Association for Free Research and International Cooperation

Le chemin périlleux des élections majeures de 2020 sur le continent africain

16.11.2019
Article de la rédaction AFRIC
Considérée par plusieurs, à tort ou à raison, comme le berceau de l’humanité, l’Afrique, loin des standards auxquels elle aurait pu espérer, continue de souffrir du fait de la qualité des dirigeants qu’elle a connu jusqu’ici. Si l’avènement de la démocratie a aidé à franchir le cap en permettant une alternance partielle au sommet de certains États du continent, force est de constater que ce système de gouvernance n‘a pas encore réussi à mettre toutes les parties au même diapason. Définie comme un système de gouvernance qui met le peuple au centre de tous les intérêts, la démocratie, mieux que les clichés reçus et les faiblesses observées, devait pourtant, dans son principe, permettre un changement constant de leaders à travers une alternance au sommet de l’État ; ceci pour faciliter l’implémentation de nouvelles politiques, propres aux nouvelles générations. Très loin de toutes les attentes et espoirs suscités, l’échec d’une Afrique plus unie et plus prospère a été très vite la résultante de « constitutions » peu solides, qui, à chaque fois doivent changer au gré des humeurs des hommes de pouvoir.

Avec la vague des indépendances survenues au début des années 60, un nouveau souffle, inspiré des nouvelles démocraties et des lois fondamentales, garants de la paix et la stabilité des États était plébiscitée en grande pompe. Sauf que c’était sans compter sur la volonté des hommes de pouvoir, prompts à altérer la volonté du peuple en procédant chaque fois, pour certains pays du continent, à une tricherie caractérisée autour de l’expression de la volonté populaire lors des « élections ».

Définies comme la désignation, par le vote d’électeurs, de représentants destinés à les représenter ou à occuper une fonction en leur nom, les élections, pour cette année à venir (2020), vont encore être nombreuses sur le continent africain. Provenant du verbe latin « eligere » qui signifie « choisir » et du substantif « electio » qui signifie « choix », le terme élection, dans son étymologie, a parfois du mal à trouver une application véritable dans certains pays du continent. Du fait de la volonté de certaines personnes, groupes ou partis politiques de se maintenir au pouvoir à tout prix et à tous les prix, les élections sur le continent laissent rarement une fin heureuse pour tous les participants. Les multiples contestations post-électorales survenues au fil des années peuvent attester de la lourdeur du climat politique dans le continent.

Que ce soit en Côte d’Ivoire, au Cameroun, en Éthiopie, au Comores, en Guinée, au Mali, au Tchad, en Tunisie ou encore au Niger, les défis à venir au cours de l’année 2020, vont être nombreux, dans ce sens que les élections qui vont y avoir lieu vont marquer un tournant décisif dans l’évolution de ces différentes démocraties. Si une connotation à très forts risques de troubles peut déjà être envisagée pour certains de ces pays, particulièrement autour des élections présidentielles, les élections de proximité ne seront pas sans intérêt pour des pays comme le Cameroun où l’ensemble de la classe politique est divisée du fait de la convocation à contre-courant du corps électoral. La montée en puissance des candidats indépendants sera également à surveiller.

Les prochaines présidentielles plus ou moins « houleux »

Du fait des constitutions qui ne sont pas respectées, ou qui sont littéralement interprétées en faveur de certains candidats, en majeure partie les candidats sortants, les élections présidentielles de 2020 sur le continent africain vont être particulièrement rugueuses. Trois pays en particuliers peuvent connaître ce cas de figure. Il s’agit de la Côte d’Ivoire du président Alassane Ouattara, du Togo du président Faure Gnassingbé et enfin de la Guinée du président et ancien opposant historique Alpha Condé. Néanmoins au milieu de tout ce tumulte qui s’annonce en grande pompe et qu’il serait préférable d’éviter pour le maintien de la stabilité et la paix dans le continent, plusieurs figures ou partis politiques d’un autre genre, qui ont misé sur la politique de la « vérité » et des « intérêts du peuple » peuvent tirer leur épingle du jeu au point de taire toutes les velléités qui pourront naître.

Pour l’occasion, le Togo de Faure Gnassingbé n’est pas mieux nanti pour les échéances électorales qui se préparent pour 2020. À la base de la réforme constitutionnelle contestée adoptée à 90 voix sur les 91 que compte le parlement togolais, qui lui permettra de pouvoir se représenter aux prochaines élections présidentielles de 2020 et 2025, tout porte à croire que le président sortant, Faure Gnassingbé, tout comme ses paires du continent, à lui aussi été atteint par la maladie du pouvoir qui mine le continent : « faire croire qu’on est le seul homme capable de diriger le pays ». Cette situation, dès son annonce a considérablement cristallisé la classe politique togolaise qui voit dans cette volonté manifeste de se maintenir au pouvoir une sorte de reculade dans les avancées acquises depuis le début des revendications pour une véritable démocratie pour le pays. Pour ce pays africains comme pour tant d’autres alors, 2020 risque de sonner le glas de la domination vile des hommes politiques avares de pouvoir et qui n’accordent que peu de place à l’intérêt de la nation.

