Association for Free Research and International Cooperation

Disparition imminente du FCFA, l’ECO est-elle sa renaissance ?

14.01.2020
Clifton Ellis de la rédaction AFRIC
Lorsque Sékou Touré, premier président de la République de Guinée avait décidé de mettre fin à la domination coloniale française sur son pays en 1958, en optant pour l’acquisition l'indépendance de son pays, l'élite coloniale française de Paris, dont la fierté avait été blessée, avait décidé de se lancer dans des représailles d’un autre genre. Elle a choisi de tout détruire en Guinée ce qui représentait ce qu'ils appelaient les « bénéfices de la colonisation française ».

Environ trois mille Français ont quitté le pays, emportant tous leurs biens et détruisant tout ce qui ne pouvait pas être déplacé : les écoles, les crèches, les bâtiments de l’administration publique ont été détruits, des voitures, des livres, des médicaments, des instruments d’institut de recherche, des tracteurs ont été écrasés et sabotés, des chevaux, des vaches dans les fermes ont été tués et la nourriture dans les entrepôts a été brûlée ou empoisonnée.

Le but de ces actes de rancune et de représailles était d’envoyer un message clair à toutes les autres colonies que les conséquences d’un rejet de la France seraient très élevées. La peur s’est donc propagée à travers l’élite africaine, et personne après les événements de Guinée n’a jamais trouvé le courage de suivre l’exemple de Sékou Touré, dont le slogan était « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à l’opulence dans l’esclavage ». Malheureusement, il n’a plus vécu assez longtemps pour voir son pays libéré de la domination française. Le parallèle entre l’histoire vécu par la Guinée de Sékou Touré et la monnaie CFA qu’utilisent actuellement les pays africains de la zone franc reflète une cruelle réalité.

Le franc CFA enfreint la Convention des Nations Unies

En vertu des dispositions de l’article 52 de la Convention de Vienne sur le droit des traités, il tente de définir les obligations internationales des États souverains engagés dans la conclusion de traités avec d’autres nations. Un thème sous-jacent de la Convention de Vienne est qu’un traité est nul si un signataire a été contraint de donner son consentement. L’article 52 annule expressément tout traité obtenu par la menace ou l’emploi de la force en violation des principes du droit international consacrés dans la Charte des Nations Unies. Il doit donc être relevé que, compte tenu de l’histoire de la domination de la France sur ses anciennes colonies, de nombreux accords qu’elle (la France) a conclus avec les nations nouvellement formées ont été conclus sous la contrainte, ce qui rend le franc CFA illégal en vertu de l’article 52 de la Convention. Le parallèle avec ce qui se passe dans la partie Ouest du continent n’est pas très éloigné.

Compte tenu de la gravité et des répercussions des décisions prises par les gouvernements ouest-africains sur les conditions défavorables convenues dans le cadre des mécanismes du franc CFA, des questions importantes se posent. La première est de savoir « comment se fait-il que des gouvernements remplis de la fierté d’être à l’abri de l’impérialisme français puissent prendre de telles décisions contre les intérêts de leur propre nation ? » Cela devient un cas très pertinent à traiter à l’Assemblée générale des Nations Unies via introduction d’une résolution pertinente permettant d’examiner les termes, conditions et circonstances générales dans lesquels ces contrats ont été signés. La France, qui a un siège au puissant Conseil de sécurité des Nations Unies, possède une capacité extraordinaire de défendre les intérêts de ses élites, quelle que soit la force ou juste une défense contre l’exploitation française est formulée, ce qui désavantage politiquement les pays qui pourraient soulever ces préoccupations auprès de l’ONU. Lorsqu’on aborde l’histoire de la coercition française et de l’intimidation des États africains, toute une série d’exemples palpables est visible.

On estime que la France détient actuellement environ 500 milliards de dollars des pays africains dans sa trésorerie, et ferait tout pour empêcher que la lumière soit jetée sur cette politique immorale et contraire à l’éthique.

Ces pays qui ont un accès limité au capital et au crédit, sont autorisés par la France à accéder à 15% de leur propre argent au cours d’une année donnée. S’ils ont besoin de plus que cela, ils doivent emprunter l’argent supplémentaire de leur propre 65% au Trésor français à des taux commerciaux Incroyable. La France impose un plafond sur le montant d’argent que les pays peuvent emprunter à la réserve à 20% de leurs recettes publiques l’année précédente. Si les pays doivent emprunter plus de 20% de leur propre argent, le Trésor français dispose d’un droit de veto. Dans un moment de candeur rare sur la question du franc CFA, Jacques Chirac avait admis qu’eux, «  les français devaient être honnêtes, et reconnaître qu’une grande partie de l’argent dans leurs banques provient précisément de l’exploitation du continent africain ». Complice passif de tout ce subterfuge, la communauté internationale a trop longtemps laissé ce crime sans surveillance.

