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Entreprises africaines : un constat d’effondrement systématique après le décès des fondateurs ?

06.12.2019
Article de la rédaction AFRIC
La durée de vie d’une entreprise est parfois tributaire de la longévité de ses fondateurs. Si ce constat n’est pas totalement vrai pour le cas des sociétés occidentales, en Afrique, il en est autrement. Sur le continent, c’est devenu un phénomène normal que les entreprises s'effondrent quelques années après le décès de leurs fondateurs. Il devient alors évident que plusieurs des entreprises ou marques africaines ayant survécu au-delà de la disparition de leurs fondateurs avaient des partenaires outre atlantique.

Dans cette lignée, certaines sociétés africaines, telles que Alhasan Dantata and Sons LTD du Nigéria, Kenyatta Family Business du Kenya, Remgro de l’Afrique du Sud et METL Group de la Tanzanie, existent encore alors leurs fondateurs ne sont plus. Par contre, d’autres, telles que Dunkin Donuts, Baskin Robins et ESKOM Company en Afrique du Sud, Tiko Soap Company au Cameroun, ECOAIR International en Algérie et SPRING Bank au Nigéria, sont portées disparus. Il y a quelques raisons possibles pour lesquelles un plus grand nombre d’entreprises en Afrique s’effondrent après la mort des fondateurs. Ces raisons, pour l’essentiel, oscillent autour de l’individualité qui a souvent primé dans la constitution des sociétés sur le continent, l’absence de plans de continuité et de succession ou encore le manque d’activités et de stratégies innovantes.

Entreprise individuelle

La plupart des hommes d’affaires africains préfèrent créer des entreprises individuelles qui ne leur appartiennent qu’à eux seuls. Cette pratique courante sur le continent se justifie par le fait que ces hommes, pour l’essentiel de la majorité, pensent que des personnes bien informées et pas du cadre familial leur reprendront leur entreprise quand elles ne seront plus ou à la retraite. Cela limite définitivement la croissance de l’entreprise et peut conduire à son échec et à sa discontinuité. Étant donné que les entreprises ne disposent pas souvent de beaucoup de capital pour maintenir leur existence ou pour servir de garantie pour la sollicitation et l’obtention des prêts, il devient quelque peu difficile de développer l’entreprise ; avec le risque d’échec qui va avec  lorsque les propriétaires ne sont plus au contrôle.

En raison du manque de partenaires, ces fondateurs ont des idées limitées et, généralement ne les partagent pas avec leurs successeurs. Toute chose qui rend difficile la gestion de leurs entreprises en leur absence.

Absence de plans de continuité et de succession

La plupart des entreprises africaines ne disposent pas de stratégie commerciale claire. Les tendances qu’elles suivent changent constamment ; ce qui empêche de fixer le cap des objectifs à atteindre. Pour certaines de ces entreprises en revanche, elles n’exposent juste pas suffisamment tôt leur projet commercial à leurs potentiels successeurs. Dès lors, une fois la disparition du fondateur actée, ces entreprises qui manquent de boussole de fonctionnement, sont généralement susceptibles de s’effondrer. La plupart des documents, archives et informations vitales des entreprises africaines sont toujours en possession des fondateurs, qui les gardent dans la confidentialité sur des supports peu ou pas adaptés. Alors, une fois que le décès survient, ces informations, objet de sauvegarde de toutes les transactions passées de l’entreprise deviennent difficiles d’accès. Cette situation dans la plupart des cas compromet la poursuite des activités et l’existence même de l’entreprise.

Plus que partout ailleurs, il devient évident, pour résorber ce problème générationnel d’impliquer les successeurs potentiels dans la gestion de l’entreprise. Pour s’adapter facilement, ces derniers doivent maîtriser très tôt le  modus operandi et le fonctionnement de toutes les composantes de la structure. Il faut prendre en compte les transactions financières, les négociations juridiques, les accords de partenariat et bien d’autres encore.

Limiter l’emploi à la famille

Les investisseurs africains ont la conviction que le fait d’employer uniquement des membres de la famille permet la consolidation de leur richesse. Ils se disent qu’en nommant uniquement leurs proches à des postes clés tels que les postes de direction, ils auront suffisamment sécurisé le devenir de l’entreprise. Hors, cette idée reçue de la conception populaire est totalement fausse dans la mesure où, c’est généralement ces proches qui, avares de pouvoir, mettent l’entreprise en difficulté à la mort du fondateur. Généralement, s’ils ne sont pas correctement audités, ils font un mauvais usage des ressources mises à leur disposition par la société.

Manque d’activités et de stratégies innovantes

Chaque fois qu’une entreprise observe bien les procédures de gestion édictées pour le fonctionnement des entreprises, cela permet d’accroître la durée de vie de ces dernières. Hors, à la vérité, sur le continent africain,  les fondateurs d’entreprises ne les suivent pas toujours. Ils ont du mal à accepter les idées innovantes pour rester en phase avec l’évolution des aspirations des consommateurs. Quelques fois, ces postures entraînent la disparition de leurs entreprises, qui étaient pourtant vouée à la prospérité.

L’avènement du numérique est également venu poser un sérieux coup à la prospérité de plusieurs entreprises présentes sur le continent. Avec les nouvelles pratiques de gestion numérisée, c’est tout l’archétype des entreprises qui est voué au changement. De la sécurité des comptes en passant la formation de la main d’œuvre qui doivent faciliter le processus de production et de fourniture de produits et services, c’est tout le corpus de l’entreprise qui doit évoluer. Seulement les propriétaires africains sont très souvent réfractaires à ces nouvelles technologies de l’information et de la communication. Ce qui, à la longue, cause l’échec de ces entreprises une fois le témoin passé. Lorsqu’il y a peu de capital, il est difficile de développer une entreprise. La plupart des fondateurs africains d’entreprises à faible capital ne vendent pas d’actions, et préfèrent s’enfoncer dans les prêts et dettes à forts intérêts. En conséquence, cette situation limite leur existence après que le fondateur ne soit plus lui-même capable de suivre ses activités.

Manque de compétences en affaires

Il est courant de trouver des fondateurs d’entreprises sans éducation en Afrique. Cette situation, sommes toutefois pas toujours vraie, leur fait craindre une prise de risque nécessaire pour la réalisation des projets d’affaires et la cooptation des partenaires. Dans la majeure partie de ces cas, après le décès du promoteur-fondateur, la fermeture devient la seule option puisque ne disposant pas de personnes suffisamment aptes et renseignées pour reprendre le flambeau.

Changement de mentalité

La mentalité de succès de nombreux africains y est pour beaucoup dans la fermeture des entreprises une fois les fondateurs décédés. Entre le changement de style de vie, dicté par l’achat des voitures de luxe, la construction de maisons de fortune, l’achat des tenues coûteuses et les dépenses considérables dans de voyages de loisirs, tout y passe pour les nouveaux dirigeants ou héritiers. Outre le fait qu’ils perdent l’utilisation optimale des bénéfices générés par l’activité, cela peut également envoyer un mauvais signal aux employés et investisseurs potentiels qui avaient mûri l’idée de contribuer à l’expansion de l’entreprise.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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