En guinée, le président Alpha Condé, ancien opposant historique et premier président démocratiquement élu du pays, aurait pu se tailler une sortie salutaire en s’inspirant de son homologue nigérien, Mahamadou Issoufou, qui a déclaré qu’il ne se représentera pas, mais soutiendra un candidat. Que nenni ! Par une entourloupe montée de toute pièce qui repose sur les consultations nationales qu’il avait initié en date du 10 septembre 2019, ce dernier cherche plutôt à procéder à la modification de la constitution qui, impose une limitation de mandat, afin de pouvoir se représenter et perpétrer le système de fraude déjà bien huilé. Sauf que, très rapidement, une grogne populaire s’est emparée du pays. Avec la marée rouge qui déferle un peu plus chaque jour dans les rues de Conakry, et l’appel au boycott généralisé lancé par les leaders de l’opposition tels que Abdoulaye Oumou Sow ou Cello Dalein Diallo, les échéances électorales à venir en Guinée vont être une véritable épreuve si le président Alpha Condé ne se rappelle pas de ses belles paroles d’autrefois, du temps où il mettait le peuple au centre de tous les intérêts et rende son écharpe pour assurer la paix, la sécurité et la stabilité du pays qu’il dit avoir tant aimé.

La Côte d’Ivoire, traversée par une histoire politique particulièrement sanglante aura fort à faire compte tenu de son passé politique récent qui avait abouti en 2010-2011 à la mort de plus de 3.000 ivoiriens. Dans ce pays, la course à la présidentielle 2020 s’annonce comme un combat de tous les extrêmes. Même si tous les probables candidats n’ont pas encore officiellement exprimer leur position sur la question en faisant officiellement acte de candidature, plusieurs acteurs clés, libres, des alliances d’hier et du passé, ont commencé à briser les chaînes de toute coalition qui leur faisait ombrage pour se positionner comme les véritables « têtes de gondoles » du prochain scrutin.

Que ce soit avec le président sortant Alassane Ouattara qui continue d’entretenir le flou autour d’une possible représentation ; Guillaume Soro, l’ancien président de l’Assemblée Nationale qui s’est officiellement porté candidat et qui a déjà lancé les premiers pics en déclarant qu’il ne sera pas content s’il ne passe pas le premier tour ; Laurent Gbagbo qui vient qui vient d’être définitivement innocenté et acquitté par la Cour Pénal Internationale ce 16 novembre 2019 et dont personne à ce jour ne pourrait définir les positions ; Charles Blé Goudé qui pourrait avoir un rôle prépondérant à jouer auprès de la jeunesse en attendant probablement de voir de quel côté il s’alignera ; l’ancien président et ancien camarade politique du président sortant, le très nommé Henri Konan Bédié, les ivoiriens auront fort à faire pour maintenir la paix dans leur pays.

Néanmoins, au milieu de tous ces caciques, qui de près ou de loin ont déjà été aux affaires, une nouvelle force-lumière, pourrait apporter un rayon d’apaisement et de prospérité dans l’espace politique ivoirien, en consolidant par son approche libérale, la volonté commune de tous les ivoiriens. Il s’agit du Parti « Liberté et Démocratie pour la République » (LIDER) qui séduit grandement sur les réseaux sociaux avec son programme axé sur la démocratie et l’économie de marché. Fondé le 14 juillet 2011 par le professeur Mamadou Koulibaly qui s’est entouré d’une conseillère stratégique en la personne de Nathalie Yamb qui avait fait forte sensation par ses positions louables lors du dernier Sommet Russie-Afrique de Sotchi, le parti continu de s’étendre et se structurer dans tout le pays.

Le bégaiement prévisible élections de proximité à venir

Outre les élections présidentielles qui vont cristalliser une bonne partie de la classe politique des pays du continent africain en 2020, les élections de proximité, organisées autour des municipales, des législatives et des régionales, en fonction des pays, auront une importance certaine dans la continuation de la bonne marche de la vie démocratique. Parmi les pays en lice, plusieurs s’apprêtent à vivre un scrutin ou un double scrutin d’anthologie dans la mesure où, au sortie de ces élections, en dépit des troubles en cours ou de ceux qui pourraient y avoir lieu dans ces pays, la dialectique des « majorités obèses » dans les parlements et assemblées nationales pourraient s’estomper ; laissant les pouvoirs en place aux prises d’une nouvelle génération de politiciens :  exit les politiciens du « ventre », place aux politiciens de la vérité et de la construction.

Dans l’exercice des doubles scrutins législatif et municipal à venir (2020), l’Éthiopie et le Cameroun pourraient être logés à la même enseigne. Les Nigérians lui sera plutôt à l’exercice d’un triple scrutin qui va combiner à la fois présidentielles, législatives et municipales. Seulement, contrairement à l’Éthiopie qui a connu un changement et une alternance au sommet de ses institutions avec son récent jeune premier ministre réformateur Abiy Ahmed qui fait aujourd’hui la fierté de tout le continent et le changement de son président qui est intervenu en 2018, le Cameroun lui, est resté la chasse gardée d’un seul homme, qui aujourd’hui à fait du pays des Lions Indomptables, un véritable « spécimen » pour les organisations de protection des droits de l’homme tels que Amnesty International ou encore Human Rights Watch.

