Association for Free Research and International Cooperation

Centrafrique : Touadera déterminé à créer son parti politique

20.10.2018
Le fait politique des prochaines semaines en République centrafricaine promettent bien des coups de théâtre. Les incidences sur une situation nationale encore délétère sont à redouter.

La politique est ce qu’elle est. Tout en versant des larmes de crocodile sur le sort du peuple centrafricain qu’il est appelé à diriger, Touadéra se doit de s’occuper de lui-même prioritairement. Ces derniers temps, la machine propagandiste du régime est en branle. Les Fatistes sont en campagne de sensibilisation à travers les huit arrondissements de Bangui, les communes de Bégoua et Bimbo y compris. A terme, il sera question en novembre prochain de la mise en place d’un mouvement politique dit « Mouvement des cœurs-unis ». Ces meetings en série sont retransmis sur les ondes de la radio nationale.

A l’occasion du passage dans le deuxième arrondissement, Sani Yalo, le cacique des caciques du régime, représentant personnel de Touadéra a déclaré dans la foulée que très bientôt, le premier ministre Mathieu Simplice Sarandji sera le secrétaire exécutif national du mouvement en gestation. Du coup, deux questions taraudent les auditeurs qui ont suivi la rediffusion de cet évènement sur la radio nationale :

-Sarandji occupera ce poste cumulativement avec ses fonctions de premier ministre ?

-Démissionnera-t-il de la primature avant d’exercer la nouvelle fonction de secrétaire exécutif national du mouvement cœurs-unis ?

Le cumul ici, même si dans le cas d’espèce n’est expressément proscrit par aucune disposition, il n’en reste pas moins vrai que l’incompatibilité est manifeste au plan symbolique. L’exécutif se doit d’être au-dessus de la mêlée surtout dans un contexte où tout prête à confusion et où  l’apaisement requiert une dextérité exemplaire.

Et, si jamais Sarandji devrait démissionner, cela relance les tractations sur le profil de la personnalité de remplacement. Sans vouloir épiloguer sur un acte qui relève du pouvoir discrétionnaire du chef de l’Etat, il n’est cependant pas saugrenu de questionner les faits autour de ce changement de gouvernement à l’orée du dialogue et antérieurement au programme Désarmement, démobilisation, réinsertion et rapatriement (DDRR). Les contestations évidentes subséquentes à la mise en place d’un nouveau gouvernement dans le contexte ci-dessus sont de nature à obstruer la marche vers la paix. Il suffit qu’une entité s’estimant lésée choisisse de monter les enchères pour que l’initiative africaine de paix et réconciliation prenne un coup. Il en est de même pour le programme DDRR.

D’ailleurs, même en temps normal, l’instabilité gouvernementale est un facteur de dysfonctionnement en ce sens qu’elle déconcentre l’action gouvernementale. Touadéra aurait pu remanier le gouvernement depuis fort longtemps. Mais faire la bonne chose au mauvais moment n’est nullement une bonne chose au demeurant.

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