Association for Free Research and International Cooperation

Sommet extraordinaire de la CEMAC: le point sur la monnaie et l’économie

02.12.2019
Article de la rédaction AFRIC
La CEMAC veut un Franc CFA stable et fort ! C’est la résolution majeure prise aux termes des échanges que les chefs d’Etat de l’Afrique centrale ont entretenu lors du sommet extraordinaire de la CEMAC les 21 et 22 novembre dernier à Yaoundé.
Alors que les pays de l’Afrique de l’ouest ont déjà opté la mise en circulation de leur nouvelle monnaie dès 2020, ceux de la CEMAC ont sereinement siégé, afin de renouveler et d’arrêter des mesures complémentaires pouvant consolider et redresser l’économie de la sous-région. En d’autres termes, il s’agissait là d’un recadrage des accords avec la France. Car selon la présidence camerounaise, « le Franc Cfa est présentée par de nombreux experts comme un frein au développement or, ceux qui sont pour le maintien du FCFA avancent l’argument de la stabilité qu’offre cette monnaie face aux spéculations »

En fait pour le moment, il n’est pas question de sortir du Franc CFA. Mais les Etats membres de la Communauté Economique de l’Afrique Centrale (CEMAC), veulent une nouvelle monnaie. C’est l’une des résolutions de la Conférence des Chefs d’Etat de cette zone. Et la France, présente au Palais de l’Unité, s’est dite ouverte à ses discussions.

Réouverture d’une nouvelle coopération

« Concernant particulièrement la coopération monétaire avec la France portant sur le Franc CFA, les chefs d’Etat ont décidé d’engager une réflexion approfondie sur les conditions et le cadre d’une nouvelle coopération »,  a-t-on lu dans le communiqué final des assises, rendu public par Daniel Ona Ondo, président de la commission de la CEMAC. Afin de joindre la parole à l’acte, le président en exercice et ses pairs ont chargé la BEAC de proposer, dans des délais raisonnables, un schéma approprié devant conduire à l’évolution de la monnaie commune.

Tout comme l’a expliqué le président équato-guinéen Téodoro Obiang Nguema au micro de la presse nationale, les nouveaux accords devraient porter entre autres sur la question du compte d’opération de la BEAC. « Ledit compte est logé au Trésor français depuis les indépendances, et les pays de la Cemac ont droit à 50% de ce qu’il génère, la France gardant l’autre moitié. Il est question de revoir à la hausse ce pourcentage, ce qui devrait permettre un rapatriement plus important des fonds capables de soutenir convenablement les économies des pays de la Cemac », en plus, revoir les accords monétaires avec Paris, « devrait permettre de prendre des mesures de sauvegarde des économies des pays de la Cemac dans un contexte où la monnaie commune de la sous-région pourrait connaitre une autre dévaluation ». a poursuivi le confrère.

Certains analystes estiment que le Franc CFA, en l’état actuel est l’un des principaux facteurs du sous-développement de cette partie du continent africain. Une situation qui motive, Idriss Déby Itno, président tchadien à crier ras le bol pas pour une sortie du Franc CFA comme pensent plusieurs africains, mais pour une monnaie ambitieuse et pérenne.

Cependant, aucun projet ne se fait dans l’instabilité socio politique et économique. Certainement dans le but d’atteindre l’objectif d’une monnaie stable, que le sommet extraordinaire du 22 novembre dernier s’est focalisé sur la consolidation, la flexibilité et la pertinence de la sous-région CEMAC dans ses actions. Consolidation d’abord parce que, après la dernière rencontre extraordinaire de 2016, les Etats membres  n’avaient toujours pas la main mise sur leur situation économique. En cause, la dépendance pétrolière dans certains pays de la sous-région au niveau du commerce international, les avait plongés dans une crise dans leur finance publique. Nu été l’intervention du Cameroun qui a porté secours à son homologue Tchadien, le pays d’Idriss Deby Itno baignerait dans une crise financière. La Guinée équatoriale quant à  elle, a chuté après avoir quasiment vidé sa réserve d’échanges à la Banque des Etats de l’Afrique centrale ce sont quelques exemples qui ont ramené la croissance de la communauté à un niveau négatif.

Certes beaucoup d’efforts ont été aperçus, mais « c’est maintenant que la Cemac ménage sa monture de manière concertée afin de sortir définitivement cette situation. Il est vrai que la monnaie joue un rôle prépondérant dans l’évolution  d’un pays. Mais il serait judicieux de revoir l’économie avant de prôner la monnaie. Car ce n’est pas la monnaie qui fait l’économie d’un pays, mais c’est l’économie qui donne la valeur à la monnaie », rappel Zacharie Mbarga. C’est dans la même lancée que le président Paul Biya et ses frères président, ont choisi de faire face aux défis qui les interpellent afin que la sous- région puisse permettre aux différents gouvernements, de soutenir leurs ambitions de développement.

Le statut du Cameroun en tant que locomotive de la CEMAC

L’analyste  Zacharie estime que le Cameroun serait le pays perdant si cette crise tend à perdurer.   Car « nous avons le potentiel agricole et c’est nous qui pouvons dynamiser le marché intracommunautaire » a-t-il expliqué. Dans cette perspective, le Cameroun a intérêt « à faire construire l’ensemble des réseaux routiers et mêmes ferroviaires »a-t-il poursuivi. Seul le mécanisme de financement de la communauté est un moyen d’épanouissement de la sous-région de l’Afrique centrale et le Nigéria dans la CEDEAO le démontre clairement. En tant que principal acteur financier de la zone, il a un avis essentiel sur l’ensemble des politiques et programmes. C’est cette image de leadership que le Cameroun devrait refléter. Lui qui s’est toujours pris les devants pour rassembler ses pays frontaliers. On peut citer entre autres la lutte contre la  piraterie et du terrorisme dans le Golfe de guinée etc.

Toutefois, « il va falloir être prudent et vigilant, car les tensions de la géopolitique mondiale, la volatilité des prix des matières premières et les défis sécuritaires entre autres, restent les aléas qui menacent la vision et les objectifs de la CEMAC. A savoir la création d’un espace intégré et la promotion d’un cadre harmonieux » a souligné Paul Biya. A l’exception du président gabonais empêché et bien représenté, tous les chefs d’Etat ont répondu présents au palais d’Etoudi. Et au-delà du caractère parfait des assises selon les pays membres, se réunir  au palais de l’Unité, symbole de la concorde nationale camerounaise, vendredi, 22 novembre dernier, démontre l’espoir de toute la sous-région de l’Afrique centrale, en quête d’indicateurs expressifs et complémentaires de son unité.

Ce sommet est donc rentré dans l’histoire, il reste l’application des résolutions et que l’intégration sous régionale et la libre circulation des personnes et des biens prenne réellement corps pour l’émergence de l’Afrique centrale.

En rappel, la zone CEMAC regroupe six pays dont le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad, la RD Congo et la Centrafrique. Et les Etats de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), où certains officiels ont déjà claqué la porte au Franc CFA font tous partie de la zone francs.

Les premiers accords de coopération monétaire autour du FCFA ont été signés à Brazzaville le 23 novembre 1972. Cette collaboration est fondée sur la garantie illimitée donnée par la France à la monnaie émise par la BEAC. Aussi sur le dépôt auprès du trésor français d’une partie des réserves de change des Etats membres qui prendront les mesures nécessaires à cet effet. Aujourd’hui, suite à la détermination absolue de la zone CEMAC,  «  La France, qui a semblé réticente pendant longtemps à la revue des clauses de ces accords, est maintenant consentante pour engager les négociations », a révélé le président de Guinée Equatoriale.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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