Association for Free Research and International Cooperation

Investissement Russe en Afrique : les grandes retombées du sommet de Sotchi

30.11.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le premier sommet Russie-Afrique de l’histoire, organisé les 23 et 24 octobre 2019 à Sotchi a marqué une évolution certaine dans l’avancement de la coopération entre le pays du Tsar et ceux du vieux continent. Aux côtés des 41 autres dirigeants présents et de plus de 3 000 participants, le président russe Vladimir Poutine et égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, président en exercice de l’Union Africaine, ont eu l’honneur d’ouvrir la cérémonie et de conduire les débats. Si ce Sommet inédit a eu le mérite de consolider 60 ans de relations russo-africaines, il a aussi et surtout été l’objet de plusieurs retombées en termes de contrat de partenariat au point où le président égyptien a qualifié la Russie de « partenaire fiable pour le continent ». Parmi ces retombées, on peut noter aisément la signature de plusieurs contrats d’investissement entre le pays hôte et les pays africains conviés pour l’occasion.

Que ce soit la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara, le Bénin de Patrice Talon, le Burkina Faso de Roch Marc Christian Kaboré, le Rwanda de Paul Kagamé ou encore l’Afrique du Sud de Cyril Ramaphosa, presque tous ont su négocier, avec tact et sagesse, des contrats importants avec les investisseurs russes. Infrastructures industrielles, transports et logistique, énergies, agroalimentaire, industrie médicale, presque tous les axes de développement ont été abordés. Seulement, à la sortie de ce Sommet, ce sont surtout deux pays africains qui ont su tiré les plus grands avantages de ce Sommet.

D’abord, le Maroc, malgré l’absence remarquée de son plus haut représentant, le roi Mohammed VI, a pu signer le premier contrat d’envergure du Sommet. Le pays de l’Afrique du Nord, déjà grand importateur d’armes de fabrication russe, a su négocier le projet de construction d’un complexe pétrochimique sur son territoire. De son côté, la République Démocratique du Congo, plus en vue dans les négociations avec son président Félix Tshisekedi, a quitté la ville de Sotchi  avec plusieurs contrats importants dont un plus juteux : celui de 500 millions USD pour les voies ferrées.

RDC : la garantie de la réhabilitation du secteur ferroviaire

Immense pays de plus de 2,3 millions de km2, la RDC ne compte pourtant que très peu de routes praticables et, son réseau de chemin de fer, long de 5000 km, qui a été construit à l’époque coloniale se trouve dans un piteux état. Ce réseau, éclaté en 4 zones non interconnectées, aujourd’hui défectueux et ayant dans le passé causé de nombreux déraillements meurtriers pourra alors, à la suite de la réalisation de ce contrat « gagnant-gagnant », bénéficier d’un coup de neuf de la part de la société russe RJD. Contrairement aux affirmations de Thierry Vircoulon, chercheur de l’IFRI et spécialiste de l’Afrique centrale qui peint totalement en « noir » ce contrat, le président Tshisekedi lui, y voit la promotion d’un partenariat nouveau qui va aboutir à la modernisation des infrastructures ferroviaires de la RDC.

  • La signature d’un mémorandum d’entente

Pour matérialiser les discussions enclenchées sur l’apport que la nouvelle coopération russe avec les pays africains peut avoir pour le continent, plusieurs contrats ont été signés. En marge de ces assises qui ont regroupé plusieurs dirigeants africains, le gouvernement congolais, l’un des grands gagnants de la rencontre, en plus des contrats d’armement signés avec les autorités russes, a signé un « mémorandum d’entente » avec une société de chemins de fer russes, la RJD. C’est le porte-parole du président Tshisekedi, Kasongo Mwema Yamba, qui l’a annoncé via Twitter. D’après son annonce, le protocole d’accord d’un montant de 500 millions de dollars va aider à complètement réformer le circuit ferroviaire congolais et ses avatars. Ce protocole va alors permettre plusieurs innovations dont l’installation d’une usine de montage de locomotives en RDC et la formation du personnel. En plus de tout ceci, il va également aider à la réhabilitation de plusieurs voies ferrées du pays.

Les avantages de la signature du mémorandum d’entente avec la société des chemins de fer russe RJD sont nombreux pour la RDC. Le premier d’entre eux est l’accord sur le montage d’une usine de locomotives qui sera installée en RDC. Le porte-parole du président Tshisekedi, Kasongo Mwema, l’a très clairement indiqué au moment de son annonce sur la signature dudit mémorandum d’entente. Il a également tenu à préciser que ce protocole vise la réhabilitation, la construction des voies, mais aussi et surtout la « formation du personnel ». Alors que généralement, dans ce genre de contrat, les partenaires se contentent d’acheminer des préfabriqués dans les pays demandeurs, la donne ici est différente. Ce grand succès des négociations sur le point de « l’installation d’une usine de montage de locomotives en RDC » est révélateur du futur succès d’un tel contrat. Une telle usine, installée sur le sol congolais pourra permettre de résorber plusieurs problèmes dont celui en partie liée au chômage, en ce sens qu’il sera d’un grand atout pour l’insertion professionnel des jeunes qui seront engagés dans ces usines.