Depuis les revendications de novembre 2016 et le bal du contentieux post-électoral kafkaïen qui avait donné lieu à la vague déferlante de l’expression « irrecevable », pour le plaisir d’un seul homme et de sa legacy, le pays est tourmenté par des maux indescriptibles. Dans un mouvement ciblé d’interdiction et de répression systématique des partis politiques d’opposition, le gouvernement a choisi de rendre la vie particulièrement dure au Mouvement pour la Renaissance du Cameroun du Professeur Maurice Kamto qui malgré les obstacles continue d’attirer de nombreux militants et sympathisants à travers tout le pays et en dehors. « Ô Cameroun de Paul Biya », guerre dans le Nord-ouest et le Sud-ouest, violence flagrante des droits de l’homme, emprisonnement et répression violente et commandés des opposants, interdiction systématique des meetings de certains partis politiques d’opposition, politisation de la justice, instrumentalisation du tribalisme par l’État et ses sbires, sont devenus le quotidien des habitants du pays qui jadis appartenait aux combattants Ruben Um Nyobe, Félix-Roland Moumié et Ernest Ouandié.

Pourtant, malgré toute cette instabilité et la non application jusque-là des pseudo-recommandations du très contesté « grand dialogue national », le président en place depuis 37 ans avec le même son de cloche du « renouveau » a quand même réussi « l’exploit inimaginable » de convoquer le corps électoral le 10 novembre pour le double scrutin qui a été programmé pour le 09 février 2020. Au grand dam du Cameroon People’s Party de Edith Kahbang Walla, dite Kah Walla, qui avait lancé l’initiative « Stand Up For Cameroon », le corps électoral a été convoqué afin de procéder à l’élection des députés à l’assemblée nationale et des conseillers municipaux. Dans un tel marasme et une cacophonie de surenchère dictés par le pouvoir en place et ses représentants territoriaux, maires, sous-préfets et préfets, qui usent de manœuvres obscures, anti-légalistes et peu recommandables pour éviter de délivrer aux candidats de l’opposition les documents nécessaires pour la constitution de leurs dossiers de candidature pour les prochaines échéances électorales, février 2020 risque d’être le forfait de trop pour le gouvernement Biya car, même le Social Democratic Front du Chairman John Fru Ndi a compris que la politique de la « chaise vide », déjà testée en 1992, ne peut que permettre à la forfaiture d’étendre davantage son nid.

La montée en puissance des candidats indépendants

Le pari sur les élections en Afrique a connu une nouvelle évolution depuis un certain temps. Les constats observés ailleurs sont devenus une réalité sur le continent. Dorénavant, il ne sera plus forcément question de l’investiture de candidats par les partis traditionnels qui autrefois mobilisaient en totalité l’espace politique. La capacité d’écoute et de discernement des électeurs, fatigués des rhétoriques préconçues, propagées et distillées à l’approche des échéances et le vote utile s’étant répandu sur le continent, les partis politiques traditionnels commencent à souffrir de la nouvelle concurrence des membres issus de la société civile et des candidats indépendants qui ont retenu la possibilité de pouvoir prétendre aux hautes fonctions politiques, sans plus besoin d’être investi par aucun parti politique.

Comme Kaïs Saïed, nouveau président de la Tunisie alors qu’il n’appartenait à aucune formation politique traditionnelle et même nouvelle, les candidats indépendants ont le vent en poupe sur le continent. Avec l’exemple de Kaïs Saïed, la Tunisie montre la voie à suivre à toute l’Afrique. Vice-président de l’association tunisienne de droit constitutionnel et professeur universitaire, le nouveau président tunisien avait déjoué tous les pronostics lors de la présidentielle des 15 septembre et 13 octobre dernier ; l’emportant lors des deux tours avec des scores de 18,40% et 72,71% sur ces adversaires pourtant investis par les partis politiques traditionnels tels que Ennahdha de Abdelfattah Mourou ou encore Nidaa Tounes de Nabil Karoui. Alors, pour asseoir sa notoriété et sa popularité grandissante, il a juste embrayé sur la perte de foi dans les partis traditionnels qui avaient pour habitude de flatter les électeurs aux gré de fausses promesses jamais tenues une fois leur électorat obtenu. Pour appuyer sur la montée en puissance des candidats indépendants dans ce pays, on peut observer également les 4e et 6e place de Abdelkrim Zbidi et Safi Saïd qui ont connu au premier tour des scores relativement acceptables et prometteurs pour la suite.

José Mario Vaz, président sortant de la Guinée Bissau, a annoncé sa décision de se présenter aux élections présidentielles des 24 novembre et du 29 décembre à venir en tant que candidat indépendant après avoir été exclu du Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC). Il est donc l’heure en Afrique de déconstruire le mythe selon lequel pour prétendre aux fonctions électives, il faut forcement le faire par le truchement de partis politiques traditionnels qui, ont la force du nombre et de la représentation géographique.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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