Association for Free Research and International Cooperation

Mission des nations unies : quel apport pour le Darfour ?

01.12.2019
Article de la rédaction AFRIC
La mission conjointe Union africaine-Nations Unies (MINUAD) déployée au Soudan et dont la création remonte à Juillet 2007 s’apprête à retirer définitivement ses troupes dans l’Ouest du pays. Alors que la cessation de ses activités a été fixée pour Juin 2020, la situation politique complexe dans laquelle se retrouve le Soudan depuis le départ forcé d’Omar El Béchir suscite des inquiétudes au sein du Conseil de sécurité de l’ONU où l’on pense à retarder cette échéance jusqu’à ce que les procédures de transition en cours dans le pays émergent vers une réelle stabilité politique notamment un transfert au civiles du pouvoir pour l’instant détenu par le conseil militaire de transition(TMC).

Alors que le départ programmé de la MINUAD semble désormais lié à la situation qui prévaut à Khartoum où l’on craint un enlisement des violences qui pourrait affecter le Darfour, la question du bilan et de l’utilité réelle de cette opération déployée depuis 12 ans à l’Ouest du Soudan se pose d’autant plus que les derniers succès des maintiens de la paix de l’ONU en Afrique,remontent à un passé bien lointain.

Une mission créée pour rétablir la paix dans le Darfour

Lorsque la MINUAD prend ses quartiers en 2008 au Darfour c’est pour stabiliser cette région située dans l’Ouest du Soudan où sévit depuis 2003 un conflit aux origines anciennes opposant  d’un coté les Janjawids une tribu d’arabes et de l’autre des tribus de noires  non arabes.

En trois ans seulement, la guerre au Darfour va susciter la consternation internationale de part le nombre de victimes et de déplacés qu’elle va causer. Dans la région en proie aux violents affrontements se vit également une véritable catastrophe humanitaire qui  inquiète au plus haut point. L’organisation des nations unies s’appuyant  sur des études menées par l’Organisation mondiale de la santé va décrire la situation en parlant de 180000 morts, des milliers de personnes souffrant de malnutrition, près de 2 millions d’âmes contraintes à l’abandon de leurs terres et environ 1,8 millions déplacés.

C’est chiffres qui  font état d’une situation alarmante  sont pour de nombreuse personnalités politiques américaines la preuve qu’il est en train de se produire au Darfour un veritable  génocide.  Les nations Unies  qui  préfèrent parler de nettoyage ethnique, soutiennent que l’urgence de désarmer les  milices Janjawids s’impose. Ces derniers entre temps bénéficient du  soutien des forces gouvernementales qu’ils ont soutenu  lors des attaques  menées par des  rebelles issus des tribus non islamisées hostiles au régime d’Omar El Béchir qui  reprochent  également une  domination politico économiques de la part d’élites arabes. L’opération hybride Union africaine- Nations Unies s’engage ainsi au Darfour avec comme  mandat la restauration de l’Etat de droit, la protection des civils,  le contrôle l’acheminement de l’aide alimentaire. Sa mission vise également  à assurer une protection à la frontière avec le Tchad où migrent des milliers de réfugiés fuyant les affrontements.

En 2012, alors que la crise bat son plein, la MINUAD devient la plus grande mission d’opération de maintien de la paix de l’ONU au monde avec un budget annuel de deux milliards de dollars, des troupes composées  de 20000 soldats déployés sur une superficie qui équivaut à la taille de la France. Mais suite à l’amélioration de la situation dans le Darfour, ces chiffres ont été revus à la baisse. Elle reste néanmoins  la deuxième plus grande mission de maintien de la paix de l’ONU avec un budget aujourd’hui estimé à 700 millions de dollars et 20 000 hommes.

Mépris envers le rôle de l’Union africaine   

L’Union africaine et le Tchad en particulier ont joué un rôle important dans la résolution de la crise au Darfour notamment en ce qui concerne les négociations de paix,  et la protection des civils. Les premières initiatives ont été prises par le gouvernement tchadien qui a pu mettre autour d’une table de discussion les différents acteurs du conflit. Le 03 septembre 2003 les pourparlers vont donner lieu à la signature de l’accord dit « Abéché I » qui ouvre la voie à un cessez-le-feu  devant rendre possible l’acheminement de l’aide humanitaire. Dans un désir de faire taire les armes et de mettre fin aux hostilités dans cette partie du Soudan, l’Union africaine va prendre la relève. Elle réussira à son tour le 31 mars à Ndjamena à obtenir des belligérants un accord de cessez-le-feu humanitaire d’une durée de 45 jours mais renouvelable. Le deal implique le désarmement des rebelles par le pouvoir et la mise sur pied d’une commission de cessez-le-feu (CFC) supervisée par l’Union africaine.

