Association for Free Research and International Cooperation

L’ethnicité : malédiction ou bénédiction ?

06.11.2019
Article de la rédaction AFRIC
En majorité, les États africains modernes sont composés de personnes d'origines ethniques différentes qui, par l'histoire, par assimilation ou par raids, ont été cooptées dans des territoires déjà existants. Malgré la croyance populaire qui donne à penser que l'Afrique n'est qu'un grand continent d'un seul groupe ethnique, la réalité renseigne a contrario qu’il existe plus de 3 000 groupes ethniques différents parlant plus de 2 100 langues différentes dans toute l'Afrique. L'ethnicité, bien plus que la couleur de peau ou les caractéristiques physiques, est au dessus de la langue, du chant et de la danse. C’est l’incarnation de valeurs, d’institutions et de modèles de comportement. Un ensemble composite représentant l’expérience historique, les aspirations et la vision du monde d’un peuple. Priver un peuple de son appartenance ethnique, de sa culture revient alors à le priver de son sens de l'orientation, de son objectif et éventuellement de son identité.

Il est impératif de noter que dans bien des cas, des États africains, composés de différents groupes ethniques pour réussir à coexister, ont dû taire les batailles qui ont été menées, les génocides et crimes contre l’humanité qui ont aussi été commis.

Au Rwanda, les Tutsis et les Hutus se sont combattus lors du génocide de 1994 qui a coûté la vie à environ 500 000 personnes. Au Zimbabwe, le tristement célèbre « Gukurahundi » qui a coûté la vie à environ 200 00 Ndébélés pendant la guerre du Bush de Rhodésie du Sud en 1983-1987 est un autre exemple d’affrontements ethniques. Le terme Gukurahundi pour signifier « la pluie précoce qui lave l’ivraie avant les pluies printanières » a été utilisé comme une stratégie idéologique visant à mener la guerre dans les colonies principales et les propriétaires individuels blancs. Mais par la suite, il a été détourné pour être utilisé comme un outil politique servant le dessein de l’effacement de ceux que le peuple Shona appelait des dissidents. La plupart des guerres civiles bordent les conflits tribaux à travers l’Afrique.

Tenter de chercher des raisons tangibles qui peuvent expliquer la recrudescence d’affrontements ethniques entre groupes peut paraître une tâche ardue. On pourrait être tenté de se demander si l’énergie déployée par ces groupes belligérants n’aurait pas plutôt pu servir la construction d’une Afrique progressiste. La question peut se poser parce que l’Afrique regorge d’un potentiel de richesse énorme comme on peut le voir avec les richesses en minéraux, en faune, en diversité culturelle et en potentiel d’explosion. Seulement, la contrepartie de ces richesses fait que, des puissances déguisées sont tentées d’attiser la haine entre groupes africains en les incitant à la prise des armes sous le fallacieux prétexte d’une bataille de suprématie.

Depuis lors et malgré tous les moyens mis en place pour le stopper, le phénomène des batailles entre groupes ethniques ne s’est pas arrêté avec le temps. Pire, il s’est même accru ces dernières années pour apparaître aujourd’hui sous forme de xénophobie. L’exemple le plus marquant a été observé en Afrique du Sud où, les frères d’une même contré se sont lancés dans des conflits virulents qui ont même parfois donné lieu à des affrontements de masses et meurtres insoupçonnables.

À l’écoute des raisons avancées par ceux qui commettent ces crimes odieux, on se rend compte qu’il y a encore beaucoup de travail à effectuer. Le constat est clair ; beaucoup de haine existe entre les frères africains. L’exemple précédent de l’Afrique du Sud est tiré du seul principe que, les natifs se plaignent que les étrangers occupent dans leur pays, des postes aux emplois qui doivent leur revenir, ce qui pour eux les privent de toute opportunité et les maintient dans la précarité. Pour la majorité d’entre eux, ils réclament le retour / l’expulsion des « étrangers » dans leur pays d’origine.

Il est triste de noter qu’avec l’avènement de la mondialisation, de tels comportements continuent de prospérer. Il existe pourtant bon nombre d’africains qui se sont rendus, ailleurs, dans d’autres pays africains, à la recherche d’opportunités d’emplois et commerciales sans que cela ne crée des émules. Pour plusieurs de ces ressortissants étrangers, ils contribuent même économiquement au succès de leur pays d’accueil. En tant que tel, il est clair que si les groupes ethniques sont capables de voir au-delà de leur division ethnique, ils auront le potentiel de rendre l’Afrique plus grande et le monde dans son ensemble.

Malgré l’enterrement de la hache de guerre parmi les groupes ethniques en guerre, des connotations et des traits résiduels de haine existent toujours chez certaines tribus. Certains admettent ouvertement la haine envers des tribus congénères tandis que d’autres, qui  n’ont pas guéri émotionnellement des atrocités du passé, continent de les nourrir. Dans certains cas, la vérité est que des excuses publiques n’ont souvent pas été présentées par des personnes auteurs de ces atrocités du passé. Toute chose qui pourrait pourtant grandement participer à l’aplanissement des tensions et des rancunes plongées dans le sommeil. Dans d’autres cas,  afin de montrer qu’il est possible de travailler ensemble et de progresser, bon nombre de tribus africaines se sont rassemblées pour combattre les colons dans leurs différents pays entre les années 1850-1994. Aujourd’hui, les États africains, même dans une moindre mesure, doivent parvenir à jouir de leur souveraineté et ainsi unir leurs forces pour combattre les différents régimes colons qui menacent leur paix.

Si cette manière de pensée devient l’apanage de l’Afrique et parvient à susciter un esprit de fraternité entre africains, l’Afrique deviendrait un continent formidable et ses multiples problèmes de développement pourraient devenir des opportunités.

Au niveau régional, des organes tels que la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC) et l’Union africaine (UA) ont été créés pour autonomiser l’Afrique, lutter contre la pauvreté et être le fer de lance du développement. Cependant, confronté à la réalité du terrain, on remarque qu’au sein même de certains territoires, il est déjà difficile pour des groupes ethniques de collaborer et travailler ensemble. Si la difficulté ressurgit déjà sur le plan local, combien de fois au niveau régional ? Face à cela, la solution est toute simple. Il appartient aux groupes ethniques de s’embrasser, de s’apprécier et de s’autonomiser les uns les autres afin de favoriser le développement.

Les touristes qui viennent de loin doivent pouvoir apprécier et être fascinés par les différentes cultures et la solidarité des tribus africaines. Il ne reste plus qu’à voir comment le leadership africain, que ce soit les chefs traditionnels, de districts, de provinces et, éventuellement, de gouvernements se déploient et s’attaquent à la réalité du conflit ethnique en Afrique.

Article de la rédaction AFRIC

Photo credit : google images/illustration

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