Association for Free Research and International Cooperation

Sommet de paris sur la paix : les dirigeants africains veulent une meilleure considération de l’Afrique

18.11.2019
Article de la rédaction AFRIC
Présents au sommet de Paris sur la paix qui s’est tenu du 12 et 13 novembre 2019 dans la capitale française, les dirigeants africains ont profité de ce grand rassemblement dédié à la cause de la bonne gouvernance pour exposer les défis auxquels est confronté le continent dans un contexte marqué par une insécurité grandissante. Initié par le président français Emmanuel Macron, ce rendez-vous annuel qui offre l’opportunité aux acteurs de la gouvernance mondiale de proposer des solutions pour la promotion de la paix et du développement, a vu la participation d’une trentaine de chef d’Etats du continent parmi la soixantaine présente.

Souvent accusés par leurs homologues occidentaux de s’éterniser au pouvoir et de ne pas favoriser l’alternance démocratique dans la gestion de leur pays, les présidents  africains en ambassadeurs d’un continent miné par les problèmes d’insécurité qui freinent  son développement ont  fait entendre leur voix. Les plaidoyers dans leur ensemble, militent pour une meilleure considération de l’Afrique dans le concert des nations.

Idriss Deby veut un respect des promesses faites au G5 Sahel

La situation dans le Sahel qui connait une recrudescence d’attaques terroristes à la frontière Niger-Burkina-Mali, a dominé les échanges auxquelles ont pris part les présidents Idriss Deby Itno du Tchad, Issoufou Mahamadou du Niger et Roch Marc Christian Kabore du Burkina Faso et dont les pays font partie des cinq Etats membres du G5 Sahel. La force conjointe  de l’organisation sous régionale créée en 2014, manque de financement pour son opérationnalisation sur le terrain.

Appelé à s’exprimer sur la situation sécuritaire dans son pays en particulier et le G5 Sahel en général, le président tchadien n’a pas caché son indignation quant aux promesses non tenues par les partenaires , bailleurs de fonds et donateurs pour le financement de l’organisation composée du Tchad , du Niger , du Burkina Faso, du Mali et de la Mauritanie. Selon les  propos du président tchadien, la force mixte réunissant les soldats des cinq pays, n’est pas encore active sur le terrain. N’ayant  pas encore reçu de l’ONU un mandat offensif pour riposter contre les terroristes qui sèment la mort et la désolation dans la bande sahélo-saharienne, la force conjointe qui attend toujours les financements promis ca et là, n’a pas encore les moyens financiers nécessaires pour se doter d’équipements nécessaires pour mener des opérations contre l’ennemi. Parmi les partenaires ayant pris des engagements figurent l’Union européenne qui a promis une enveloppe de 414 millions d’euros, les Emirats arabes unies et l’Arabie saoudite qui ont résolu de débloquer  respectivement 30 et 100 millions d’euros.

En attendant que ces partenaires honorent leurs vœux, la région du Sahel continue de faire face aux affres des groupes armés qui gagnent du terrain et multiplient les attaques. L’une des dernières en date est celle du 02 novembre 2019 qui a ciblé un camp militaire malien situé à la frontière avec le Niger. L’armée malienne qui a enregistré l’une de ses plus grosses pertes en vie humaine a perdu  53 soldats. Cette attaque survient après celles du 30 septembre et du 1er Octobre de cette année, à la frontière avec le Burkina Faso et qui ont coutées la vie à une quarantaine d’hommes en tenue.

La communauté internationale appelée à plus de solidarité envers le G5 Sahel

Le G5 Sahel en plus de manquer de financement pour l’opérationnalisation de sa force, fait l’objet d’un manque de solidarité de la part de la communauté internationale.  Cette remarque a été faite par le président du Niger  Issoufou Mahamadou convié avec ses homologues de la République  du Congo et du Tchad  à prendre part  au programme radiophonique « Le débat africain » de RFI modéré par le journaliste Alain Foka. Le dirigeant nigérien qui s’est exprimé sur les moyens jugés selon lui efficaces pour contrer la menace sécuritaire sur le continent, a déploré  le manque d’engagement  qu’on note au niveau de la communauté internationale.

