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2019, l’année du black power dans les concours de beauté

11.01.2020
Article from AFRIC Editorial
L’année 2019 a été celle du black power dans les grands concours de beauté. Loin des clichés habituels ont a assisté à un couronnement de jeunes femmes noires dans des compétitions prestigieuses telles que Miss Monde et miss Univers. Sur le plan national Miss France, Miss Algérie, miss America, miss Etats-Unis et Miss teen USA se sont ajoutés à la liste de concours ayant propulsé au firmament la femme noire longtemps stigmatisée par des canons de beauté conventionnels. Dans un monde en pleine mutation, ces compétitions sont empreintes d’enseignements notamment en ce qui concerne la barrière de la couleur de peau qui semble être tombé pour les concours de miss.

Ces couronnements inédits sont d’autant plus surprenants lorsqu’on sait que dès leur création dans les années 1920, les concours de beauté étaient défendus aux femmes de couleurs. Même lorsque ces interdits ont été abolies, la nature des cheveux et la pigmentation de la peau ont continué de nourrir des frustrations.

Zozibini Tunzi, la miss univers aux cheveux crépus

Avec le couronnement de la sud-africaine Zozibini Tunzi au concours de miss Univers, c’est le mouvement Nappy qui prône le retour au « natural hair » qui est honoré. La jeune femme du haut de ses 26 ans faisait pourtant tâche au milieux des 80 candidates de cette compétition avec ses cheveux coupés courts et crépus et sa peau ébène. Pourtant elle a réussi à briser tous les stéréotypes en devenant la 68e gagnante de ce concours de beauté et pratiquement la seule lauréate depuis la création de ce show en 1952 à arborer une telle texture de cheveux.

En plus de son style qui a marqué les esprits le 08 décembre 2019, à Atlanta, Zozibini Tunzi s’est démarquée par son charisme et son discours sur le leadership des jeunes filles ainsi que son engagement pour les droits des femmes. Ses origines africaines ne sont en aucun cas la raison pour laquelle son sacre est inédit. Car bien avant elle, quatre autres jeunes africaines l’on précédé sur la plus haute marche du podium à savoir deux sud-africaines blanches Margaret Gardiner (1978) et Demi leight Nel-Peters (2017), la namibienne Michèle Mc Lean (1992), la Botswanaise Mpule Kwelalobe (1999) et l’angolaise Leila Lopez (2011).

Ce qui distingue Zozibini Tunzi, des quatre autres africaines lauréates bien avant elle du concours miss Univers, est sa chevelure courte afro. Propulsé sur les feux de projeteurs à la suite du verdict prononcé en sa faveur, elle a profité de cette heure de gloire pour lancer un message fort fustigeant le monde dans lequel elle a grandi, où le qualificatif de « belle » n’est pas attribué aux femmes ayant son type de peau encore moins son style de cheveux.

La première femme noire sacrée miss Univers est cependant la trinidadienne Janelle Commissiong. Durant ce même concours remporté en 1977, elle sera aussi désignée la miss la plus photogénique. Janelle Commissiong se fera pendant son règne porte-parole des droits des noirs et des personnes d’ascendance africaine victimes d’exclusion raciales. Dans son pays Trinidad et Tobago trois timbres postaux ont été émis à son effigie.

Miss Monde 2019 : deux candidates noires sur le podium

Elue miss monde 2019, Toni-Ann Singh est devenue la quatrième jamaïcaine de l’histoire du dit concours à monter sur la plus haute marche du podium. La jeune femme de 23 qui rêve d’une carrière de médecin avait pour première dauphine, la française Ophely Mezino miss Guadeloupe 2018 et première dauphine de Miss France 2019. La Guadeloupéenne par cette deuxième place étant la candidate européenne la mieux classée s’en tire également avec le titre de Miss world Europe.

Rien ne prédestinait pourtant la guadeloupéenne Ophely Mezino candidate de la France à ce passage élogieux à Miss world.  N’étant que la première dauphine du concours national remportée par Vaimalama Chavez (Miss Polynésie 2018), elle a représenté la France à Miss monde et à Miss Univers suite à l’absence de cette dernière appelée à prendre part à aux préparatifs de l’élection Miss France 2020 prévue en Polynésie. Tombée à une marche du podium, Ophélie Mezino devient la deuxième française à occuper cette position après Marine Lorphelin en 2013. Sa place sur le podium auprès de la jamaïcaine Toni-Ann Singh, est une petite révolution pour les adeptes du black is beautiful ravies de cette avancée dans les prestigieux concours de beauté qui ont souvent mis en avant les standards de beauté caucasiens et latino-américain.

Miss America, Miss USA et miss Teen USA, une révolution dans une Amérique blanche conservatrice

Le 09 septembre 2019, Nia Franklin représentante de New York vit un rêve éveillé. La magnifique jeune femme à la peau foncée originaire de Winston-Salem en Caroline du Nord, sacrée Miss America devient la 3e femme noire à accéder au trône en 92 éditions. Plus qu’une victoire individuelle il s’agit d’un message fort qui témoigne du changement de mentalité pour cet évènement interdit dans les années 30 aux femmes de couleurs. Une mesure discriminatoire qui est d’ailleurs à l’origine de la création aux Etats-Unis de Miss Black America et Miss Black USA.

