Association for Free Research and International Cooperation

Forum de Dakar sur la sécurité en Afrique : Le sahel au centre des préoccupations

26.11.2019
Article de la rédaction AFRIC
Le sommet de Dakar sur la sécurité en Afrique qui s’est tenu du 18 au 19 novembre dans la capitale sénégalaise, a été l’opportunité pour le président Macky Sall hôte de l’événement de plaider en faveur de la région du Sahel qui connait une situation sécuritaire dégradante. Rappelant devant l’auditoire que « combattre ensemble le terrorisme au Sahel est un impératif de sécurité collectivité », le chef de l’Etat sénégalais dont le pays partage une frontière commune avec le Mali a également utilisé cette tribune pour plaider en faveur d’un « mandat robuste » pour les forces onusiennes déployées dans ce pays voisin qui croupit sous le poids de la menace jihadiste malgré la présence des forces internationales sur le terrain.

Avec pour  thème « défis actuels du multilatéralisme », l’evenement qui est à sa sixième édition, s’est deroulé dans un conteste marqué par une avalanche d’attaques sanglantes menées par les groupes djihadistes  dans le Sahel. Depuis sa creation en 2014, le sommet de Dakar sur la securité en Afrique qui est une initiative franco sénégalaise, reuni chaque année  des décideurs politiques et  des  spécialistes des questions securitaires.

Selon le ministère sénégalais des affaires étrangères, le thème du multilatéralisme a toute sa place dans un contexte où les africains restent fortement dépendants de la coopération militaire avec des organismes internationales tels que l’ONU et des nations étrangères comme les Etats-Unis et la France. Cependant cette collaboration, n’exclue pas le fait qu’il soit nécessaire pour les Etats africains directement touchés  par le problème du terrorisme, de mettre sur pied des espaces de réflexion  propres ouvrant la voie à des solutions pour endiguer le phénomène.

Au Centre de conférence international Abdou Diouf de Diamniadio, les assises ont porté sur  les stratégies mises sur pieds par les dirigeants du continent pour contrer la menace terroriste qui gagne du terrain notamment dans les pays sahéliens. Parmi les invités de marque à ce rendez-vous, le  Premier ministre français Edouard Philippe, la ministre française de la Défense Florence Parly et le président Mauritanien Mohamed Ould Ghazouani.

Plaidoyer pour un renforcement des forces régionales

Épargné par la menace terroriste, le Sénégal reste néanmoins préoccupé par la situation sécuritaire dans la région du Sahel, un territoire  confronté à l’insécurité et à l’extrémisme jihadiste. Malgré son exclusion  du G5 Sahel, le  pays dirigé par Macky Sall a toujours fait montre d’un intérêt majeur  en ce qui concerne les défis sécuritaires que rencontre cette organisation qui regroupe la Mauritanie, le Tchad, le Niger, le Burkina Faso et le Mali.

Ses troupes présentes au sein de la force onusienne  qui assure une mission de stabilisation au Mali, sont appréciées pour leur bonne formation technique et leur efficacité sur le  terrain. Reconnaissant la détérioration ces derniers temps de la situation sécuritaire dans le Sahel, le président Macky Sall et son homologue mauritanien ont tous deux réclamé un mandat plus renforcé de la force onusienne présente  dans cette région. Invité d’honneur du Président Macky Sall au Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani  a insisté  pour  un renforcement des forces régionales qui selon lui connaissent mieux le terrain et peuvent s’avérées plus efficaces que les casques bleus de l’Onu. Pour le dirigeant mauritanien «le leadership de la lutte contre le terrorisme doit être confié aux États qui y font face au quotidien». Une requête qui fait référence à la force du G5 Sahel qui attend toujours les promesses de dons faites pour son opérationnalisation et ses équipements.

