Association for Free Research and International Cooperation

Retour en Afrique des Afro-Américains, un voyage vers ses origines

11.11.2019
Article de la rédaction AFRIC
Près de quatre siècles après la fin de la traite négrière, la mémoire des esclaves fascine toujours autant les historiens que les descendants de ces hommes et femmes arrachés à leur train quotidien par le biais d’un trafic honteux qualifié aujourd’hui par certains pays de crime contre l’humanité. L’idée d’un comeback en Afrique est nourrie depuis plusieurs années déjà par des milliers d’américains descendants d’esclaves noirs originaires d’Afrique. Selon l’ONU près de 200 millions de personnes vivant sur le continent américain se réclament d’origines africaines. Sur le continent noir, ils multiplient les pèlerinages. Des voyages chargés d’émotions qui leur permettent de renouer avec leurs racines. Les destinations qui ne sont pas l’œuvre du hasard sont choisies sous la base de résultats obtenus grâce à des tests d’ADN qui leur donne plus de précisions sur les pays et ethnies du continent africain avec lesquels ils ont des liens.

Quête d’identité

La quête d’identité est l’une des principales raisons qui favorisent le retour en Afrique des Afro américains et caribéens. Présents aux Etats-Unis depuis quatre siècles, la communauté noire qui représente 14 % de la population américaine est pourtant restée attachée à ses racines africaines. Grace à leurs coûts de plus en plus abordables, les test d’ADN ont contribué à favoriser de nombreux voyages en terre africaine.  Ces examens génétiques fait grâce au prélèvement de salive, permettent ainsi à de nombreux afro américains de percer un mystère devenu une obsession pour plusieurs.

La curiosité des afro américains et personnes d’origine caribéenne sur leurs racines a permis le développement d’un business florissant autour des fameux tests génétiques d’ADN. Alors que la science a connu des avancées, ces tests dont il y a une dizaine d’années, ne livraient que des détails sur les pays et régions dont étaient liés ces descendants d’esclaves vont aujourd’hui au-delà de ces informations puisqu’ils sont à mesure d’établir une connexion remontant à plusieurs générations entre des personnes ayant des liens de parenté. Les voyages en Afrique, les informations approfondies livrées par les tests d’ADN et les recherches sur des plateformes telles que Facebook ont favorisé des retrouvailles entre les descendants d’esclaves et des personnes avec qui ils partagent des liens de parenté.

Les voyages de retour aux racines

Le Sénégal, le Ghana, le Cameroun, le Benin, la Gambie, la Guinée, le Nigeria, le Togo, la Cote d’Ivoire, l’Angola… sont autant de pays situés sur la cote africaine qui ont fait partie des principaux points de départ des esclaves lors de la traite des noirs. Sur leurs côtes, de nombreux navires remplis d’esclaves ont quitté l’Afrique pour le nouveau continent l’Amérique. Les voyages de retour en Afrique sont ainsi pour les afro américains des pèlerinages effectués pour mieux connaitre leurs racines africaines, se retrouver et nouer de nouveaux liens familiaux. Ces périples sont également des virées dans le temps empreints d’émotions qui permettent aux descendants d’esclaves de refaire le trajet suivis par leurs ancêtres pour le nouveau monde, de se faire une idée des humiliations subis par ces derniers et de la douleur de l’horrible séparation avec leurs terres. Les voyages de retour en Afrique sont aussi l’opportunité pour de nombreux visiteurs de se questionner sur la portée de la traite négrière. Pour les descendants d’esclaves, un rite de purification s’impose.

Ces voyages qui sont préparés et gérés par certaines agences, ont également favorisé l’éclosion du tourisme mémoriel en Afrique à travers des visites guidées sur les principaux sites de commerce d’esclaves. Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OIM) le Benin grâce au tourisme mémoriel a vu le nombre de touriste dans son territoire bondir de 209000 à 250000 entre 2011 et 2015. Au Sénégal où l’on note plus d’affluence, le ministère de la culture parle de plus de 500 visiteurs par jours sur l’île de Gorée. Au Ghana le nombre de visiteurs dans le pays a augmenté de 20 % après le passage en 2009 de Barack Obama au fort de Cape Coast et dans d’autres lieux symbolique du commerce triangulaire.

