Association for Free Research and International Cooperation

Montée du sentiment anti français ou rejet systématique de la françafrique ?

26.12.2019
Article de la rédaction AFRIC
L'actualité est brûlante en Afrique. Dans les anciennes colonies françaises et plus particulièrement en Afrique de l'Ouest, un sentiment s'est répandu : le sentiment anti français. Et les choses ne sont pas prêtes de s'améliorer avec la dernière visite du président français, Emmanuel Maron, en Côte d'Ivoire. Même si avec ce passage, il a enfin été acté l’implémentation d'une monnaie commune pour l'ensemble des pays de la CEDEAO, avec la nouvelle monnaie 《ECO》qui doit progressivement prendre la place du Franc CFA dans cette partie du continent, la pilule passe male au près des africains que ce soit précisément le président français, qui dit pourtant n'avoir aucun intérêt derrière cette monnaie coloniale qui vienne donner l'absolution aux pays de l'Afrique de l'Ouest. Si le lit de cette mascarade a pu être dressé, c'est en partie avec la complicité du président ivoirien Alassane Ouattara qui, hier encore clamait haut et fort la compétitivité et l'importance du Franc CFA à l’heure où presque tous les experts financiers étaient unanimes sur la nécessité d'abandonner cette monnaie.

La France est convaincue aujourd’hui de l’essor sur le continent, notamment dans ses anciennes colonies, d’un sentiment de rejet des populations envers elle.  Ce désamour qui est manifeste en  Afrique du nord, centrale et de l’Ouest, a pris de l’ampleur avec les accusations ciblant ces derniers temps  le rôle ambigüe de ses troupes déployées au Sahel où les jihadistes continuent  sans quiétude de semer le chaos. Le sommet prévu le 16 décembre 2019 à Pau  entre Emmanuel Macron et les présidents des pays du G5 Sahel reporté pour début 2020, s’il vise à questionner sur l’avenir de la présence militaire française dans la bande sahélo sahélienne est avant tout, une réaction de l’Elysée face à ce sentiment anti français qui gagne du terrain dans les pays d’Afrique francophones.

Alors que certains acteurs politiques du continent se demandent si cette rencontre est la solution idoine pour régler ce problème, vouloir attribuer ce ressentiment à l’unique question sécuritaire c’est faire preuve de naïveté lorsqu’on sait que Paris est indexé dans d’autres sujets houleux tels que le maintien des pays africains dans la zone franc, son ingérence dans les affaires politiques du continent et sa main base sur les économies africaines.

Une convocation jugée arrogante et méprisante

C’est Pau précisément,  lieu symbolique puisqu’il est le siège du 5e régiment d’hélicoptères de combat auquel appartenaient sept des soldats commandos tués au Mali, que le président français a choisi pour abriter sa rencontre avec les présidents des cinq pays du G5 Sahel ( Burkina Faso, Mali , Niger, Tchad, Mauritanie). L’organisation régionale ayant un siège en Afrique plus précisément à Nouakchott en Mauritanie, le dirigeant français qui souhaite que des zones d’ombres soient éclairées, selon une certaine opinion africaine aurait dû lui-même effectuer le déplacement  sur le continent au lieu de convoquer en France les cinq présidents de la dite organisation. Pour ce sommet dont l’objectif est d’évaluer  la présence militaire française au sahel et de redéfinir si nécessaire les bases d’un nouveau partenariat, Emmanuel Macron a indiqué qu’il s’agit d’une rencontre dite de « clarification ». En s’exprimant sur le sujet au cours d’une conférence de presse durant le sommet de l’OTAN à Watford en Angleterre où le 70e anniversaire de  l’Atlantique Nord était célébré, il s’est montré visiblement agacé par les accusations ciblant Barkhane la plus grande opération française à l’étranger.

« Je ne peux, ni ne veux avoir des soldats français sur quelque sol du Sahel que ce soit, alors même que l’ambiguïté persiste à l’égard de mouvements antifrançais, parfois portés par des responsables politiques ».

 A travers ses propos, le chef de l’Elysée a également cité la responsabilité de certains politiciens africains qui selon lui attisent pour des fins inavouées et par des discours politiques teintés de nationalisme  cette haine envers  la France. Si Emmanuel Macron assure vouloir avoir avec ses paires africains un tête à tête où le franc parlé devrait prévaloir, en Afrique,  le ton paternaliste de cette convocation est jugé par certains d’irrespectueux et  empreint d’arrogance.

Au Burkina Faso, Me Benewendé Sankara  du parti sankariste l’Union pour la renaissance parle d’une initiative qui s’assimile à un manque de considération envers des présidents des pays du G5 Sahel. Le président de l’UNIRS/BF souligne d’ailleurs que ce paternalisme français est en déphasage avec l’époque actuelle où l’on a à faire à une jeunesse africaine mature qui ne veut plus se faire gouverner par procuration.

Me Ambroise Farama président de l’Organisation des peuples africains-Burkina Faso OPA-BF qui parle aussi d’une convocation arrogante et méprisante quant à la forme qu’au fond indique que  pour la forme,  la consultation des dirigeants africains et le ton discourtois employé par le locataire de l’Elysée sont à condamner. Pour ce qui est du fond, l’homme de droit estime qu’à travers ce rendez-vous, les cinq présidents du G5 Sahel comme des sujets, sont appelés à clarifier les choses sur la montée des mouvements anti-impérialistes qui émergent dans leurs pays et à formaliser une demande à l’égard de la France et de la communauté internationale sur le renouvellement d’un engagement éventuel. L’avocat burkinabé au nom de son mouvement, appelle d’ailleurs  les chefs d’Etats du G5 sahel à ne donner aucune suite à cette convocation.

