique, «  les conditions d’hygiène et de sécurité sur le lieu du travail sont définies par arrêté du ministère chargé du Travail, pris après avis de la Commission nationale de santé et de sécurité au travail » Ce qui a expliqué la répression du ministre de la Santé publique camerounaise Manaouda Malachie qui  dans un tweet  a déclaré que tout comportement agressif envers son personnel pourrai donner suite à des poursuites judiciaires contre les auteurs de violence. Le Syndicat des médecins a également proposé un accompagnement judiciaire pour ceux qui envisagent porter plaintes contre leurs agresseurs.

Avouons-le ! Les attaques contre les agents publics aboutissent rarement à des condamnations judiciaires parce que le phénomène d’agression des fonctionnaires est peu connu de l’opinion publique, des décideurs, des leaders d’opinion et bien d’autres. Souvent même, les responsables de justice se contentent d’un simple rappel à l’ordre, une décision par la suite approuvé par le juge. Et selon le document Rapport violences et santé, « cette faible visibilité est due en grande partie au fonctionnement cloisonné des organisations de service public à l’insuffisant reflexe d’enquêtes de la tutelle. De même aux préoccupations « court terme » de nombreux élus et décideurs qui n’ont pas suffisamment perçus et analysés les signes ainsi que les conséquences de la montée en puissance de la violence

Le Cameroun et le Zimbabwé ne sont pas de cas isolés. Ces dernières décennies, les agents du service public ont encaissé des coups dans l’indifférence générale. Pourtant selon Rapport violence et la sante, publié en 2002 par l’Organisation mondiale de la santé OMS a affirmé que la violence doit être considérée comme une question de santé publique en étudiant quel rôle nous avons à jouer pour prévenir le phénomène de violence et son impact sanitaire.

Et si l’on prend en compte les conséquences de l’exposition à la violence, la situation devient qualitativement inquiétante. Les employeurs ont l’obligation d’évaluer et de prévenir les risques. C’est peut-être dans ce sillage que les éducateurs ainsi que la société civile en général, qui sollicitent l’intégration d’une formation militaire dans tous les concours de la fonction publique.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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