Monaie  vs devise

Les économistes français aiment vanter l’efficacité et l’adéquation du franc CFA pour les anciennes colonies africaines françaises en dénonçant la convertibilité garantie avec l’euro (auparavant la convertibilité avec le franc français) et les faibles taux d’inflation qui peuvent être assurés sous les exigences fiscales du Trésor français. Cependant, une question flagrante demeure : « pourquoi un État souverain se laisserait-il enfermer dans une simple veste monétaire et macroéconomique pour un maigre rendement d’environ 0,2% par an sur un vaste investissement de 500 milliards de dollars ? » La convertibilité est importante mais la convertibilité peut être accomplie via le FOREX. L’inflation doit être maîtrisée, mais une monnaie trop forte peut rendre les exportations d’un pays non compétitives. Ce n’est pas une tâche facile d’accomplir des compétences budgétaires, mais ce n’est pas non plus sorcier puisque les pays africains comme le Ghana l’ont démontré. La mise en œuvre est possible avec des politiques budgétaires rigoureuses tout en maintenant une gestion appropriée de la masse monétaire et des taux d’intérêt.

Il y a quatre caractéristiques de la monaie :

  • Portabilité : facilement transférable d’une personne à une autre, pour faciliter l’échange d’argent contre des produits ;
  • Durabilité : doit durer lorsqu’il est manipulé et ne se brise pas lorsqu’il est détenu en tant que réserve de valeur ;
  • Divisibilité : devrait être facilement divisible en unités plus petites, afin que des personnes puissent en utiliser autant que le besoin s’impose pour toute transaction ;
  • Offre limitée : l’argent doit être disponible, mais uniquement en quantité limitée.

Il y a deux exigences d’argent ; il doit être convertible avec d’autres devises et en échange de biens et services et il doit être un magasin de valeur. Une réserve de valeur garantit que la valeur est maintenue intacte, que ce soit aujourd’hui, demain ou dans le futur pour un échange en fonction de son poids ou de son volume. L’argent conservera toujours sa valeur car il est intrinsèquement utile.

La monnaie Fiat possède une convertibilité mais n’est pas une réserve de valeur garantie contrairement à l’argent qui est à la fois convertible et possède une réserve de valeur inhérente.

Au cours des dernières années, le système monétaire standard d’or (et / ou d’argent) a été le plus efficace pour maintenir la stabilité économique à long terme. Les limites qui émergent de la mise en œuvre de l’étalon-or, c’est-à-dire la flexibilité limitée pour accroître le crédit au sein du système économique à un taux proportionnel au potentiel de croissance économique d’un pays qui tend au ralentissement économique et à la récession s’il n’est pas corrigé, sont largement exagérées. L’ironie est que c’est exactement ce qui est nécessaire pour limiter les comportements à risque et la spéculation des banquiers et du monde des affaires. Il existe des risques déflationnistes avec l’étalon-or. Cependant, à la lumière de la débauche financière qui a embourbé les services financiers et le secteur bancaire au cours des deux dernières décennies, la responsabilité financière et la responsabilisation via la minimisation des risques sont exactement ce qui est nécessaire au cœur de la situation financière actuelle. Système qui devrait se produire après une réinitialisation financière mondiale par rapport aux produits de base (OR).  Toute idée qui conforte la pensée de JP Morgan qui avait déclaré très clairement que : « l’or c’est de l’argent, tout le reste est du crédit ».

La souveraineté, le chemin du destin

La position de la France au sein du Conseil de sécurité des Nations unies lui confère un effet de levier extraordinaire sur ses anciennes colonies en plus de son droit de veto sur les politiques budgétaires des pays de la zone Franc. « Comment les dirigeants africains ont-ils pu entrevoir qu’ils pourraient jamais être autorisés à exercer une réelle indépendance avec une position aussi désavantageuse qu’est la zone du franc CFA ? Depuis quand les Français ont-ils fait quoi que ce soit pour leurs anciennes colonies, à moins que ses élites en bénéficient exclusivement ? Quand les Français ont-ils déjà exprimé un véritable esprit d’altruisme dans les relations internationales ?  »

