Association for Free Research and International Cooperation

Situation politique et sociale en Côte d’Ivoire : l’avis des experts

15.01.2020
Article de la rédaction AFRIC
À la veille d’une élection présidentielle qui s’annonce décisive en Côte d’Ivoire, plusieurs péripéties qui pourraient rappeler les heures sombres de la sphère politique du pays se sont succédé. Entre le rejet de la démocratie dont l’estimation faite par les ambassadeurs de l’Union Européenne traduit une fébrilité institutionnelle et des fragilités non résorbées liées à des faillites politiques importantes de la reconstruction sociale, le projet de la nouvelle monnaie ECO adoubé dans la controverse par le président Alassane Ouattara et l’éviction systématique de certains potentiels candidats pour les échéances d’octobre 2020, le choix n’est pas donné pour pouvoir expliquer de quoi sera fait les lendemains du pays de Félix Houphouët-Boigny. Se targuant d’avoir un « bilan qui est inattaquable » suite à ses succès dans la sphère macroéconomique, le président Ouattara semble vouloir faire fi des tensions politiques qui ont ressurgi et qui pourraient trainer avec elles un flot d’incertitudes et d’inquiétudes dans la perspective d’une élection électorale paisible

Fort d’un destin croisé politique avec la Guinée du président Alpha Condé, les élections présidentielles à venir pour ces deux pays frontaliers de l’Afrique de l’Ouest vont peut-être, sonnées le glas des « fausses démocraties » ou permettre la pérennisation des systèmes en place ; toute idée qui, sommes toutes regrettable, pourrait, d’après plusieurs experts, ouvrir la brèche à de nouvelles vagues de violences post électorales. La particularité ici étant la difficulté à pouvoir organiser une alternance paisible au sommet de l’État sans contestation, les ivoiriens, pour la majorité conscient des enjeux qui se préparent, auront fort à faire pour se débarrasser des stigmates de la crise politique de 2010-2011 qui avait causé la mort de milliers de personnes. Pour comprendre les circonstances entourant les évènements qui vont suivre, une autopsie de la situation politique et sociale actuelles du pays a été réalisée. Elle a permis de prendre en compte les avis partagés de plusieurs experts d’horizons diverses sur les questions politique, économique et sociale qui font l’actualité de la Côte d’Ivoire.

Appréciation de la politique du président Alassane Ouattara

Plusieurs experts sont unanimes sur le fait que, depuis son arrivée au pouvoir en 2011, le président Alassane Ouattara, réélu en 2015, a apporté beaucoup de choses positives dans la réalisation d’une véritable émergence du pays. L’impact est beaucoup plus visible sur le plan macroéconomique où, « le président Ouattara a eu de nombreux succès avec des taux de croissance moyenne de 8% à 9% par an depuis 2012, un taux d’inflation maitrisé de 1% à 2% et un déficit budgétaire seulement autour de 3% à 4% », avance un patron de média ivoirien, membre du bureau ivoirien des droits de l’homme. Avec lui, plusieurs autres experts sont unanimes sur le fait que les deux mandats effectués par le président Ouattara ont permis une nette amélioration de la situation sociale dans le pays avec en prime la construction de plusieurs infrastructures et l’extension du réseau d’eau et d’électricité. À leur suite, un autre acteur majeur, journaliste politique, rédacteur au groupe les Éditions Ivoiriennes ne manque pas de soulever les deux points qui font des mandats du président Ouattara une réussite sur le plan socio-économique. Pour ce journaliste, les réussites observées autour de la mise sur pied de la couverture maladie universelle et le renforcement du programme de gratuité de l’école primaire / Programme de Scolarisation Obligatoire (PSO) sont suffisant pour donner du crédit aux réalisations du président sortant. Pour un cadre, chargé des programme à la fondation Friedrich Naumann, qui résume très bien la situation, « malgré les critiques, la Côte d’Ivoire a connu ces neuf dernières années un bond extraordinaire pour ce qui est de sa politique sociale et économique ». C’est dire que malgré tout cet embellie, des critiques sont néanmoins formulées à l’endroit du président Ouattara qui n’a pas donné pleine satisfaction à tous les ivoiriens.

Les critiques formulées à l’endroit du président Alassane Ouattara et de sa politique font état d’un non accomplissement de plusieurs promesses de campagne qui, si elles avaient été tenues, auraient contribué à améliorer nettement la vie des ivoiriens. Dans cette perspective, le plus grand échec observé jusqu’aujourd’hui reste la « faiblesse autour de l’implémentation d’une véritable cohésion sociale en Côte d’Ivoire », précise un Doctorant en Science et Gestion de l’Environnement et acteur majeur de la Maison de l’étudiant de l’université Nangui Abrogoua. Pour lui, le processus de réconciliation national n’a pas été véritablement manifeste, alors même qu’il s’agissait de l’une des plus grandes attentes de la classe sociale ivoirienne. Combiné à tout cela, d’autres critiques ont été formulées. Un membre bien introduit du bureau ivoirien des droits de l’homme, patron de média ne s’est pas ainsi empêché de lister l’inégalité dans la répartition des richesses, le sentiment de restriction des libertés publiques marqué par la volonté manifeste de fragilisation des partis politiques d’opposition, l’environnement politique délétère crispé par les rancœurs de la crise post-électorale encore vivaces et le sentiment d’une justice des vainqueurs.