L’île de Gorée au Sénégal, le forts esclavagiste de Cape Coast au Ghana, Ouidah au Benin, James Island et l’île d’Albreda en Gambie, l’île de Gberefu attirent chaque année des américains parmi lesquels des grandes personnalités. D’autres sites moins connus figurent également dans le patrimoine culturel de la traite des noirs. Parmi eux l’ancien port d’esclaves de Bimbia au Cameroun. Point essentiel du commerce des esclaves dans le Golfe de Guinée, ce site est ouvert sur les côtes de l’océan Atlantique dans la région du Sud-Ouest a quelque kilomètre de Limbe. Découvert en 1987, il est classé au patrimoine national du Cameroun et candidat pour passer au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le port de Bimbia par lequel sont passés selon des chercheurs près des 10% des 12 millions d’esclaves vendus durant la traite négrière, contient encore des vestiges qui sont restés intacts. De par sa position stratégique, le port de Bimbia a également servi de lieu de transit pour les navires en provenance de l’Afrique australe et désireuses de s’approvisionner avant de continuer le long voyage vers l’Amérique ou les côte ouest-ouest africaines.

Installation en Afrique

En décidant de faire l’année 2019 l’année du retour, le Ghana souhaite attirer sur ses terres autant de descendants d’esclaves américains possible et booster le tourisme mémoriel qui est rentable sur le plan économique au vue des nombreux sites lié au commerce des esclaves que le pays regorge. En plus d’être visité par des milliers d’americians par an, ce pays d’Afrique de l’Ouest est devenu la destination prisée des afro américains désirant s’installer sur le continent.

Victimes de racisme, d’exclusion et de discrimination caractérisées par les violences policière et arrestation arbitraires, de nombreux membres de la diaspora d’ascendance africaine ont décidé de s’installer en Afrique où ils affirment avoir le sentiment d’être enfin chez eux.  Alors que le premier président du Ghana Kwame Nkrumah disait son pays ouvert aux afro américains désireux de renouer avec leurs racines africaines, le Ghana aujourd’hui dirigé par Nana Akufo Addo a adopté depuis 2000 une loi attribuant le droit de résidence permanente dans le pays aux personnes d’ascendance africaines désireuses de s’installer au Ghana. Des mesures ont même été prises par le gouvernement à travers le ministère des affaires étrangères pour assouplir les procédures d’investissements et autres projets de développement nourris par ces derniers. Depuis l’adoption de cette législation, l’ancienne Gold Coast considérée comme l’épicentre de la traite négrière accueille chaque année des demandes de la part d’afro américains qui se plaignent cependant de la lenteur des procédures administratives. Une fois installés au Ghana, leurs défis majeurs restent de trouver un boulot ou de mettre sur pied une affaire.

L’année 2019 est symbolique dans l’histoire de la traite des noirs car il y a 400 ans débarquaient en Virginie pour la première fois une vingtaine d’esclaves venus des côtes africaines. Le Ghana qui est présenté par les historiens comme l’un des points essentiels de ce trafic honteux et inhumain a décidé de faire de cette année, celle du retour. L’opportunité pour lui d’organiser pendant douze mois sur son territoire des évènements culturels dédiés à cet épisode de l’histoire du peuple noir. Cette initiative au-delà du coté émotionnel est également une sérieuse aubaine sur le plan économique puisqu’elle a vocation de booster le tourisme mémoriel dans le pays et surtout d’encourager les descendants d’esclaves à rester dans le pays de leurs ancêtres en contribuant pourquoi pas à son essor.

Article de la rédaction AFRIC

Photo Credit : google image/illustration

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