L’actrice Vanessa William célèbre pour son rôle dans la serie Desperate Housewives, est la première femme noire gagnante en 1983 du concours Miss America. Un sacre qui sera malheureusement de courte durée car ternie par la polémique née de la couleur de sa peau. C’est une Vanessa William dépressive qui finira par abandonner sa couronne remise par le jury à sa deuxième dauphine Suzette Charles également afro américaine. Devenue 32 ans plus tard membre du jury de Miss USA, elle bénéficiera d’excuses publiques et sa couronne lui sera restituée. Contrairement au règne de ces deux premières reines de beauté black intervenus dans une Amérique minée par un racisme assumé, celui de Nia Franklin obéit à l’effet mode du ≠blackgirlmagic. Car en 2019 aux Etats-Unis, deux autres concours d’envergure ont été remporté par des jeunes femmes noires à savoir Miss USA par Cheslie Krys et Miss teen USA avec comme lauréate Kaliegh Garris.

Miss France 2020 et Miss Algérie 2019, des reines de beauté victimes de racisme

La France et l’Algérie n’ont pas échappé à l’effet mode des reines de beauté noires. Au soir du 14 décembre 2019, la Guadeloupéenne Clémence Botino est devenue à 22 ans, la 90e miss France. Mais juste quelques heures après sa victoire, elle a été ciblée par des propos racistes et haineux sur la toile de la part d’internautes mécontents des résultats du vote final. La guadeloupéenne n’est pourtant pas la première femme noire ou métisse à être désignée plus belle femme de France. Bien avant elle, deux autres guadeloupéennes Véronique de la Cruz et Corine Coman ont été sacrées miss France en 1993 et 2003. La franco-rwandaise Sonia Rolland miss (France 2000), la franco-américaine Cloé Mortaud (Miss France 2009), la franco- béninoise Flora Coquerel (miss France 2014) et plus récemment Alicia Aylies miss (France 2017) originaire de la Guyane et de la Martinique sont toutes des jeunes femmes de couleurs qui ont eu le privilège de porter sur leur chevelure le précieux diadème. Malgré leur plastique de rêve, être une miss France noire ou métissée n’a jamais été un règne de tout repos dans une France pourtant multiculturelle.  Sur Facebook, la Franco rwandaise Sonia Rolland affirmera des années après son sacre, avoir reçu à la suite de son élection plus de 2000 lettres de propos haineux et même des menaces de mort de la part de partisans du Fron National pour qui elle n’était pas digne de représenter la France.

« Sur mon paillasson, je retrouvais de la merde de chien ainsi que sur le poignet de mon appartement… J’ai décidé à l’époque de ne pas en parler car c’était offrir une tribune à cette minorité de haineux ».  Sonia Rolland Miss France 1999

Corine Coman (Miss France 2003) selon Geneviève de Fontenay, ex directrice du comité miss France aurait été snobée par le célèbre magazine Paris Match qui ne lui a pas accordé sa une après son élection pour la simple raison qu’une noire à l’affiche ce n’est pas accrocheur.

Malgré les critiques survenues après son élection par le vote du public, les admirateurs de la nouvelle miss France se félicitent de ce qu’en plus d’un physique attrayant elle soit dotée d’une tête bien pleine. Car il faut le préciser la jeune femme étudiante à la Sorbonne en première année de master d’histoire de l’art est arrivée première du quiz de culture générale. Un passage obligatoire pour les concurrentes.

Le racisme qui cible les reines de beauté en France n’a pas épargné Khadjidja Benhamou élue Miss Algérie 2019. La ravissante demoiselle originaire du Sud du pays et dont la peau mate n’est pas du goût de tous les internautes algériens, a reçu de nombreux insultes à cause de sa peau jugée trop sombre. Selon certains analystes ce déferlement de haine sur les réseaux sociaux témoigne de l’existence du racisme anti-noire dans les mentalités en Afrique du Nord, mais surtout du problème de l’identité africaine en Algérie, un pays qui connait une diversité qui n’est malheureusement pas représentée dans la politique et les médias.  Khadjidja Benhamou qui a décidé d’ignorer ses détracteurs peut compter sur le soutien de nombreux mouvements de solidarité qui ont décidé de prendre sa défense.

Distinguées dans les grands concours de beauté à l’orée de l’année 2019, les femmes de couleurs comme l’a souligné le New York Time, n’ont jamais autant brillé en une année dans ce type d’évènement. Alors qu’on entre dans une nouvelle décennie, leur place sur le haut de l’affiche est la preuve qu’au-delà des préjugés qui ont souvent caractérisé les concours de miss promoteurs d’une beauté standardisée, un grand pas a été franchi.

Article from AFRIC Editorial

Photo Credit: google immage/illustration

 

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