Pourtant l’Afrique et plus précisément le Sahel, est selon lui dans  l’urgence. Des actions efficaces pour repousser les jihadistes qui ont repris du poil de la bête sont plus que jamais nécessaires. Prenant pour exemple le nord du Mali qui subit les assauts répétés des terroristes, le président du Niger a émis le souhait que l’action menée par la force onusienne (Minusma)  déployée  dans le nord malien ne se limite plus au niveau du «  maintien de la paix », mais qu’elle se mute en une guerre réelle contre les terroristes. Pour le président tchadien la communauté internationale qui semble faire peut de cas aujourd’hui de la situation qui prévaut au Sahel a pourtant sa part de responsabilité puisqu’elle a encouragé le renversement du régime de Kadhafi duquel résulte la situation chaotique en Lybie qui très vite a affectée  la région du Sahel.

Félix Tshisekedi  appelle à une coalition internationale dans la lutte contre le terrorisme

L’union fait la force dit-on.  C’est en s’appuyant sur cet adage que le président congolais  s’est prononcé pour une mobilisation mondiale pour lutter efficacement contre le terrorisme en Afrique. Pour le président congolais dont  l’Est du pays est  pris en otage par de nombreux groupes armés,  une coalition internationale pourrait faciliter le démantèlement de réseaux de financement du terrorisme souvent  alimentés  par des personnes fortunées et permettre la mise sur pied d’un un meilleurs cadre pour les renseignements. Le successeur de Joseph Kabila Kabange qui croit au potentiel de l’Afrique  salut l’énorme travail abattu jusqu’ici par les forces régionales africaines qui de son avis gagneraient en collaborant avec d’autres  forces spéciales pour  mieux anticiper les actions jihadistes. Felix Tshisekedi qui encourage les différentes organisations sous régionales à collaborer entre elles, avaient déjà  lors du dernier sommet de la SADC qui s’est tenu à Dar es Salam en Tanzanie, appelé les dirigeants de l’organisation à penser à la création d’une coalition régionale pour déloger les groupes armés qui représentent une menace aussi bien pour son pays que pour la sous-région.

Le président Paul Biya appelle à une reforme des institutions internationales

Le président camerounais Paul Biya qui a une certaine connaissance des dossiers internationaux, est le seul chef d’Etat qui a été appelé à prendre la parole au grand débat organisé au deuxième jour du forum de Paris sur la paix. Marqué sous le thème : Reconnaître le Sud : Pour une gouvernance mondiale plus équilibrée, ces échanges animées par le milliardaire Mo Ibrahim, président de la Fondation qui porte son nom et la secrétaire générale de la Francophonie Louise Mushikiwabo entre autre  ont  été l’opportunité pour le président camerounais de plaider pour une reforme des institutions internationales que sont l’ONU, la Banque mondiale et le FMI. Pour ce qui est de l’ONU, Paul Biya s’est appesanti sur la reforme du Conseil de sécurité qui selon lui doit revoir la position de l’Afrique carrément absente. «  On doit poursuivre la réforme du Conseil de sécurité et porter le nombre de pays membres à 26 avec au moins deux Etats africains comme membres permanents disposant du droit de veto ».

Les institutions de bretton woods sont également appelées à revoir leur mode de fonctionnement vie à vie de l’Afrique. Créés au lendemain de la seconde guerre mondiale, elles ont selon Paul aujourd’hui à faire à un monde qui a connu de nombreuse mutations et l’Afrique n’est pas en reste.

La question sur la situation sécuritaire qui prévaut dans les régions en crise du Nord-Ouest et du Sud-ouest, s’est également invitée lors des échanges. Le dirigeant camerounais a rassuré sur sa détermination à résoudre ce différent en s’appuyant sur les propositions faites lors du Grand dialogue national. Rappelant l’histoire complexe de son pays qui avant la première guerre mondiale a d’abord été une colonie allemande avant de basculer entre les mains de la France et de la Grande Bretagne, Paul Biya a souligné la difficulté que pose cette juxtaposition de cultures sur le plan des mentalités mais également dans des domaines tels que la magistrature et le système éducatif. Son pays qu’il veut un et indivisible, doit malgré cette complexité, faire avec ces deux héritages coloniaux qui ne facilitent pas toujours la cohabitation.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

To view full news and leave comments you must be logged in. Please join the community