L’instance panafricaine qui multiplie les initiatives malgré les résistances de quelques groupes rebelles  va décider du déploiement au Darfour en Octobre 2008 d’une mission (AMIS). Son rôle est  de contrôler  l’application de la trêve, de permettre la circulation de l’aide humanitaire et par la suite un retour des refugiés et déplacés. L’initiative bien que louable sera fragilisée sur le terrain par  le manque de moyens et surtout le peu d’engagement des institutions internationales et des nations européennes qui peinent à tenir leur promesses de soutiens financiers envers l’UA. Face à ces défaillances le conseil de sécurité sous l’impulsion des Etats-Unis va voter une résolution permettant le déploiement au Darfour d’une mission de maintien de la paix de l’ONU devant travailler en collaboration avec la force de l’Union africaine déjà présente sur le terrain. Une décision que ne partage pas vraiment Khartoum  opposé a ce principe d’ingérence et qui reste convaincu que la guerre au Soudan est un problème qui doit être géré par les africains. L’implication des observateurs internationaux dans ce cas ne devant se  limiter qu’au volet purement humanitaire. L’union africaine malgré cette complexité dans l’engagement des différents acteurs à cheminer vers la paix, avait réussi à négocier des accords de cessez-le-feu et des arrangements humanitaires  dont le but était de créer un carde favorable pour une résolution définitive du conflit. Un travail minimisé par les instances internationales.

 

Une mission de la paix sans paix à maintenir

La mise sur pied d’une force hybride Union africaine- Nations unies contrôlée par l’ONU et dotée d’une mission de maintien de la paix au Darfour est alors pour bon nombre d’observateurs, une décision surprenante lorsqu’on sait qu’il n’y avait pas de paix à maintenir dans cette région. La situation n’ayant pas encore aboutie à la signature d’un véritable accord de paix, d’aucuns craignent même qu’elle contribue au contraire  à ouvrir la porte à une nouvelle crise puisqu’elle démontre la volonté de l’ONU de priser la voie militaire  dans un contexte délicat où l’Union  africaine a toujours privilégié la voie politique en occurrence celle du dialogue. Martin Luther Agwai le commandant de cette force ne va d’ailleurs pas cacher  ses inquiétudes quand à l’efficacité de cette mission sur le terrain arguant que la tache sera difficile compte tenue de l’inexistence d’un accord de paix entre les partie en conflit.

La mise sur pied de cette force de maintien  de la paix imposée à Khartoum par l’ONU avec le soutien de Washington a un rôle ambigüe voir incompréhensible dans la mesure ou les rebelles engagés dans le conflit n’avaient  pas encore manifesté un  désir quelconque  de s’engager dans un processus de paix ou la volonté d’ établir un programme politique.  Ces derniers lors des pourparlers initiés par l’UA ne justifiaient  leur implication dans la guerre au Darfour  que par le désir que soient prises en compte par les autorités de Khartoum, leurs revendications. Leurs prises de parole quant à elles ne se limitaient qu’à leur haine envers le pouvoir dirigé par Omar El Béchir.

Un autre problème et non des moindre lié à la résolution de  l’Onu appuyée par Washington d’imposer une mission de la paix au Darfour,  est la voie qu’elle ouvrait au terrorisme sur le continent africain notamment à Al Qaida. Loin d’apporter la stabilité elle  fut une opportunité pour l’augmentation des violences au Darfour. Des préoccupations fondées puisque quelques mois après l’adoption  de cette mesure, Oussama Ben Laden alors porte parole du groupe extrémiste Al Qaida a appelé au Jihad dans cette région du Soudan contre la mission onusienne considérée comme une force d’occupation mais également contre le gouvernement soudanais accusé de laxisme face à cet envahissement sur ses terres.

La stabilité politique qu’a connue le Soudan avant fin 2018 et l’amélioration de la situation sécuritaire au Darfour où les combats entre rebelles et forces gouvernementales ont connu une réduction sont  les raisons évoquées par le conseil de sécurité de l’ONU pour justifier le retrait en Juin 2020 des forces de la MINUAD. Aujourd’hui bien que ce retour semble conditionné par la crise politique  actuelle au Soudan, de nombreuse sources s’accordent que ce départ  est lié à la l’initiative de Donald Trump de réduire la contribution américaine aux opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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