Tous ces manquements confortent la position de ceux qui pensent que la Côte d’Ivoire a plus besoin de changement dans la politique du président Ouattara plutôt que d’une continuité. Mais, contrairement à ces derniers, d’autres experts, militent plutôt pour un ajustement de certaines postures politiques et la prise en compte des aspirations de certaines populations qui s’estiment encore en marge de la gouvernance politique et économique. Ces experts s’inscrivent à la suite du patron d’un média ivoirien, membre ivoirien du bureau des droits de l’homme.

Le questionnement du contenu de la feuille de route des prochaines élections présidentielles

Le contenu de la feuille de route des prochaines élections présidentielles en Côte d’Ivoire reste assez flou compte tenu de la forte emprise que le pouvoir détient sur l’organe en charge de l’organisation des élections. Pour le journaliste politique, rédacteur au groupe les éditions ivoiriennes et l’une des rédactrices en chef de Go Médias, membre du bureau de l’union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire, « la société ivoirienne a besoin d’une commission électorale indépendante qui le soit réellement ». Toujours pour eux, l’autre point important que réclame la société réside autour de la réclamation d’une vraie démocratie et au niveau du rattrapage ethnique. De manière générale, même si les demandes de la société civile ne sont pas uniformes, elles aspirent néanmoins presque toutes à la réclamation d’élections apaisées, transparentes et inclusives, précise le patron de média, membre du bureau ivoirien des droits de l’homme.

Analyse des forces politiques en présence

La sphère politique actuelle de la Côte d’Ivoire avec en ligne de mire les échéances électorales d’octobre 2020 a été marquée par l’annonce de plusieurs candidatures jusque-là insoupçonnées. Ainsi, à l’instar de Mamadou Koulibaly, du Parti Lider, plusieurs autres personnalités ont déjà affiché leur ambition de vouloir succéder au président Ouattara. Il s’agit entre autres de Pascal Affi N’Guessa, et Guillaume  Kigbafori Soro qui, forcé à l’exil du côté de la France, faut-il le rappeler, fait aujourd’hui l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par les autorités ivoiriennes.

Pour ce qui est des autres potentiels candidats qui peuvent prétendre à la fonction, plusieurs experts ont avancé des profils bien différents. Le premier, journaliste politique, rédacteur au groupe les éditions ivoiriennes, rejoint dans ces prévisions par un militant des droits de l’homme, membre de la Coalition Indignée de Côte d’Ivoire,  a énoncé plusieurs noms comme ceux d’Amadou Gon Coulibaly, actuel premier ministre de la Côte d’Ivoire, Henri Konan Bédié, président du PDCI, Jean-Louis Billon, homme d’affaires et ancien ministre du commerce ou encore Thierry Tanoh qui était dans le gouvernement du président Ouattara et où il a occupé le poste de ministre ivoirien du pétrole, de l’énergie et du développement des énergies renouvelables.

De tous ces candidats, le successeur potentiel sur qui le président sortant mise n’est personne d’autre que son premier ministre actuel Amadou Gon Coulibaly. Les raisons qui expliquent ce choix de plusieurs experts résident dans le fait qu’il soit l’un, sinon le collaborateur le plus proche du président depuis le temps de l’opposition ; l’un de ses plus fidèles et loyaux parmi les lieutenants et celui qui dirige et maîtrise actuellement tous les rouages de l’administration ivoirienne puisqu’il en est le premier ministre.

Le fait qu’Amadou Gon Coulibaly soit perçu comme le dauphin potentiel du président Alassane Ouattara n’entrave en rien les chances des candidats de l’opposition qui au fil des années ont noué des relations entre eux, même si pour la plus part ces relations n’étaient que des relations de circonstances. En revanche pour trois d’entre eux, à savoir Laurent Gbagbo dont l’avenir politique est très incertain compte tenu des poursuites en cours contre lui à la CPI et sa condamnation par contumace à 20 ans de prison dans l’affaire « casse de la BCEAO » , Pascal Affi N’Guessan  et Mamadou Koulibaly, les relations ne sont pas excellentes. Au meilleur des cas, « Laurent Gbagbo dont de la capacité à pouvoir se présenter pour les prochaines échéances électorales est faible pourra apporter son soutien à un candidat de l’opposition qui ne pourra toutefois pas être Affi N’Guessan qui est perçu au sein du FPI comme un traitre », précise le journaliste politique, rédacteur au sein du groupe les éditions ivoiriennes.