La conséquence immédiate sera qu’une telle initiative aura un très grand impact sur la situation financière de la société nationale des chemins de fer du Congo jugée presque « malsaine » voire en « faillite » et sur l’économie toute entière du pays. Pour les plus de 4 000 employés que compte la société congolaise des chemins de fer, un tel mémorandum s’annonce également révélateur puisqu’il s’accompagnera aussi d’une formation de qualité qui permettra, à terme, de faciliter le transfert de la gestion complète de cette technologie.

  • La programmation de la visite d’une délégation russe

À l’ouverture du Sommet, les autorités russes qui ont affiché leur ambition de doubler, d’ici cinq ans, leurs échanges avec le continent, ont également voulu séduire en mettant en avant le respect du principe de souveraineté des États africains. Pour ce faire, le président russe, Vladimir Poutine, a tenu à défendre le passé de lutte anticoloniale de l’URSS, tout en réitérant le caractère sérieux des accords qui seront passés durant le Sommet. Et justement, pour attester du sérieux du mémorandum d’entente qui a été signé entre les parties, une visite officielle des autorités russes avait d’ailleurs été annoncée à Kinshasa, par le porte-parole du président de la république, Kasongo Mwema. Cette délégation russe était attendue le 10 novembre, dans la capitale Kinshasa, en vue de la finalisation de ce partenariat, qui à coup sûr, viendra donner un coup de jeunesse au réseau ferroviaire congolais vétuste et à la société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC), en difficulté financière. À la fin, tout porte alors à croire qu’il s’agit d’un  « partenariat Russie-Afrique mutuellement avantageux » pour chacune des parties et pour la RDC en particulier qui va avoir droit à une modernisation complète de son réseau de chemin de fer.

Maroc : la signature d’un projet de construction d’un complexe pétrochimique

Pour plusieurs pays du continent, le premier Sommet russo-africain de l’histoire, organisé à Sotchi, a été d’une immense plus-value. Voulant se réinventer à travers sa nouvelle politique offensive d’investissement et de coopération avec l’Afrique, la Russie a su attiré l’attention des dirigeants africains, nombreux pour l’occasion, en militant pour une approche basée sur le « respect et la souveraineté ». Le président russe, Vladimir Poutine n’a d’ailleurs pas manqué de soulever ce point en faisant état du passé conjoint commun que partage son pays avec le continent africain. Pour les offensives les plus remarquables de ce sommet donc, en dehors de la RDC qui s’est illustrée avec la signature d’un projet attrayant concernant la réhabilitation entière  de son secteur ferroviaire, le Maroc également a su tirer son épingle du jeu. Ce pays du Nord de l’Afrique a su négocié la signature d’un gigantesque projet pour la construction d’un complexe pétrochimique au Maroc.

  • Un contrat juteux

D’une valeur de près de deux milliards d’euros, ce contrat a été mis sur les rails entre la banque de développement russe VEB et la société marocaine MYA Energy, quasi-inconnue à l’échelle internationale jusqu’à présent. Par la suite, il a été paraphé le même mercredi 23 octobre 2019 par le directeur général de la société MYA Energy, Moulay Youssef El Alaoui, le président de la banque de développement de la fédération de Russie (VEB), Daniil Algulyan, et le vice-président du centre russe pour l’exportation, Nikita Gusakov. Bien plus que la création d’une raffinerie, ce projet va surtout permettre de créer de l’emploi tout en apportant énormément dans la modernisation des équipements de raffinage et le transfert de compétences dont manquent cruellement bon nombre de pays africains en la matière.

Pour la bonne réalisation de ce projet, l’expertise et les dernières technologies russes pour le raffinage et le stockage de produits pétroliers seront grandement sollicités comme le précise une source interne. Seulement, puisqu’à la fin le développement de ce projet sera destiné à une exploitation totale par les marocains, il a été alors convenu que la réalisation de la raffinerie soit effectuée par le société marocaine MYA Energy qui devra juste bénéficier du partenariat des différents acteurs russes dans le domaine. Ils fourniront alors l’expertise, la technologie et le matériel.

  • Les réserves sur la faisabilité

Malgré les attentes élevées en terme de production qui, d’après les estimations permettront de doter la raffinerie d’une capacité de raffinage de 100 000 barils par jour dans un premier temps et de 200 000 barils/jour dans sa deuxième phase, le Maroc a tenu à respecter ses engagements issus de la COP-22 qui avait eu lieu à Marrakech, sa capitale. Pour ce faire, les parties ont tenu à ce que le projet s’inscrit dans une démarche respectueuse de l’environnement qui pourra permettre au Maroc de contribuer à la réglementation « IMO 2020 » qui indique la réduction des émissions de soufre des pays.

Malgré l’existence d’une offensive tous azimuts de la Russie au gré des opportunités dont regorge le continent africain et de l’apport bénéfique des contrats qui ont été signés lors du Sommet de Sotchi pour le continent, il faut néanmoins rester prudent. Car, comme en partie avec le chercheur français Thierry Vircoulon, beaucoup de chercheurs africains s’interrogent sur la capacité réelle de la Russie à pouvoir concrétiser tous ces investissements.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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