Une présence militaire de plus en plus contestée

Depuis son lancement en 2014, l’opération Barkhane qui bénéficie d’un partenariat avec la force onusienne déployée au mali (MINUSMA) et les pays du G5 Sahel, n’a pas réussi à freiner les ardeurs des groupes terroristes qui pullulent dans le Sahel. La menace terroriste présente dans le Nord du Mali depuis 2012 à traversé les frontières maliennes et affecte désormais le Burkina Faso et le Niger voisins. Accueillis en héros en 2012 alors que la rébellion à dominante touarègue voulait autonomiser le Nord malien, les soldats français sous l’opération Serval ont pourtant réussi en 2013 à éloigner la progression jihadistes qui voulait s’emparer du centre du pays.

Aujourd’hui leur mission qui de manière officielle est de combattre les groupes terroristes et de soutenir les armés locales est sujette à interrogation. Regroupés sous la l’égide d’Al-Qaïda, de Daesh et autres mouvements autonomes, les jihadistes font régner la terreur dans le sahel et ce malgré la présence de près de 20 000 militaires étrangers qui bénéficient d’une logistique et d’un matériel de pointe ainsi que du soutien des armées locales. Une situation que l’on ne comprend pas au Burkina Faso, au Mali et au Niger où l’on évoque l’existence d’un agenda caché.   Depuis septembre, plus de 170 soldats maliens et burkinabés ont été tués dans le sahel. Mardi 10 décembre, l’armée nigérienne a subit sa plus lourde perte en vie humaine lors de l’attaque d’un camp à l’ouest du pays qui a couté la vie à 71 soldats. De quoi attiser la colère des populations dans ces trois pays qui multiplient les mouvements de contestation contre l’inertie des armées étrangères en place et exigent leur départ.

Au Mali  après le massacre en avril de 160 habitants d’un village peul d’Ogossagou, environ 10.000 personnes ont battu le pavé à Bamako sous l’appel des chefs religieux musulmans et organisations civiles. Leurs critiques allaient à l’endroit du président Ibrahim Boubacar Keita et la force barkhane. Au Niger un millier de personnes ont envahi la capitale Niamey  au mois de mai pour protester contre la présence dans le pays des bases militaires étrangères notamment françaises et leur laxisme  face à la multiplication d’actes terroristes.  Les manifestants pour la plupart des élèves, lycéens et étudiants

tenaient également à travers cette marche à manifester leur solidarité envers  l’armée régulière du pays qui subit les assauts des groupes terroristes. Au Burkina Faso, plusieurs organisations de la société civile ont également organisé dans la capitale Ouagadougou des meetings visant à dénoncer la présence de forces étrangères en Afrique.

L’armée française au centre de nombreuses accusations

La France est accusée dans les pays du sahel, de faire le jeu des jihadistes pour justifier le maintien de sa présence militaire dans la région. Selon ces affirmations, les soldats français mènent des frappes contre les bases militaires des armées nationales dans le but de faire prolonger les violences terroristes. On accuse également les armées étrangères en sol africain de favoriser l’exploitation des  ressources naturelles telles que l’or, le diamant, l’uranium, le gaz et le pétrole, entre autres. La France qui à travers le groupe Orano (ex Areva), exploite depuis plus de  50 ans des mines dans le Nord-Ouest du Niger est le quatrième producteur mondial d’uranium tandis que le Niger figure parmi les pays les plus pauvres du monde. D’autres plaintes font également état de l’entretien par les troupes étrangères d’un juteux trafic d’organes humains dans le Sahel. Les medias africains dont Tchadinfo.com qui en ont fait mention, soutiennent que des terroristes vivants ou morts sont vendus aux français qui les dépouillent de leurs organes. Les corps de soldats africains morts au champ de combat subissent également ce supplice  avant d’être envoyées à leurs familles dans des caisses hermétiquement fermées et cadenassées.

Alors qu’Emmanuel Macron qui souhaite  légitimer la présence militaire française en Afrique exige des présidents du G5 Sahel des réponses claires et assumées, l’on soutient sur le continent qu’au vue des accusations ciblant les troupes françaises la responsabilité revient au contraire au dirigeants africains d’exiger de la France de la clarté quand à son supposé soutien aux terroristes et le rôle ambigüe de son armée dans la bande sahélo sahélienne. C’est ce langage franc que l’artiste international Salif Keita aimerait que le président malien ait à l’égard de son homologue français.

Dans une vidéo titrée « Il faut que je parle. Le Mali avant tout« , publiée sur sa page facebook, il l’invite à dire la vérité aux maliens sur le rôle véritable de la France dans la lutte contre le terrorisme.« Si tu as peur de dire la vérité à la France, si tu ne peux pas gérer ce pays, quitte le pouvoir, celui qui n’a pas peur le prendra, tu passes ton temps à te soumettre à ce petit Emmanuel Macron, c’est un gamin… Tu n’es pas au courant que c’est la France qui finance nos ennemis contre nos enfants ? »

Qu’elle finance ou pas le terrorisme dans le Sahel, la France fait bel et bien en ce 21e siècle, l’objet d’un rejet grandissant dans ses ex colonies d’Afrique. Au delà de la question sécuritaire où ses motivations dans la lutte contre le terrorisme sont remises en cause, le sentiment anti français qui prend des proportions sur le continent, résulte à en croire de nombreux analystes du  ras le bol d’une partie de la population africaine, notamment la jeunesse pour qui la tutelle néo coloniale de paris, 60 ans après les indépendances s’avère être le premier frein à l’émancipation et au développement des pays d’Afrique francophone.

Article de la rédaction AFRIC

Photo credit: google image/illustration

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