Le compromis à la souveraineté est incontournable sans indépendance fiscale et contrôle macro-économique. Si une entité extérieure qui ne répond pas aux citoyens d’un pays se voit attribuer un siège à la table la plus importante, alors vous avez accepté un système décrépit qui ne manquera pas d’aboutir à un résultat contraire aux intérêts du peuple. Le véritable pouvoir économique et monétaire réside dans le potentiel productif de la population et non dans les garanties données par la France, entité extérieure qui agit beaucoup plus dans  « l’exploitation ». La monnaie n’est qu’un instrument qui doit être joué au rythme des exigences économiques d’un pays spécifique, et non dans une zone de pays, à moins que cette monnaie ne soit adossée à un panier de produits de base en possession des pays qui souhaitent faire partie de cette zone monétaire.

En aucun cas, un investisseur ambitieux qui représente son propre intérêt n’accepterait un rendement annuel de 0,2% sur un investissement de 500 milliards de dollars. Par conséquent, sans trop d’imagination, on pourrait facilement déduire que les dirigeants africains acceptent ces conditions défavorables parce que trop dépendants des éléments suivants : font l’objet de chantage, d’extorsion ou d’une forme de pot-de-vin parce que rien d’autre ne peut être raisonnablement conclu. Aucun des éléments susmentionnés, y compris l’incompétence, ne peut être accepté par une population africaine croissante avec des ambitions importantes.

Le 45e président des États-Unis, le nationalisme économique américain Donald J. Trump offre un changement de paradigme et une opportunité pour chaque pays de se défendre sur le plan économique. Les pays doivent maintenant modifier stratégiquement leur approche, loin de la réflexion sur les accords commerciaux multilatéraux, et s’orienter vers des accords commerciaux bilatéraux plus rationalisés afin d’en tirer un maximum de bénéfices économiques. À cette époque, les pays capables de déterminer des politiques macroéconomiques optimales fondées sur des politiques industrielles globales compatibles gagneront la course économique à la prospérité.

Les pays africains ne peuvent plus se permettre que des entités extérieures leur dictent leur avenir. L’Afrique n’a plus d’autre choix que d’envisager l’avenir qu’elle désire et d’élaborer une stratégie à accomplir par une réflexion stratégique, une planification et une exécution via des négociations astucieuses avec ses partenaires à partir de la région. Ce n’est qu’à travers ces étapes, adossées  sur des bases solides d’indépendance et de souveraineté que les désirs des jeunes pourront être satisfaits par leurs élus.

Les soutiens de l’ ECO

En mettant en lumière l’histoire des mauvaises décisions prises par les dirigeants ouest-africains en ce qui concerne l’acceptation du mécanisme défavorable du franc CFA, il faut être conscient dès le début pour s’assurer que ces « erreurs » ne se répètent pas en ce qui concerne la nouvelle monnaie ECO. Le président Macron a apporté son soutien à l’ECO et a tiré plusieurs anciennes colonies françaises vers son plan, le plan français. Il estime que l’ancrage entre l’ECO et l’euro doit rester intact ; une politique qui a été étrangement partagée par Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, qui a lui-même reconnu la nécessité d’aller au-delà du CFA. Macron supplie en fait l’Afrique de capituler devant la supériorité européenne car, pourquoi l’Afrique devrait-elle laisser sa monnaie être dictée par le flux et le reflux des caprices de banquiers européens ? Pourquoi ne pas avoir sa propre monnaie flottante, indépendante, adaptée à sa dynamique économique ? La version du changement de Macron est plus de la même exploitation qui profite à l’élite française qu’il représente. Heureusement, cependant, le Ghana est totalement contre l’idée d’un lien entre l’ECO et l’euro. Le président du Ghana, Nana Akufo-Addo, a indiqué la détermination de son pays à rejoindre l’ECO qui remplacera le franc CFA soutenu par la France dès la mi-2020 dans huit pays de la région. Akufo-Addo a souligné que le Ghana est déterminé à faire tout ce qui peut être fait pour permettre leur qualification et leur participation dès la création de l’éco, car il pense que cela aidera à éliminer les barrières commerciales et monétaires qui empêchent le développement économique de la région.

La position du Ghana qui s’oppose au maintien de l’éco attaché à l’euro et exhortant les autorités régionales à travailler rapidement vers « l’adoption d’un régime de change flexible » est la position qui permet un maximum d’indépendance par État. Mais, cela ne fonctionnera que si les produits de bases, adossées au soutien de l’ECO, peuvent être acquis dans tous les États membres participants, permettant à chacun de pouvoir lever des capitaux directement auprès de ses propres industries.

 

Clifton Ellis de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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