« Des forces régionales mobiles, plus légères et connaissant mieux le terrain doivent être davantage privilégiées comme réponse plutôt qu’une force lourde et statique avec un mandat souvent limité et coûteux. L’ONU  doit ainsi donné un mandat plus robuste et un financement plus pérenne aux forces sous-régionales telles que la force conjointe du G5 Sahel. »

L’ONU appelée à reformer sa  mission de maintien de la paix

Face au danger que représentent les groupes extrémistes armés qui pullulent dans le Sahel, il est impératif pour le président sénégalais que l’ONU fasse une reforme de ses procédures de déploiement notamment au Mali où la menace terroriste reste grandissante. Pour cela, Macky Sall a fait appel au soutien de la Chine et la Russie qui siègent toutes deux au conseil de sécurité afin qu’elles fassent entendre leurs voix en faveur d’un mandat plus robuste de la mission des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).

Le dirigent mauritanien dont le discours est identique à celui de son homologue sénégalais, soutient que la politique de  la mission de maintien de la paix de l’ONU déployée au Mali est en déphasage totale avec les réalités que connait la région du Sahel sur le plan sécuritaire.  Rappelant que la situation sécuritaire au Mali s’est considérablement dégradée malgré la présence sur le terrain de 30 000 militaires issus des troupes du G5 Sahel , du contingent français de  l’opération Barkhane, de l’armée malienne et de la MINUSMA, le chef de l’Etat sénégalais a pour sa part souligné qu’il y a forcement un problème pour que ces forces militaires soient prises en otage par une bande d’individus. D’où selon lui l’urgence d’un changement de stratégie sur le plan local.

Solidarité envers le Mali

Le Mali est dans la région du Sahel le pays qui est le plus confronté à la menace terroriste.  Les bavures de nombreux  groupes jihadistes implantés dans certaines villes du pays, ont contraint de nombreuses écoles à fermer. Dans son discours, le chef de l’Etat sénégalais a longuement plaidé pour la cause du Mali qui paye l’un des plus lourds tribus de la menace terroriste en Afrique. Alors que s’ouvrait à Dakar le forum sur la sécurité en Afrique, l’Est du pays dirigé par Ibrahim Boubakar Keita a fait l’objet d’une attaque terroriste qui a couté la vie à 24 soldats maliens. A ces morts s’ajoute la centaine de soldats tués au cours de deux attaques d’envergures qui ont eu lieu en l’espace d’un mois aux abords des frontières avec le Niger et le Burkina Faso.

Dans une interview accordée au journal sénégalais le Soleil, le président mauritanien a appelé la communauté internationale à s’impliquer davantage pour une résolution définitive de la crise libyenne qui selon lui a largement contribué à la dégradation de la situation sécuritaire dans le sahel. Les violences jihadistes qui ont débuté en 2012 au Nord du mali se sont étendues aujourd’hui aux pays voisins que sont le Niger et le Burkina Faso.

Pour Salif Keita, la France finance le terrorisme au mali

La situation au Mali exaspère au plus haut point. Alors que de nombreuse voix se font de plus en plus entendre  pour exiger la fin du carnage qui a débuté il y a 07 ans, l’artiste musicien Salif Keita est également monté au créneau en accusant la France de financer le jihadisme dans son pays. Par le billet d’une vidéo publiée sur Facebook, celui qui est considéré à l’international comme l’ambassadeur de la musique malienne demande au président Ibrahim Boubakar Keita de ne plus se soumettre à Emmanuel Macron, mais également de quitter le pouvoir s’il n’est pas à mesure de dire la vérité aux maliens.

Ses propos qui ont très vite été condamnés par l’ambassadeur de France au mali, ont été qualifiés par ce dernier de « paroles diffamatoires qui font le jeu de ceux qui cherchent à semer la discorde et entretenir le chaos. » Un discours qui ne passe pas du coté de la population qui s’est massivement mobilisée  à Bamako  vendredi dernier pour exige de ses politiques des éclaircissements sur le jeu trouble de Paris et surtout sur l’incapacité de la force française Barkhane à freiner l’expansion jihadiste dans le Sahel malgré ses impressionnants moyens de renseignements technologiques, aériens, logistiques et humains.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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