Parmi tous ces potentiels candidats à la prochaine élection présidentielle, nombreux sont ceux qui disposent de ressources médias et financières importantes. Dans leurs rangs, on peut citer Mamadou Koulibaly, Pascal Affi N’Guessan, Guillaume Kigbafori Soro ou encore Henri Konan Bédié qui disposent pour chacun d’au moins un média qui lui est proche. Pour le journaliste politique, rédacteur au près du groupe les éditions ivoiriennes, on a par exemple le journal Nouvelle Génération qui est proche de Guillaume Soro ou encore le Nouveau Réveil qui lui, est proche du président Bédié.

Concernant la possibilité de création d’une coalition Gbagbo – Soro – Bédié, les avis sont plus que partagés. Pour certains experts, cette coalition existe déjà de fait même si elle n’est pas formelle. Mieux, ils sont déjà en coalition à travers les plateformes EDS et PDS, avance le un militant des droits de l’homme, membre de la Coalition Indignée de Côte d’Ivoire. Pour les autres en revanche, une coalition incluant Gbagbo et Soro est très loin de pouvoir se réaliser compte tenu du passif qui existe entre les deux hommes.

Le facteur ethnique et L’influence des puissances internationales

Presque comme partout en Afrique, le facteur ethnique a une grande influence sur les priorités de choix des électeurs puisque pour l’essentiel le vote est calqué sur les appartenances communautaires. Pour le cas de la Côte d’Ivoire, l’ethnie est un facteur à double sens. « Autant elle pourrait être source de rapprochement et de paix, autant elle pourrait servir également à la manipulation politique comme instrument de combat », précise le patron de média, membre du bureau ivoirien des droits de l’homme. Plus loin encore, le journaliste politique, rédacteur au groupe les éditions ivoiriennes affirme même que c’est le facteur ethnique qui est à la base de la crise en Côte d’Ivoire et ce, depuis les années 2000 avec la crise de l’Ivoirité. Pour un autre expert, expert en développement de l’Unesco, « le facteur ethnique joue un rôle majeur dans la politique moderne en Côte d’Ivoire ». Pour ce dernier, les trois ethnies qui mènent les débats sont les Dioula (Nord), les Bété et Wobé (Ouest) et les Baoulé (Centre).

Concernant l’influence des puissances externes sur la politique interne de la Côte d’Ivoire, l’ensemble de la classe politique ivoirienne la trouve relative. Outre la France qui continue d’influencer considérablement le choix des présidents en apportant son soutien à celui des candidats qui sera capable de préserver ses intérêts, les autres puissances étrangères et voisines n’ont, elles, aucune incidence majeure sur l’évolution de la politique interne du pays. Ainsi, le Burkina Faso, le Ghana et le Mali qui entretiennent des relations étroites avec la Côte d’Ivoire sont justes de l’ordre des partenaires économiques comme la Chine ou encore le Japon, précise le Doctorant, président de la Maison de l’Étudiant de l’université Nangui Abrogoua.

Point d’interrogation sur le scénario de développement d’un conflit violent post-électoral

Les batailles de couloir pour la conquête du siège présidentiel ne présagent pas un avenir radieux pour la Côte d’Ivoire comme le soulève le militant des droits de l’homme, membre de la Coalition Indignée de Côte d’Ivoire.  Pour ce dernier et pour plein d’autres experts, la Côte d’Ivoire est à la croisée des chemins puisque depuis trente ans déjà, le pays connaît des crises cycliques qui font leur apparition tous les dix ans. Aujourd’hui, avec les clivages et la recomposition de la vie politique, il craint que le pays ne vive une crise encore plus pire que celle de 2010. Le journaliste politique, rédacteur au groupe les éditions ivoiriennes partage également cet avis car pour lui, il règne en ce moment une atmosphère délétère en Côte d’Ivoire même si le gouvernement s’évertue à nier l’évidence. Cette atmosphère est d’autant plus tendu qu’il y a encore, d’après lui, des personnes qui ont fait la rébellion qui continu de réclamer leur dû ; et ces personnes pour lui peuvent être facilement manipulées et enrôlées dans des querelles de pouvoir.

Pour tous ces acteurs et experts de la vie politique ivoirienne, il serait important de régler les problèmes les plus urgent de la Côte d’Ivoire qui tournent tous autour du problème de la crise identitaire. Pour ce faire, ils espèrent qu’il sera mis sur pied, très prochainement, une véritable réconciliation nationale pour l’intérêt supérieur de la nation, qui facilitera le déroulement paisible de l’élection présidentielle à venir.

Article de la rédaction AFRIC

Photo credit : google image/illustration

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